COMITE VALMY

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Les paradoxes de la politique migratoire française
Valentin Martin

samedi 25 juillet 2015, par Comité Valmy


Objet de polémique, la politique migratoire de Sarkozy a souvent été attaquée sous l’angle du racisme et de la xénophobie. On a encore peu évoqué un de ses aspects fondamentaux : son caractère profondément anti-social. En effet, depuis son arrivée au pouvoir, le changement de la politique d’immigration est loin de se résumer à un accroissement des expulsions. Celui-ci s’oriente décidément en trois axes : explosion de l’immigration de travail, précarisation des travailleurs étrangers, et par une forte régression sociale en France.

1 L’explosion de l’immigration professionnelle

- - Depuis 1974, année de la loi Postel-Vinay qui suspend l’immigration de main d’oeuvre, le nombre d’entrées de travailleurs étrangers a été relativement stable. Le recensement de 1999, mené par INSEE, révèle que la proportion d’immigrés dans la population française est restée stable depuis 1974. Cette politique s’est pousuivie jusqu’en 2007. Ainsi, entre 2004 et 2007, le nombre de délivrances de titres de séjour a été revu à la baisse (-10% -1).

- - Depuis son arrivée au pouvoir, Sarkozy a rompu avec cette politique. La venue des travailleurs étrangers a été grandement facilitée par des assouplissements de procédure institués par la loi Sarkozy de 2006 et mis en oeuvre fin 2007. Il ne faut donc pas s’étonner si entre 2007 et 2008, l’immigration de main d’oeuvre a littéralement explosé en France. Le nombre de premiers titres de séjour pour motif professionnel a presque doublé en l’espace d’un an (+81% entre 2007 et 2008 -2 ).

- - Malgré les proclamations d’Eric Besson, qui se félicitait de la baisse de l’immigration légale en 2009, cette politique n’a pas été remise en cause durant la crise. Contrairement aux autres pays de l’OCDE, qui ont pris des mesures spécifiques visant à restreindre l’immigration économique en 2009, « hors saisonniers et hors UE, en 2009, le recrutement des travailleurs étrangers se stabilise plutôt qu’il ne baisse. -3 » Toutes ces remarques ne concernent que l’immigration hors UE, puisqu’aucune étude statistique n’a évalué les flux au sein de l’UE-4 . En tout, en 2008, la population étrangère représentait 5 millions de personnes, soit 8% de la population de France-5 . On peut donc à juste titre parler d’un véritable immigrationnisme de Sarkozy.

ENTREES OFFICIELLES (HORS U.E.) POUR MOTIF ECONOMIQUE -6

Objet de polémique, la politique migratoire de Sarkozy a souvent été attaquée sous l’angle du racisme et de la xénophobie. On a encore peu évoqué un de ses aspects fondamentaux : son caractère profondément anti-social. En effet, depuis son arrivée au pouvoir, le changement de la politique d’immigration est loin de se résumer à un accroissement des expulsions. Celui-ci s’oriente décidément en trois axes : explosion de l’immigration de travail, précarisation des travailleurs étrangers, et par une forte régression sociale en France.

2 La précarisation des travailleurs étrangers

- - En créant le « Ministère de l’immigration et du co-développement », Sarkozy reconnaît que les deux questions sont indossociables. Au demeurant, loin de viser à endiguer les migrations, sa politique de co-développement sert à encourager l’immigration dite « choisie ». Omar Bongo, président pendant 41 ans du Gabon, et Denis Sassou Nguesso, président du Congo, déclaré auteur de crimes contre l’humanité par la justice français en 2002, sont les deux premiers à avoir signé cet accord de politique de co-développement, contre promesse de leur coopération avec la politique d’immigration choisie. Ces aides se résument par ailleurs à des actions dérisoires : l’aide au transfert de fonds, et l’aide au retour des migrants vers leur pays d’origine (700 projets).

- - Parallèlement, Sarkozy encourage l’asphyxie des pays en voie de développement par le biais de la dette extérieure. Son Ministère de l’Economie et des Finances poursuit d’affirmer son soutien inconditionnel au Club de Paris, dont la France assure la Présidence et le Secrétariat Général. Chargé de gérer la dette des pays pauvres, sa seule politique est de faire en sorte que les Etats pauvres restent solvables, en allongeant le montant du remboursement, de manière à pouvoir assurer les remboursements. Cette dette extérieure, dont 80% est dûe à des créanciers privés, est majoritairement reconnue comme « odieuse », c’est-à-dire sans bénéfice pour la population car contractée par des dictateurs avec la complicité des créanciers.

- - En France, les immigrés ont vu leurs conditions de vie se dégrader par la faute de mesures électoralistes. Le regroupement familial a été rendu plus difficile par la loi de novembre 2007-7 , les familles devant désormais justifier d’un certain niveau de ressources, d’une assurance de couverture sociale et d’une durée de séjour accrue en France pour faire venir leurs conjoints. Les mariages entre Français et étrangers ont été compliqués par un soupçon accru sur les couples dits « mixtes ». La création d’un foyer étant un des motifs principaux pour s’installer dans un pays, tout est donc fait pour empêcher les travailleurs étrangers de s’installer en France. Les obstacles ont été multipliés pour la délivrance des visas, fichage ADN, allongement des délais.

- -La politique d’expulsions des clandestins, fixée à 30 000 reconduites par an, dessine clairement la figure de l’immigré que le gouvernement veut dessiner. Sarkozy cherche à substituer au modèle classique de l’ « im-migration », qui supposait une venue durable dans un territoire, le modèle de la « circulation migratoire ». Une fois le terme de son permis de travail échu, le travailleur se retrouve dans une situation illégale, alors même que c’est le gouvernement français qui avait favorisé sa venue.

3 La régression sociale en France

- -Cette immigration profite avant tout aux employeurs. Alors que les grandes entreprises peuvent délocaliser leurs productions avec profit, les employeurs des petites entreprises tirent avantage de l’immigration de main d’oeuvre. C’est si vrai que, lorsque Sarkozy par mesures électoralistes, a débuté sa politique d’expulsions, quelle n’a pas été sa surprise de se retrouver confronté à une véritable fronde des patrons dits « solidaires » ! Syndicats patronaux du BTP, de l’hôtellerie-restauration, des services d’entretien et d’aides à la personne, secteurs qui profitent pleinement de cette main d’oeuvre bonmarché, sont même allés jusqu’à un groupement pour la régularisation des salariés sans-papiers-8 . Son porte-parole ne sut trop insister sur le « le manque à gagner que ça représente pour les entreprises -9 ».

- - Les défenseurs de l’immigrationnisme n’ont qu’une seule crainte : le retour du plein emploi. Les économistes s’accordent sur le fait que les « difficultés de recrutement augmentent avec la baisse du chômage -10 ». Le terme de « difficultés de recrutement » recouvre en réalité ceci : augmentation des salaires, amélioration des conditions de travail. Quand le réservoir de main d’oeuvre se rétrécit, les salaires sont voués à augmenter -11. Il est également plus économique de faire venir à des travailleurs étrangers déjà formés, que de financer de réels plans de formation professionnelle en France, sous le prétexte souvent avancé que la jeunesse française est « inemployable -12 ». L’appel de masse à la main d’oeuvre étrangère ne vise qu’à « tendre » le marché de l’emploi.-

-Cette politique migratoire est un des piliers de l’économie libérale. Aux Etats-Unis, la croissance des années 90 a reposé sur un boom de l’immigration. En effet, comme l’explique l’économiste américain R. Freedman, « l’immigration diminue les salaires des travailleurs qui sont en concurrence-13 . » L’Europe suit ce modèle depuis 1985 avec les accords de Schengen qui ont permis la libre-circulation des travailleurs en son sein. Aujourd’hui, la Commission Européenne ne cache pas sa volonté d’accroître l’immigration professionnelle. « Les flux d’immigration vont s’accroître et seront plus que jamais nécessaires-14 ». En 2007, l’UE a même lancé l’idée d’une blue card destinée à concurrencer la green card américaine. En 2007, année de la présidence de la France, Sarkozy lance le pacte européen sur l’immigration, où il affirme vouloir « favoriser une immigration choisie et concertée-15 ». Loin d’être un hapax, la politique sarkozyste est parfaitement cohérente avec la mondialisation libérale.

- -Elle a des conséquences sociales désastreuses. En 2009, G. de Saint-Paul, démographe au Conseil d’analyse économique (CAE) remet au ministre E. Besson un rapport sur l’impact économique de l’immigration. Passé sous silence car trop dérangeant, il constatait les effets négatifs de cette politique d’immigration sur l’emploi et les salaires, notamment sur les salaires les plus bas. Depuis, des démographes de l’INED n’ont su trop alerter les pouvoirs publics des conséquences désastreuses de cette politique sur les travailleurs déjà en place, français et étrangers. Pas plus que l’UMP, le PS ne remettra en cause cette politique : Moscovici déclarant être pour l’immigration économique choisie « par les employeurs -16 ». Parallèlement, la propagande médiatique continue à jouer en faveur de cette politique, tendant à associer remise en question de l’immigration professionnelle et racisme, rendant de fait le sujet tabou ou réservé à l’extrême droite. Il est donc temps de faire lumière sur cette question, car comme le craint la démographe M. Tribalat -17 , « s’il faut taire la vérité pour que l’extrême droite ne connaisse pas la vérité, cela devient très inquiétant. »

Valentin Martin
Comité Valmy
Novembre 2010

Notes

-1 Ressources du site www.immigration.gouv.fr

-2 Ressources du site www.immigration.gouv.fr

-3 Le Monde, 20 janvier 2010

-4 L’Express, 18/03/2010

-5 Insee, 2008.

- 6 Office français de l’immigration et de l’intégration.

-7 Loi n. 2007-1631 du 20 novembre 2007 relative à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile, publiée au JORF du 21 novembre 2007.

-8 Réactions des syndicats patronaux Prisme (professionnels de l’intérim, services et métiers de l’emploi), Synhorcat (Syndical national des hôteliers, restaurateurs, cafés et traiteurs), Union des métiers et de l’industrie de l’hôtellerie (Dépêche AFP, 24 juin 2008, Libération, 18 avril 2008)

-9 Johann Le Goff, président du GERS, (dépêche Associated Press, 23 avril 2008)

-10 Deneuve, C., chargée d’études à la chambre de commerce et d’Industrie de Paris, « Besoins de main d’oeuvre des entreprises et recours à l’immigration : quelles perspectives ? », in Immigration, Marché du travail, intégration, La documentation française, Paris, 2002, pp 367-400.

-11 SAUVY, A., La machine et l’outil, « salaires et coût de la vie en France de 1800 à 1910 », p. 77, Imprimerie Générale, Paris, 1911.

-12 Un Professeur du CNAM, Le 20 février 2006, lors de l’émission « Mots croisés », sur France II.

-13 Freedman, R., professeur à Harvard pour le Centre for Economic Performance, in Immigration, Marché du travail, intégration, La documentation française, Paris, 2002, pp. 337-353.

-14 communication de la Commission sur « l’immigration, l’intégration et l’emploi » 336 final, du 3 juin 2003

-15 Le Monde, 31 mai 2008.

-16 Le 20 février 2006, lors de l’émission « Mots croisés », sur France II.

-17 Michèle Tribalat (démographe, directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), « Les pouvoirs publics relativisent l’immigration » L’Express, 18/03/2010


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