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Gorlovka :
la bataille du Donbass a-t-elle repris ?
par Karine Bechet-Golovko

mercredi 23 mai 2018, par Comité Valmy


Gorlovka : la bataille du Donbass a-t-elle repris ?

Les combats dans le Donbass s’intensifient depuis début mai, faisant à nouveau des blessés au quotidien, des morts, détruisant les habitations d’une population qui n’abandonne pas sa terre, qui ne se résigne pas. A nouveau, à Gorlovka, les enfants retournent dans les caves. Une enfance dans une cave. Une enfance volée pour la gloire éphémère des hommes. Une enfance bombardée par une armée fanatisée. Un pays aux mains d’intérêts qui le dépassent. Une enfance en pleine guerre civile. Une guerre que certains aimeraient exporter.

Fin avril, l’Ukraine change l’ATO (Opération antiterroriste) pour l’OOS (Opération des forces unies), qui s’accompagne d’un renforcement des forces et de la livraison par les Etats-Unis de lance-missiles antichar portables - Javelin. Le Donbass est soumis à un régime spécial qui augmente les compétences répressives et extra-judiciaires des militaires ukrainiens envers la population.

Rappelons aussi que ces dernières années, les pays de l’OTAN se sont largement investis en Ukraine, et ce de deux manières. Dès 2015, l’Ukraine autorise la présence de "contractuels" étrangers dans ses rangs, ce qui est une manière de légitimer la présence militaire étrangère. Maintenant, Poroshenko va plus loin et a adopté une loi permettant de les faire entrer en tant que tel dans le corps de l’armée ukrainienne. Par ailleurs, ces pays de l’OTAN se sont attelés à la formation des soldats ukrainiens. Nous avions parlé de l’implication des Canadiens dans le cadre de l’Opération UNIFIER (voir notre texte ici), opération soutenue dans la presse canadienne par une propagande très active : il faut aider l’Ukraine contre la Russie, pays plus puissant, dans cette guerre qui les oppose. L’on ne peut décement pas expliquer à la population canadienne que les soldats ukrainiens sont formés pour ensuite s’attaquer à leurs voisins du Donbass, qui défendent leur terre. On en revient à cette bonne vieille Russie, c’est tellement plus confortable.

Des soldats canadiens se trouvent depuis deux ans en Ukraine pour offrir du mentorat à des troupes qui ne possédaient pas toutes les ressources ni les formations nécessaires pour répondre à l’attaque de son pays voisin, beaucoup plus fort et puissant — la Russie. Deux Sherbrookois ont fait partie de la mission UNIFIER et racontent leur expérience sur le terrain.

Avec une telle préparation, l’on peut se demander comment les populations civiles peuvent encore être "par erreur" touchées dans le Donbass ? Car depuis mai les combats reprennent, en violation de la dernière trêve, une de plus. En violation des acccords moribonds de Minsk, qui ne semblent intéresser que la Russie. Gorlovka est la cible. Gorlovka est l’objet de tous les intérêts. Il est vrai que les élections présidentielles ukrainiennes arrivent, les résultats socio-économiques sont dans le rouge, la criminalité est en hausse, la corruption aussi. Il reste la guerre. Qu’il est impossible de gagner. Mais il faut remporter une bataille. Gorlovka. Un territoire étendu. Difficile à défendre totalement. Et un lieu stratégique : à 37 km de Donetsk. Une prise qui met la capitale de DNR à portée d’artillerie. Des données publiées en français sur le site Novorossia Today :


Côté de la population civile, 4 nouveaux civils ont blessés par les bombardements ukrainiens dans le village de Kurganka, et 11 dans un immeuble près de la mine Gagarine, (auxquels il faut rajouter les 4 tués et 7 blessés dont 2 grièvement de la semaine du 13 au 20 mai). Rien que pour la journée du 20 mai ce sont pas moins de 270 obus qui ont été tirés sur la République de Donetsk par les ukrops.


Ce matin les canons ukrainiens ont engagé dès 4h30 les lignes de défense républicaines en appui d’assaut d’unités d’infanterie mais aussi les zones résidentielles comme le village de Kurganka où plusieurs maisons d’habitation ont été touchées.

Ce n’est donc pas par erreur que les civils sont touchés ?

L’on apprend ainsi qu’à Gorlovka les écoles ont été fermées. Les enfants sont retournés dans les caves, dehors ils risquent d’être touchés par les tirs ou de se blesser sur les débris des explosions :

Des villes détruites aux alentours de Gorlovka. Zaïtsevo presque rayée de la carte. Toujours des habitations, la centrale hydroélectrique, le pont à proximité de Krasny Loutch qu’un groupe armé, de nuit, a fait exploser.

L’Ukraine a besoin du territoire, pas de la population. Mais peut-être que l’Occident ne sait pas ?

Ces derniers mois, des drones de l’OTAN ont surveillé la zone. A partir du 12 mai, leur trajet a changé et ils ne survolent plus cette zone qui est devenue une zone de combat. Donc le terrain a été préparé pour l’attaque. Par l’OTAN.

Quelle gloire y a-t-il à faire la guerre aux enfants ?

La politique d’avance constante de l’armée ukrainienne est établie et les accords de Minsk n’y changent rien. Elle continue à avancer, mètre par mètre, village par village, habitation par habitation dans la zone grise, cette zone tampon censée être démilitarisée. Surveillée par l’OSCE. Comme nous l’avions déjà écrit (voir ici), cela se fait avec la protection bienveillante de l’OSCE. Et l’avancée continue :

Les troupes ukrainiennes ont occupé une partie de la « zone grise » entre Bogdanovka et Petrovski en s’avançant de près de 2 km en direction de Petrovski, écrit Igor Strelkov. Cette avancée s’accompagne d’un soutien intense de l’artillerie. Cette zone se trouve au sud de Dokoutchaevsk, qui est à moitié encerclée par l’armée ukrainienne côté sud.

Les forces du Donbass ont commencé à répondre et ont ainsi pu bloquer à ce jour l’avancée de l’armée ukrainienne, mais les pertes sont importantes, de part et d’autre, notamment chez les populations civiles.

La position russe sur la question du Donbass est assez ambigüe. D’une part, elle aide la région sur le plan humanitaire, économique, juridique. Mais sans implication militaire réelle. Car, d’un autre côté, la pression internationale est forte et elle ne sait pas comment réagirait l’Occident à une intervention directe.

Cette position légaliste de la Russie, qui se cache derrière des accords de Minsk inappliqués, a été celle défendue par le conseiller du président V. Surkov. Le résultat n’est pas brillant : l’armée ukrainienne s’est renforcée, la Russie est passée du statut de garant des accords de Minsk à celui de partie au conflit, les réunions du format Normandie se font sans elle, la question des forces de paix est lancée contre son avis pour une opération sur l’ensemble du territoire du Donbass et non pas sur la ligne de combat. Bref, les seuls auxquels la communauté internationale demande l’exécution des accords de Minsk sont les Russes, qui ne peuvent les exécuter puisqu’ils ne les concernent pas. En attendant, toujours pour ne pas fâcher les partenaires occidentaux qui continuent à adopter des sanctions et à durcir le ton, les élections dont le Donbass a besoin pour renforcer ses institutions politiques sont reportées, n’ont toujours pas été réalisées. Quant à l’Ukraine, elle joue en justice avec des revendications loufoques, elle met aux arrêts des marins russes, elle se sent protégée tant que la Russie hésite à agir.

La Russie refuse de voir la guerre, elle se développe sans elle, contre elle. Cette faiblesse de la Russie sur ce dossier est parfaitement ressentie en Occident, qui en use et ... en abuse. Espérons que cet abus justement conduira la Russie à plus de fermeté dans la région. C’est tout aussi vital pour le Donbass que pour elle.

Karine Bechet-Golovko
mardi 22 mai 2018

Russie politics


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