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Traité de paix, sécurité collective en Asie du Nord-Est : le rôle incontournable de la Chine
Association d’amitié franco-coréenne

vendredi 4 mai 2018, par Comité Valmy


Traité de paix, sécurité collective en Asie du Nord-Est : le rôle incontournable de la Chine

Le succès du sommet du 27 avril 2018 entre les présidents Moon Jae-in et Kim Jong-un, puis la rencontre attendue entre les présidents Kim Jong-un et Donald Trump, pourrait sembler – en première analyse – traduire une certaine marginalisation de la Chine. Ce serait cependant mal connaître les ressorts de la diplomatie chinoise, alors que le ministre des Affaires étrangères de la République populaire de la Chine Wang Yi vient d’arriver en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) – la précédente visite en RPD de Corée du chef de la diplomatie chinoise remontant à 2007.

Le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi, accueilli à son arrivée en RPDC par Ri Kil-song, vice-ministre des Affaires étrangères de la RPDC

Certes, le retournement diplomatique est venu d’une initiative des seuls Coréens – à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang – et non d’une réponse favorable des Américains et de leurs alliés à la proposition sino-russe d’un « double moratoire » (de ses essais nucléaires et balistiques par la RPDC, de leurs exercices militaires par les Etats-Unis et leurs alliés), réitérée tout au long de l’année 2017. Il n’en reste pas moins que le dégel diplomatique en cours répond pleinement aux attentes de Pékin, qui peut d’autant plus se féliciter d’une perspective de dénucléarisation de la péninsule coréenne qu’elle n’a jamais été favorable à ce que la RPDC dispose d’une force de dissuasion nucléaire – redoutant l’escalade militaire en retour des Américains, et la possibilité que d’autres pays de la région (Japon, Corée du Sud…) se dotent à leur tour de l’arme nucléaire.

Le président américain Donald Trump a d’ailleurs salué le soutien de la Chine lorsqu’il s’est félicité du sommet intercoréen du 27 avril 2018 – rappelant ainsi implicitement que la Chine, qui représente l’essentiel du commerce extérieur chinois et des investissements étrangers en RPD de Corée, dispose d’une puissant levier économique sur Pyongyang et a effectivement voté puis mis en oeuvre les sanctions internationales contre la Corée du Nord.

Cette convergence de positions entre Washington et Pékin avait ainsi distendu les relations traditionnelles entre la République populaire de Chine et la RPD de Corée, qui ont atteint un point bas en 2017. Mais les intérêts entre les deux pays restent étroitement imbriqués, et Pyongyang – bien que, politiquement, totalement indépendant de Pékin – a besoin d’une ouverture économique de la Chine, comme la Chine du levier nord-coréen pour rester un acteur majeur en Asie du Nord-Est : le sommet entre Kim Jong-un et Xi Jinping fin mars 2018 – qui était aussi la première visite à l’étranger du dirigeant nord-coréen – a opportunément rappelé la convergence stratégique entre les deux puissances, qui entendent resserrer leur coopération et leurs échanges d’informations.

La visite de Wang Yi en Corée du Nord devrait ainsi répondre à plusieurs objectifs : permettre une information directe de Pékin par Pyongyang des résultats du sommet intercoréen ; assurer la pleine présence chinoise aux pourparlers envisagés sur la transformation de l’accord d’armistice de 1953 (dont la Chine était l’un des trois signataires) en un traité de paix (et corrélativement aux mécanismes internationaux qui devront être mis en place pour garantir la sécurité de la RPD de Corée) ; préparer la visite annoncée de Xi Jinping en Corée du Nord ; envisager les modalités d’application des sanctions internationales qui, avant même leur levée partielle, devraient être assouplies par Pékin pour favoriser la poursuite du processus diplomatique en cours ; probablement, perspective de relance des zones économiques spéciales à la frontière sino-coréenne – les deux derniers sujets n’ayant pas vocation à être discutés publiquement à ce stade. Préférant les canaux d’influence discrets à la politique souvent tonitruante de l’administration Trump, la diplomatie chinoise repositionne ses pions dans un contexte en pleine mutation, tout en réaffirmant son rôle d’acteur incontournable dans une région qui constitue « son étranger proche », au contact des régions du Nord-Est dont le développement est corrélé à celui de la RPD de Corée.

2 mai 2018

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