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72% ! par Michel Peyret

mardi 8 décembre 2009

L’on me dira qu’il est des titres plus annonciateurs de contenu !

Oui , il en est qui disent tout , il n’est même plus besoin de lire l’article !

Mes plus anciens lecteurs se souviendront certainement , car j’en ai fait un long usage tant je la pensais significative , de cette étude d’opinion de l’automne 2005 qui exprimait le fait que 61% des Français considéraient le capitalisme comme négatif .

J’avais considéré et dit que c’était sûrement une « première » dans l’histoire de ce système !

CE N’EST PLUS 61%

Je le disais avec d’autant plus d’assurance que quelques mois plus tôt , fin mai 2005 , le peuple français recalait le projet de traité constitutionnel visant à faire vraiment de l’Union européenne un Etat avec toutes ses prérogatives .

Je répète « à tout jamais » , parce que le peuple français ne s’est pas prononcé à nouveau et qu’il n’y a que lui qui peut remettre en cause une décision prise par lui-même !

Et que violer une telle décision prise par lui ne peut-être qu’un coup d’Etat , et en conséquence inacceptable par tout républicain qui se respecte …

Mais quand l’objectif est de « désespérer Billancourt » , d’établir le fait que la classe ouvrière aurait disparu , qu’en conséquence il n’est plus possible de « faire la révolution » , que le communisme s’est éteint quelque part au pied d’un mur démoli à Berlin , l’on n’est plus à quelque lâcheté près …

Las, les réalités ont la vie dure , les spéculations s’y cassent la tête et l’histoire poursuit son mouvement …

DU BOYCOTT DE JUIN AUX 72%

Ainsi , par exemple , le 7 juin dernier , le boycott massif du vote a fait la preuve immense de la persistance et même de l’accroissement du rejet de cet Etat européen et de son Parlement , au grand dam des violeurs et de ceux qui les cautionnent .

Mais , c’est établi , le ridicule ne tue plus , ni l’infamie...au moins sur le moment , et il était certain , au moins jusqu’à Waterloo , que le culot , même en politique , pouvait gagner toutes les batailles .

Et c’est là qu’on en vient , ou revient , aux 72% , lesquels ne viennent pas de rien mais s’inscrivent tout naturellement au contraire dans la montée en puissance des luttes économiques , sociales et politiques , c’est-à-dire dans l’évolution des réalités qui est également celle des consciences .

Las , en effet , une enquête d’opinion – je dis bien enquête – vient d’établir qu’ils ne sont plus seulement 61% à considérer le capitalisme comme négatif mais 72% !

Et 73% pensent de même de la mondialisation !

Sans doute s’agit-il de la mondialisation capitaliste , le rapprochement des deux affirmations n’est pas fortuit .

Bien évidemment , ces 72 et 73% sont le résultat de réponses partielles contradictoires . Aussi , j’invite chacun à se reporter à la totalité de l’enquête TNS-SOFRES réalisée du 14 au 23 octobre dernier par l’interview de 1005 salariés d’un échantillon représentatif .

Mais afin qu’il n’y ait pas de doutes , je précise qu’ils sont :

 83% à penser que la politique menée par le gouvernement est plutôt favorable aux entreprises qu’aux salariés ;

 et 84% à dire que les intérêts des dirigeants d’entreprises et des salariés ne vont pas dans le même sens .

CE N’EST PAS LA RESIGNATION QUI DOMINE

Au total , on vérifie bien que ce n’est pas la résignation qui domine , comme on s’efforce de le faire accroire pour baisser le niveau des exigences , mais plutôt la difficulté qu’éprouvent les différentes forces politiques à mettre leurs objectifs sociétaux , et même leurs objectifs de transformation sociale , au niveau des aspirations de ce qui constitue la très grande majorité des salariés de notre pays , lesquels , je le rappelle , constituent 92% de la population active .

Dans ce contexte , on comprend aussi pourquoi il est consenti d’aussi énormes efforts de « communication » , plutôt de « pilonnage » politique et idéologique pour affirmer que le « spectre du communisme » qui hantait l’Europe au temps de Marx se serait entièrement dématérialisé , que ce soit au pied du « mur » ou dans les honteuses et trébuchantes tractations conduites par les dirigeants de la RDA et Gorbatchev avec ceux de l’Occident pour jeter à bas le partage précédemment établi à Yalta , comme si ce n’était pas en ce lieu que le « mur » avait été conçu , à l’image des réalités militaires , et sans que les peuples , ni à l’Ouest ni à l’Est , n’aient eu leur mot à dire...sinon pour entériner !

Et c’est pourquoi les 72% d’aujourd’hui qu’établit l’enquête et le boycott du 7 juin détonnent d’avec ces choix jadis imposés aux peuples , mais n’en sont pas plus respectés !

N’empêche !

LE COMMUNISME , UNE HISTOIRE FRANCAISE

Parce ce n’est pas tout à fait le hasard qui a fait qu’un ami m’a communiqué cette enquête et que mon attention a été attirée dans un kiosque par un Hors-série de MARIANNE qui , au-dessous de la « faucille et du marteau » titrait : « Le communisme , une histoire française . »

Je l’ai acheté et lu .

D’autres aussi .

Ainsi , Yvan Levaï conclut son « Kiosque » par : « Lisez aussi le Hors série de MARIANNE sur le communisme , une histoire française... de Marcel Cachin à Georges Marchais , et des Mutins de la Mer noire aux doriotistes de sinistre mémoire . Hors-série qui passe par la presse du PCF , de L’HUMANITE à Pif-le-Chien . Et des Lettres françaises à La Marseillaise . »

Pour sa part , Pierre Feydel , qui signe l’éditorial , sous le titre : « Esprit es-tu là ? » considère qu’une telle entreprise ne s’oublie pas facilement :

« Vaincu politiquement , le communisme semble , comme spirituellement , toujours bien vivant . Les idées d’égalité , de justice , de solidarité qu’il a prônées sont toujours dans les têtes . Des bouts de communisme survivent ici ou là , plus ou moins organisés politiquement . La lettre est morte mais l’esprit perdure dans l’imaginaire national , charpente l’exception française si décriée et tellement défendue . La nostalgie est parfois si forte que l’on entendrait murmurer : « Le communisme est mort , vivent les communistes ! »

L’ESPRIT CHARPENTE L’EXCEPTION FRANCAISE

Et Renaud Dely poursuit citant Guy Mollet : « Les communistes ne sont pas à gauche , ils sont à l’Est » et le critiquant :

« L’accusation du naufrageur de la SFIO est aussi injuste que réductrice .

« Car , pendant que leurs chefs allaient quémander leurs ordres à Moscou , les communistes furent ( aussi ) bel et bien de France .

« Le communisme fut , certes , une foi sanglante dont La Mecque était en URSS , mais c’est aussi une histoire bien française , une histoire de Révolution et de Résistance , bâtie à coup de mythes ( « le parti des 75000 fusillés ! » ) de grandes figures historiques ( Baboeuf , Cachin , Thorez ) , de martyrs ( la Commune , Guy Môquet , les fusillés de Chateaubriand , etc... ) et de figures anonymes et rassembleuses érigées en symboles ( l’instit « bouffeur de curés » , l’ouvrier de Billancourt , le paysan limousin... ) .

LA PASSION DE L’EGALITE

« C’est sans doute d’abord ce que l’historien Marc Lazar a qualifié de « passion de l’égalité » , un élixir éminemment tricolore au regard des traditions anglo-saxonnes qui mettent l’accent , elles , sur l’étendard de la liberté , qui explique que la greffe communiste ait si bien pris dans l’Hexagone .

« C’est en 1789 , dans le prolongement de la philosophie rousseauiste , que la France érigea l’égalité en totem indéboulonnable . Et que la France devint cet étrange pays de la Révolution .

« On y coupe la tête des rois et même des reines , on y chante « La Carmagnolle » , rien d’étonnant à ce que la France devienne une terre d’asile attentive , au fil du 19eme siècle , à la lecture marxiste des ressorts du capitalisme , à la dialectique de la lutte des classes , puis aux prémices du communisme . »

Tout est presque dit .

CE N’EST QUE PAR UN RETOUR A MARX

Laissons une conclusion à Jean-Paul Scot , historien qui , dans l’Humanité , fournit une contribution à l’histoire du communisme :

« Bref , le PCF ne s’est pas assez vite débarrassé de la vulgate stalinienne et social-démocrate concernant le communisme comme une société idéale , débarrassée de toutes formes d’exploitations et d’aliénation , une fois achevée la phase plus ou moins durable de la « transition socialiste » caractérisée par un pouvoir de « dictature du prolétariat » dans les pays arriérés et , plus ou moins , par un « socialisme démocratique » dans les pays développés .

« Ce n’est que par un retour à Marx que nous pouvons comprendre que le communisme n’est pas une société idéale , mais le mouvement réel de lutte contre le capitalisme de notre temps afin de l’abolir à l’échelle mondiale .

« Mais le PCF est-il capable aujourd’hui d’articuler de façon précise et cohérente ses analyses de la crise globale de la société française et des contradictions nouvelles de la globalisation et de la financiarisation capitaliste à l’échelle internationale ?

« Et d’en déduire une stratégie transformatrice à long terme ?

« Encore faut-il le faire par des actes , par des luttes , pas seulement par des analyses ou des paroles . »

Je laisse évidemment la responsabilité de ce qu’il dit à Jean-Paul Scot en soulignant que le retour à Marx doit être aussi un retour « aux masses qui font l’histoire » , ce qui ne supporte pas les « prêt-à-porter » , et implique plutôt les « réponses concrètes aux situations concrètes » , et donc à la capacité de co-élaboration de réponses et d’organisation , rien ne pouvant , comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire , être amené de l’extérieur de la société elle-même et de ses contradictions , sauf à concevoir l’existence d’un « Créateur » extérieur à cette société et à ce qu’elle porte de longtemps...pour lui donner une suite dans des « retrouvailles » de notre temps .

Michel Peyret, 7 décembre 2009


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