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Péninsule coréenne :
La fin d’un mince espoir de paix
Strategika 51

vendredi 25 mai 2018, par Comité Valmy


Péninsule coréenne : La fin d’un mince espoir de paix

Avant l’annulation du sommet de Singapour, devant réunir pour la première fois dans l’histoire les dirigeants américain et nord-coréen, une série de questions et de malentendus laissaient entendre que ce sommet historique allait être saboté.

L’ouverture que le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un a voulue en direction de la Corée du Sud visait non pas le désarmement de son pays et sa reddition mais d’aboutir à la signature d’un Traité de paix avec la Corée du Sud dans un premier temps, puis une normalisation totale des relations bilatérales avec Séoul avec en ligne de mire, le développement des relations économiques et commerciales. Kim Jong-Un a comme priorité l’économie. Cet objectif ne pouvait être atteint sans la réduction de l’influence extérieure sur le pouvoir sud-coréen.

En acceptant le principe du désarmement, Pyongyang ne pouvait céder ses armes stratégiques de dissuasion que contre : 1.Un retrait militaire US du territoire de la Corée du Sud et par dessus tout le rapatriement aux Etats-Unis des armes nucléaires US déployées secrètement au Sud ;
2.Une réduction des effectifs militaires US déployés à Okinawa, Japon et à Guam, dans l’océan pacifique ;
3.La cessation des vols de reconnaissance des aéronefs et drones US près de l’espace aérien nord-coréen ;
4.La levée des trains de sanctions multiformes frappant la Corée du Nord depuis plus de 60 ans.

D’un autre côté, les milieux néoconservateurs et le Deep State ne pouvait concevoir une rencontre entre Donald Trump et Kim Jong Un que dans le cadre d’une reddition complète et inconditionnelle de la Corée du Nord, son désarmement total et le changement de son régime et l’occupation temporaire de son territoire avec l’instauration d’un tribunal de vainqueurs de type Nuremberg et la mise à mort de son dirigeant.

Dès lors, il semblait inpensable que la première puissance mondiale, forte de son exceptionnalisme historique, puisse se résoudre à traiter avec la Corée du Nord, un petit pays pauvre, isolé et assiégé, sur un quelconque terme d’égalité.

Cet état d’esprit est illustré par ce commentaire émanant d’un officiel du Pentagone en charge du dossier : » Ils n’ont aucun autre choix que de signer un acte de reddition, de préférence à bord du porte-avions à propulsion nucléaire USS Harry S Truman, et démanteler l’ensemble de leur structure étatique anachronique en nous livrant au préalable l’ensemble de leurs ogives atomiques et missiles balistiques« . Suivra après cela une période de transition assistée durant laquelle Washington et ses alliés aideront Séoul à achever un long et pénible processus de réunification pour les populations du Nord, lesquelles seront toujours considérés comme des citoyens coréens de seconde classe à cause de leur accent et de leurs manières.

Du déjà vu ailleurs ? Une reddition sans conditions est toujours dure à faire passer pour n’importe quel dirigeant, même à la tête d’un pays faible et désarmé.

L’un des idéologues à sonner le pas de charge contre l’initiative nord-coréenne fut John Bolton. En évoquant sans hésitation un désarmement de type libyen aux funestes conséquences pour la Libye par la suite, il ne pouvait qu’hérisser les nord-coréens. Car s’il y a bien un pays qui a suivi de très près ce qui s’est passé en Libye, c’est bien la Corée du Nord. Ce pays a d’ailleurs fait les frais du retournement de veste assez spectaculaire du Colonel Gaddafi en acceptant non seulement de livrer son programme nucléaire embryonnaire mais également les machines et les ingénieurs nord-coréens à ses adversaires. Ce n’est pas tout, Gaddafi s’est retourné contre la Chine et la Russie et a commis une immense erreur en proposant des compensations ou indemnités d’une guerre qui n’a jamais eu lieu pour contenter certains pays occidentaux et acheter ou plutôt reporter une attaque militaire contre son régime.

Très peu de médias se sont intéressés au sort des travailleurs et des observateurs nord-coréens en Libye après que ce pays ait accepté d’échanger l’abandon de ses armes contre un retour dans « le concert des nations » et l’attrait d’investissements étrangers. Aucun média n’a retracé le parcours chaotique de dizaines de nord-coréens pris au piège dans la guerre civile libyenne et qui devaient faire face à l’hostilité des rebelles et le refus des pays voisins (Tunisie et Egypte) de les recevoir même pour transiter vers leur pays.

Le scénario libyen fut réitéré aussi bien par Mike Pence, le vice-président US que l’ensemble des médias mainstream pour lesquels la tentative d’ouverture nord-coréenne résultait des pressions que la « communauté internationale » ne cesse d’exercer sur le régime de Pyongyang.

Et pour mieux démontrer la puissance de Washington et sa volonté à réduire à néant le régime nord-coréen qui a osé défier l’empire, des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud simulant une invasion de la Corée du Nord ont achevé le peu d’espoir suscité par les jeux olympiques d’hiver.

Moralité : on ne négocie pas avec la superpuissance ; c’est la reddition pure et simple, sans conditions ou la disparition.

Strategika 51
24 mai 2018


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