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Sarkozy, faux-monnayeur de l’identité nationale - Par David Desgouilles

dimanche 15 novembre 2009

Etre attaché à l’identité nationale et soutenir Sarkozy, cela fait penser à un crocodile qui entre dans une maroquinerie

Pendant la campagne présidentielle de 2007, Internet m’a permis d’écouter une bonne quinzaine de discours de Nicolas Sarkozy [photo], prouvant à la fois mon masochisme et ma nostalgie des vieux discours écrits par Henri Guaino pour Séguin en 1992 et pour Chirac en 1995. C’est pourquoi, en écoutant des extraits de celui prononcé par le Président de la République à La Chapelle en Vercors, je n’ai pas eu de peine à y reconnaître les différentes thématiques qu’il utilisait à l’hiver et au printemps 2007. Parmi celles-ci, notamment l’autorité et le travail, l’identité nationale figurait déjà en bonne place. Parce que je connais Nicolas Sarkozy depuis vingt ans, je n’étais déjà pas dupe à cette époque, ce qui m’avait conduit à ne pas lui accorder mon suffrage ni au premier tour, ni même au second. Mais alors que je ne souhaitais pas tomber dans le piège grossier du Président de la République, en me soumettant à son agenda1, l’intérêt néanmoins légitime des Français sur le thème de la Nation me pousse à le faire, ainsi que le pitoyable bilan du Président de la République dans ce domaine.

Je me souviens que, lors du débat référendaire de 1992 à propos du Traité de Maastricht, le Premier Ministre Feu Pierre Bérégovoy, poussé dans les cordes par la montée du NON, avait lâché à la télévision quelque chose du genre : « Il ne faut pas avoir peur ; nous garderons notre identité ; nous conserverons nos coutumes ». A ce moment précis, je l’avoue, je n’ai pas eu un a priori très favorable face à cette notion d’identité. Béré l’a servie à mon jeune esprit -j’avais vingt ans à l’époque- comme ce qu’il reste quand on a vidé le pays de toute sa souveraineté. En écoutant cette phrase maladroite, je m’imaginais en costume folklorique. Mes vingt ans me faisaient exagérer la situation. Là preuve, il nous restait quelques pans de souveraineté puisque nous en avons lâché encore à Amsterdam et à Lisbonne. Mais à quoi bon glorifier l’histoire d’une nation si on la prive de sa Liberté et de son avenir en tant qu’Etat souverain ? C’est la réduire à une nostalgie. En imposant le Traité de Lisbonne, Nicolas Sarkozy a, lui aussi, participé à ce démantèlement. Il avait d’ailleurs voté OUI à tous les traités antérieurs. Mais il y a ajouté une petite touche personnelle en passant par dessus bord, non pas seulement la souveraineté nationale, mais aussi la souveraineté populaire, en rayant d’un trait de plume le vote de ses concitoyens trois ans plus tôt. Le respect de la démocratie et surtout de la démocratie exprimée directement par le Peuple n’est pas étranger à notre identité nationale, ce que semblent avoir oublié tous les parlementaires qui ont participé à cette forfaiture le 4 février 2008.

Souveraine, la France ne souhaitait pas l’être seulement par goût de la Démocratie, même si cette raison se suffit largement à elle-même. Elle le désirait aussi par souci d’indépendance et par vœu d’originalité dans le concert des nations. De Philippe-Auguste à Charles de Gaulle en passant par François Ier, la volonté de ne point s’aligner sur les empires ou les blocs demeura le fil conducteur d’une diplomatie réussie. Lorsqu’à l’automne 2006, Nicolas Sarkozy, ministre de la République, fustigea l’arrogance de son pays à New-York, il manqua à la loyauté due à la France par un citoyen et, circonstance aggravante, par un membre du gouvernement. Il tourna le dos à l’Histoire de France à laquelle était fidèle la position française sur le dossier irakien et il nia ainsi l’identité nationale. C’est en toute logique qu’élu président, il entreprit le retour de notre pays dans le commandement intégré de l’OTAN et ajouta ainsi quelques pelletées de terre supplémentaires sur l’identité française.

L’originalité de la France tient aussi au concept de Laïcité. La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 ayant réussi à trouver cet équilibre tant recherché pendant des siècles émaillés par les guerres de religion, notre pays se félicitait légitimement de sa laïcité, laquelle avait fini par intégrer son identité. Et voilà qu’un Président de la République venait qualifier les cent dernières années de “négatives” en souhaitant l’avènement sous son mandat d’une laïcité “positive”. Certes, ceux qui avaient lu son livre “la République, les religions, l’espérance” le savaient déjà et ceux qui l’avaient vu s’opposer à la loi de 2003 sur les signes religieux à l’Ecole en avaient aussi une petite idée. Aussi bien lors de son discours de Latran, qu’en donnant raison à Barack Obama sur le voile islamique, ou en ne se prononçant pas, bien que se disant opposé à elle, pour une loi sur l’interdiction de la Burqa au mois de juillet dernier2, il avait aussi démontré que sa “laïcité positive”, c’était surtout beaucoup moins de laïcité. Le voir aujourd’hui fustiger la burqa dans le Vercors ne peut être autrement interprété que comme un opportunisme. Il faut bien que les sondages payés à prix d’or à Buisson servent à quelque chose. Mais là aussi, il y a les discours, et il y a les actes.

L’identité nationale, c’est aussi une Culture et une Langue. En ratifiant le protocole de Londres, lequel donne force juridique à des documents3 rédigés dans une autre langue que la nôtre, en estropiant avec une constante régularité la langue de Molière, en moquant le combat des souverainistes québécois, il a donné des coups très durs à la langue française, et à la position de celle-ci en France et dans le Monde. En déclarant que les candidats aux concours administratifs de catégorie A ne devaient pas rencontrer La Princesse de Clèves, en souhaitant que la culture générale déserte les concours de catégorie B et C, il méprise la Culture française. Il faut noter à ce sujet qu’on rejoint le sujet du communautarisme puisque cette dernière mesure a été salué par le C.R.A.N4. Avec Sarkozy, on flatte les communautés, on loue le modèle anglo-saxon, on révère la discrimination positive qui aurait été inscrite dans la Constitution sans la vigilance de Simone Veil.

Il est pour le moins paradoxal de constater que si la fonction de Président de la République consiste bien à être, notamment, garant de l’identité nationale, l’homme Nicolas Sarkozy reste bien, en revanche, le moins bien placé pour en parler. Le voir, une fois de plus, enfourcher ce thème relève de l’imposture, du trafic de valeurs, du faux-monnayage. Qu’il me soit permis de reprendre un bon mot de Coluche5 et d’écrire qu’être attaché à l’identité nationale et soutenir Sarkozy me fait bigrement penser à un crocodile poussant la porte d’une maroquinerie.

1 C’est la première fois depuis trois mois qu’il reprend la main sur l’agenda médiatique ↑

2 Les services de police sortant opportunément, au mois d’aout, le nombre de trois cents voiles intégraux sur tout le territoire national, ce qui minimise de manières mensongère et scandaleuse le phénomène, au grand plaisir de Monsieur Besson qui s’était opposé à une Loi ↑

3 Des brevets, en l’occurrence. ↑

4Comité représentatif des associations noires ↑

5 Qui évoquait à cette occasion les chômeurs se rendant dans les bureaux de vote. ↑


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