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Le rapprochement arméno-turc, pour de vrai cette fois ? Par Gaguik Bagdassarian (Nouvelles d’Arménie) spécialement pour RIA Novosti.

mardi 8 septembre 2009

le Mont Ararat

La nouvelle déclaration sensationnelle des ministères des Affaires étrangères d’Arménie et de Turquie sur les consultations politiques et la signature du protocole au sujet de l’établissement de relations diplomatiques menant ensuite à l’ouverture des frontières a provoqué un certain désarroi parmi les hommes politiques et les politologues arméniens.

Néanmoins, malgré la surprise apparente qu’a provoqué cette déclaration, cette derniere s’inscrit bien dans le processus appelé, depuis 2008, "normalisation des rapports arméno-turcs". Depuis une déclaration analogue faite le 22 avril 2009 par les ministères des Affaires étrangères d’Arménie et de Turquie, également avec la médiation de la diplomatie suisse, il semblait à de nombreux Arméniens que ce processus s’était éteint ou tout simplement était gelé. Mais les personnes proches du ministère arménien des Affaires étrangères ne cachaient pas, en privé, que l’intensité des consultations bilatérales n’avait pas diminué. Tout cela devait aboutir à un résultat et, à en juger par la déclaration publiée aujourd’hui, ce résultat est vraiment appréciable.

Les parties passent, pour la première fois, des déclarations de bonnes intentions à la fixation de délais concrets de réalisation de telle ou telle démarche. Ainsi, Erévan et Ankara annoncent leur intention d’achever au bout de six semaines les consultations politiques intérieures et de signer les protocoles sur l’établissement de relations diplomatiques et le développement des relations bilatérales.

Le protocole indique que les frontières entre les deux Etats seront ouvertes dans les deux mois suivant la signature de ce document.

Cela signifie que le règlement des relations bilatérales acquiert des contours réels, bien qu’à peine perceptibles, qui peuvent conduire au résultat incroyable que s’avèreront être à la fois le déblocage de la frontière arméno-turque et l’établissement d’une sorte de rapports de bon voisinage.

Quant au protocole sur le développement des relations bilatérales, à en juger par ses dispositions, il est fondé sur la confiance et le respect mutuels. Les parties ont décidé de développer leurs rapports dans les domaines politique, économique, énergétique, dans les transports, la culture, les sciences, les techniques ainsi que dans d’autres domaines, en s’appuyant sur les intérêts communs des deux pays.

Bien plus, les deux pays se disent prêts à utiliser au maximum les infrastructures et les réseaux des transports, des communications et énergétiques qui existent entre eux. La réalisation de cette disposition changera entièrement la configuration géopolitique et géoéconomique dans la région, en permettant de mettre en oeuvre des projets régionaux sans précédent avec la participation de tous les pays de la région, y compris la Russie et l’Iran. En cas de règlement mutuellement acceptable du problème du Karabakh, les projets économiques peuvent dépasser considérablement le cadre régional.

Le protocole conjoint ne mentionne pas le Karabakh, mais les parties confirment leur attachement au règlement pacifique des conflits régionaux et internationaux sur la base des normes et des principes du droit international.

En outre, l’Arménie et la Turquie ont l’intention d’engager le dialogue sur le plan historique visant à rétablir la confiance entre les deux peuples, entre autres, à "préciser" les problèmes existants au moyen d’une étude scientifique impartiale des documents historiques et des archives et à élaborer des propositions appropriées.

Il s’agit certainement de l’étude des faits concernant le Génocide d’Arméniens dans l’empire ottoman en 1915. Il est à noter que le document ne mentionne aucune commission arméno-turque d’historiens, dont la création serait perçue douloureusement dans la société arménienne. En Arménie, nombreux sont ceux qui estiment que cette commission n’a pas de sens, car le fait du Génocide n’a pas besoin d’être prouvé. Il ne fait pas de doute que le point concernant l’étude des faits historiques peut être un objet de spéculations en Arménie. En tout cas, le président arménien a laissé clairement entendre que le peuple arménien n’oublierait pas son histoire et que personne n’avait l’intention de mettre en doute le fait même du Génocide.

Mais ce problème a un autre aspect. Il est parfaitement évident que la Turquie renonce, du moins sur le papier, à tous les préalables en matière de règlement des relations bilatérales et qu’elle ne se référera pas aux intérêts de l’Azerbaïdjan quand il lui faudra définir sa propre politique étrangère. Une révérence a été faite par les dirigeants de la diplomatie turque à Bakou uniquement pour rassurer le "frère cadet", rien de plus. Evidemment, dans les rapports arméno-turcs, Ankara prendra en considération le point de vue non pas de Bakou, mais celui d’autres capitales. De toute évidence, les intérêts de ceux qui détiennent le pouvoir dans ces capitales coïncident sur la normalisation des rapports arméno-turcs ...

Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur.


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