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RAFLE DU VEL’D’HIV :
OU ETAIT LA FRANCE ?
par Richard Labévière

samedi 12 mai 2018, par Comité Valmy


RAFLE DU VEL’D’HIV : OU ETAIT LA FRANCE ?

Berlin, 4 mai 2018.

Rafle du Vélodrome d’hiver dite Rafle du Vel’ d’Hiv : les 16 et 17 juillet 1942, plus de 13 000 Juifs vivant dans la région parisienne ont été arrêtés et déportés dans les camps d’extermination nazis. Il fallait qu’un historien démonte, une fois pour toutes, le mécanisme de l’interprétation imposée par Jacques Chirac dans son discours du 16 juillet 1995. C’est fait et très bien fait !1

Et l’auteur de ce petit livre définitif n’est pas un perdreau de l’année. François Roche, historien de la France libre et de la Collaboration – fils d’un Compagnon de la Libération -, est aussi l’auteur, notamment de la biographie du capitaine Félix Broche, qui fut le chef des forces françaises libres du Pacifique2. Avec une rigueur scientifique au-dessus de tous soupçons et polémiques, François Roche tord le cou à une imposture récurrente consistant à attribuer la Rafle du Vel’ d’Hiv à l’Etat, sinon au peuple français…

François Broche : cette tragédie « est précédée par un enchaînement de décisions prises conjointement par le gouvernement de Vichy et par les autorités allemandes d’occupation. Dans le cadre de la « solution finale du problème juif » – c’est-à-dire de l’extermination des Juifs d’Europe – décidée par les Nazis lors de la conférence de Wannsee en janvier 1942, le général Karl Oberg, nommé par Hitler « chef suprême de la SS et de la police » (Höhere SS und Polizeiführer) pour la France le 5 mai 1942, et le préfet René Bousquet, nommé secrétaire général à la police par Pierre Laval au lendemain de son retour au pouvoir (18 avril 1942), signent des accords disposant que la police française procédera aux arrestations de 27 000 Juifs étrangers ou « apatrides3 » du Gross Paris, à déporter en Allemagne (2 juillet 1942) ».

Par conséquent, c’est le régime dit « Etat français de Vichy » soumis aux ordres de l’occupant nazi, qui a – seul – organisé la Rafle du Vel’ d’Hiv ! Ni la « République une et indivisible » chère à Fernand Braudel, abolie en juillet 1940 et ressuscitée par le général de Gaulle en 1944, ni la « France éternelle », exaltée par Georges Bernanos ne sont responsables de cette horreur !

Et pourtant, les trois successeurs du président Chirac à l’Elysée se crurent obligés de réaffirmer à leur tour cette imposture dépourvue de tout fondement historique sérieux. Cette insulte fait à la France éternelle repose sur une confusion délibérément construite sur le concept d’« Etat français » qui revient à légitimer le régime de Vichy. De Charles de Gaulle à François Mitterrand, de Philippe Seguin à Jean-Luc Mélenchon, de Jacques Maritain à Jean-Noël Jeanneney, hommes politiques et historiens n’ont cessé de partager la conviction fondamentale brillamment réaffirmée par François Broche : entre 1940 et 1944, la France n’était ni à Vichy, ni à Paris, mais à Londres, à Bir Hakeim, sur mer, dans les airs, au sein des mouvements de résistance, dans les maquis, chez les Justes et partout où l’on s’est battu pour libérer le territoire national.

Le débat sur la légalité et la légitimité du régime de Vichy ne date pas de la célèbre réponse du général de Gaulle à Georges Bidault, président du Conseil national de la Résistance (CNR), qui le pressait de proclamer la République du haut du balcon de l’Hôtel de ville de Paris, le 25 août 1944 : « la République n’a jamais cessé d’être. La France libre, la France Combattante, le Comité français de la Libération nationale l’ont, tour à tour, incorporée. Vichy fut toujours et demeure nul et non avenu ». François Broche ajoute : « Vingt ans plus tard, il expliquera à Alain Peyrefitte : « l’ordre de Vichy était caduc par le fait même que ce régime n’était pas libre. Ces gens ont commis l’erreur de croire qu’il fallait pouvoir faire une « révolution nationale », tout en étant asservis »4.

En fait, le discours de Jacques Chirac a été rédigé dans un contexte très particulier dont François Broche restitue la logique : « le terrain a été préparé par Serge Klarsfeld, dont il (Jacques Chirac) était très proche depuis le début des années 1980. Klarsfeld a beaucoup évolué depuis trois ans : il pense maintenant que ce qui a été perpétré par « l’Etat français de Pétain » l’a été au nom de la France, comme ce qui a été accompli au nom de « la France Libre de De Gaulle » : « De Gaulle, Bir Hakeim, en juin 1942, c’était la France ; la Rafle du Vel’ d’Hiv en juillet 1942, c’était aussi la France », explique-t-il. (…) Ce n’était ni à la République, ni aux Français, ni à l’Etat français disparu, qu’il fallait demander des comptes, mais à la France. Il fallait aller encore plus loin »5.

La plume de Jacques Chirac – Christine Albanel – lui fait dire qu’il se souvenait de l’été 1942 (ce qui est plausible, le président ayant alors 9 ans et demi), des lois anti-juives de 1940, des familles juives traquées soustraites aux recherches de l’occupant et de la de Milice (qui ne sera créée qu’en 1943) et aussi des Français héroïques et fraternels venant à leur secours (mais, dans son village corrézien, le jeune garçon était-il vraiment au courant de ces événements ?). Après un rappel du haut fait de Bir Hakeim, où « les Français libres de Koenig avaient héroïquement tenu, deux semaines durant, face aux divisions allemandes et italiennes », le discours enchaînait sur ce stupéfiant paragraphe : « certes, il y a les erreurs commises, il y a les fautes, il y a une faute collective. Mais il y a aussi la France, une certaine idée de la France, droite, généreuse, fidèle à ses traditions, à son génie. Cette France n’a jamais été à Vichy. Elle n’est plus, et depuis longtemps, à Paris. Elle est dans les sables libyens et partout où se battent des Français libres. Elle est à Londres, incarnée par le général de Gaulle. Elle est présente, une et indivisible, dans le cœur des Français, ces « Justes parmi les nations » qui, au plus noir de la tourmente, en sauvant au péril de leur vie, comme l’écrit Serge Klarsfeld, les trois quarts de la communauté juive résident en France, ont donné vie à ce qu’elle a de meilleur ».

L’énormité sera relevée par l’historien Henry Rousso dès le lendemain dans la presse : la notion de « faute collective », moralement très discutable, était dépourvue de tout fondement juridique. Elle n’avait pas été retenue contre l’Allemagne nazie par le droit international de l’après-guerre, comment pouvait-elle l’être, un demi-siècle plus tard, contre la France vichyste ? Dix ans plus tôt, le 8 mai 1985, le président de la République fédérale allemande – Richard von Weizsäcker -, fils d’un ancien haut dignitaire nazi, avait rappelé cette évidence : « la culpabilité ou l’innocence d’un peuple tout entier est une chose qui n’existe pas. La culpabilité comme l’innocence n’est pas collective mais personnelle ». En effet, comment imputer à la France présente à Londres, Bir Hakeim et chez les Justes, un crime décidé à Vichy et commis à Paris ?

A cet égard, on ferait bien de lire à la loupe le dernier ouvrage dont Norbert Elias a autorisé et contrôlé la publication avant sa mort (le 1er août 1990 à Amsterdam), Les Allemands6. Il tentait d’y comprendre l’incompréhensible : pourquoi tant d’Allemands, dans les années 1930 et 1940, ont-ils accepté l’extermination des Juifs et perpétré les plus effroyables cruautés ? « Elias refuse, à la fois, de l’assigner à un invariant psychologique – la propension sadique de certains individus – ou à un antisémitisme atemporel qui serait le propre de la tradition allemande. L’essentiel réside dans les conditions historiques qui ont rendu possible, dans l’Allemagne des années 1930 et 1940, le processus de « dé-civilisation », la levée des auto-contrôles qui bridaient les affects de violence, ainsi que l’obéissance, jusqu’au dernier jour, aux maîtres nazis ».

Evidemment, il se trouvera toujours quelques crétins comme Bernard-Henri Lévy pour faire régresser l’intelligence en la faisant sombrer dans un essentialisme crasse. Ce qu’il a fait dans plusieurs de ses « livres » , dont L’Idéologie française où il affirmait l’existence d’un « fascisme d’invention française qui ne doit rien à l’Allemagne » et tentait de démontrer que la France avait été « la patrie du national-socialisme ». Dans le genre « haine de la France », on fait difficilement mieux ! Mais l’idiot utile sévit toujours… avec la complicité des médias parisiens et de certains milieux de l’édition..

Où était la France ?

Laissons le dernier mot à François Broche : « sur les champs de bataille d’Afrique, d’Italie, de Provence et des Vosges ; dans les réseaux de résistance mille fois décimés, mille fois renaissants ; dans les maquis, où affluaient les jeunes gens décidés à fuir l’embrigadement et le travail forcé en Allemagne ; avec les Justes, ces Français anonymes qui sauvaient les Juifs persécutés, donnant l’exemple du plus haut courage et du plus pur patriotisme ; sur toutes les mers, avec les avisos, les corvettes, les sous-marins, les frégates, les patrouilleurs, les torpilleurs, les vedettes des Forces navales françaises libres ; dans les airs, avec les groupes de chasse et les groupes de bombardement des Forces aériennes françaises libres ; dans les mines et dans les usines, où les grévistes refusaient de prendre part à l’effort de guerre allemand ; dans les camps de la mort, où les corps étaient avilis, torturés, anéantis, mais dont le cri ne cesserait plus jamais de nous hanter ».

A lire absolument.

Richard Labévière
7 mai 2018

1 François Broche : Vel’d’Hiv 16 juillet 42 : où était la France ? Editions Pierre-Guillaume de Roux, décembre 2017.
2 François Broche : A l’Officier des îles. Editions Pierre-Guillaume de Roux, 2014.
3 C’est-à-dire déchus de la nationalité française en vertu du décret du 16 juillet 1940.
4 Alain Peyrefitte : C’était de Gaulle. Editions de Fallois/Fayard, 1994.
5 Beate et Serge Klarsfeld : Mémoires. Editions Flammarion/Fayard, 2016.
6 Norbert Elias : Les Allemands. Précédé de Barbarie et « dé-civilisation » par Roger Chartier. Editions du Seuil, mai 2017.

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