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Les USA veulent boire le vin sans les vers - Pierre Sauvey - Bordeaux. Le poème de Baudelaire inscrit sur l’étiquette serait une incitation à la débauche.

dimanche 18 octobre 2009

« Où les Américains traitent nos bordeaux littéraires comme des pluriels de « bordel »

Bacchus, Balthus, Baudelaire personae non gratae chez les WASP du “cachez ce sein que je ne saurais voir ».

Que n’eussent-ils dit si M. Tastes eût cité le poème dans lequel Baudelaire chante sa belle métisse, « molle enchanteresse » : « La très chère était nue, et connaissant mon cœur, elle n’avait gardé que ses bijoux sonores… » ! » Note de A.Salon

Le viticulteur et négociant bordelais Guillaume de Tastes vient de connaître une étonnante déconvenue. Les États-Unis ont refusé d’importer les bouteilles de son château Haut-Gay à cause d’un poème des Fleurs du Mal de Baudelaire imprimé sur l’étiquette ! « Mon importateur m’a indiqué que les vers de Baudelaire étaient considérés comme de l’incitation à la débauche par le Bureau of Alcohol, Tobacco Firearms and Explosives, qui contrôle les produits qui pénètrent aux États-Unis » explique le producteur de ce bordeaux supérieur.

Les vers extraits de « l’Ame du vin », ne sont pourtant pas vraiment audacieux : « Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles/Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité/Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles/Un chant plein de lumière et de fraternité/Puis, en toi je tomberai, végétale ambroisie/Grain précieux jeté par l’éternel Semeur/Pour que de notre amour naisse la poésie/Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ».

À l’origine, Guillaume de Tastes cherchait un moyen pour que ses bouteilles se distinguent parmi les autres sur les rayons. « J’ai d’abord eu l’idée de la couleur orange, mais j’avais aussi envie de faire saisir au consommateur la philosophie avec laquelle je fais mon vin. J’ai choisi ce poème parce que je trouve que plus on le lit, plus il devient beau » explique-t-il. Mais l’administration américaine ne badine pas avec ce qu’il est permis de faire figurer sur une étiquette ! « J’aurais dû m’en douter » admet le négociant.

Mouton-rothschild aussi censuré

En attendant, ses bouteilles se vendent avec Baudelaire, en France, en Belgique, en Grande-Bretagne en Russie ou en Chine. Mais pour expédier ses 3 000 cols aux États-Unis, il a dû supprimer les vers des étiquettes. « Il était arrivé la même chose à Mouton-Rothschild avec son millésime 1993, avec un dessin de Balthus qui représentait une jeune fille nue » rappelle-t-il.

La référence est flatteuse et cette mésaventure lui donne aussi un motif de satisfaction. « Cela fait parler de Baudelaire et de mon vin » admet le viticulteur. Pour les prochains millésimes, il prévoit de continuer à orner ses étiquettes de poèmes et envisage la création d’un concours. « Cela offrirait un bon support aux poètes » estime-t-il. Les vainqueurs gagneraient ainsi une distribution internationale… sauf aux États-Unis !

Source : Ladepeche.fr


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