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Odessa, le 2 mai :
le combat pour le monde russe
par Karine Bechet-Golovko

mercredi 2 mai 2018, par Comité Valmy


Odessa, le 2 mai : le combat pour le monde russe

Le combat pour la mémoire est le combat pour le pouvoir. Or, la tragédie d’Odessa le 2 mai 2014 reste vivante dans les mémoires. D’où l’urgence de réécrire l’histoire, de gommer les évènements, de changer leur signification. De reprendre le pouvoir. Il y a 4 ans à Odessa, des habitants de la ville furent brûlés vifs dans la Maison des Syndicats, car ils refusaient que le fascisme ne détruise leur ville. Ceux qui voulaient sauter par les fenêtres servaient de cible aux extrémistes massés autour du bâtiment. Aujourd’hui, ces mêmes extrémistes veulent organiser une Marche pour célébrer leurs héros, ceux qui ont plongé la ville et la population dans la peur et le chaos. Ce qu’ils appellent la première victoire sur le Monde russe. Aucune réaction internationale. Aucune condamnation de l’Europe qui s’effondre doucement sous le poids de ses compromis. De sa compromission.

(+ 18ans)

Odessa, le 2 mai 2014. Des habitants de la ville manifestent contre le coup d’Etat à Kiev (voir notre texte ici). Ils rencontrent des groupes armés composés de pro-Maïdan, de supporteurs de foot venus soi-disant à l’occasion d’un match et de groupes extrémistes, particulièrement bien équipés, formés, encadrés, la police est mise de côté, rien ne les empêchera. Les deux manifestations qui devaient se dérouler parallèlement se rencontreront.

Ces groupes repoussent les habitants vers la Maison de Syndicats, et le massacre commence. 48 morts - officiels. Plus de 250 blessés. Les seules personnes interpelées ont été des victimes. Pas de procès. Il est vrai que les "participants" ne se voient pas comme des criminels. Selon Demain Ganoul, leader du Front de la rue, "Je ne considère pas que les brûlés là-bas (dans la Maison des Syndicats) étaient des êtres humains, je ne vois pas où est le crime".

Côté cour, des jeunes filles préparant des cocktails molotov :

Elles sont tellement mignonnes, innocentes, photogéniques. Mais de l’autre côté du tableau, tout s’enchaîne. L’incendie prend très bien :

Les portes de sortie de secours ont été bloquées, ceux qui voulaient sauter étaient l’objet de tirs ou terminés à coups de pied au sol.

A l’intérieur, l’enfer s’est matérialisé :

C’est cet évènement qui est qualifié de première victoire contre le Monde russe par les nationalistes ukrainiens. Ceux que l’Occident ne veut pas voir. La presse aura d’ailleurs simplement évoqué à cette occasion un tragique incident, un incendie. Aucun mot sur les groupes extrémistes. Le feu aurait pris tout seul.

Jusqu’à présent, les nationalistes avaient du mal à faire célébrer ce jour, les mémoires étaient encore vives. Il semblerait que le temps joue en leur faveur. Car enfin ils ont pu annoncer que désormais, chaque année, une Grande marche pacifique contre le Monde russe aura lieu à Odessa ce jour-là. Journée qui symbolise la victoire contre "l’occupant russe" et certainement aussi la victoire des valeurs européennes, de ces valeurs des années 30. Ils ont besoin de légitimer le massacre, la bestialité.

Hier pour le 1er mai, ces mêmes nationalistes ont interrompu le défilé des quelques habitants venus demander la baisse des taxes, le paiement des salaires et des pensions de retraite. Des pro-russes, sinon comment expliquer qu’ils ne soient pas satisfaits par la baisse drastique de leurs conditions de vie ? Il est vrai que les symboliques communistes étaient présentes, la rage qu’elles provoquent chez certains jeunes, persuadés que les Soviétiques (dont l’Ukraine faisait partie) les ont empêchés de trouver la démocratie allemande (nazie, mais c’est un détail de l’histoire, comme de bien entendu) devrait tirer la sirène d’alarme sur les conséquences de la détérioration de l’enseignement.

Aujourd’hui ces gentils extrémistes pro-européens se réunissent à Odessa à 18h pour célébrer le massacre de 2014. En attendant, dans la journée, les habitants de la ville viennent apporter des fleurs en mémoire de ceux qui furent les victimes de ce fanatisme. Deux mondes, à nouveau.

Cette tentative de réhabilitation pourra-t-elle passer ? Un test important pour la ville et pour l’Ukraine.

Odessa, ne pas oublier, ne pas pardonner. Pour que cela ne se répète pas.

Karine Bechet-Golovko
mercredi 2 mai 2018

Russie politics


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