COMITE VALMY

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MONSIEUR LE PRESIDENT
par Richard Labévière

mardi 24 avril 2018, par Comité Valmy


MONSIEUR LE PRESIDENT,

« Je vous écris une lettre que vous lirez peut-être… » La suite est aussi connue que le sont Les Misérables et La Marseillaise. Mais, rassurez-vous, il ne sera pas question de renouer avec le pacifisme transcendantal de Boris Vian – le monde a tellement changé -, mais plutôt de vous transmettre une profonde inquiétude qui concerne à la fois le respect du droit international, les responsabilités, les intérêts de la France et une autre guerre qui vient…

En préambule, permettez – Monsieur le Président – quelques remarques de forme. Récemment, à deux reprises (avec Laurent Delahousse de France-2, puis Jean-Pierre Pernaut de TF1), vos communicants ont opté pour des entretiens type « brosse à reluire ». Le dimanche 15 avril, vous étiez face à Jean-Jacques Bourdin de RMC et Edwy Plenel de Médiapart, pour ce qui était annoncé comme une « interview de rupture ». Le premier dont l’obsession se résume en une formule – « les Français ont le droit de savoir ! » – et le deuxième (l’ami de Tariq Ramadan), consumé d’un trotskisme hystérique prompt à tous les amalgames (que vous avez du reste justement dénoncés), n’avaient visiblement pas suffisamment préparé l’entretien, notamment sur le dossier syrien.

Sans cravate – comme des jeunes à casquettes hip/hop visière inversée en signe de rébellion – les deux bonshommes se sont ingéniés à vous questionner en martelant vos nom et prénom, évitant soigneusement de vous appeler une seule fois « Monsieur le Président ». Après les virées nocturnes en scooter de votre prédécesseur, vos premiers pas avaient eu le mérite de revaloriser la plus haute fonction de la République. Mais ce soir-là, vos deux intervieweurs régressaient dans le style désolant du « casse-toi pauv’con ». Cela dit, les Français n’ont visiblement pas beaucoup apprécié les retours d’âge agités de vos deux duettistes qui n’ont pas arrêté de se couper la parole entre eux. Par conséquent – sur le plan de la forme – vous vous en êtes très bien sorti, apparaissant comme une personne posée, intelligente et au fait des problèmes, tant vos deux challengers se sont montrés grotesques !

Ainsi, vos communicants n’ont pas si mal joué. Cela dit – sur le fond -, entre la prestation des brosses à reluire et celle des imprécateurs de fausse rupture, le bilan de votre parole se solde plutôt par un jeu à somme nulle. Dans un cas comme dans l’autre – selon un style, certes très différent – les bouffons vous servent la soupe sans qu’on s’approche pour autant d’une vérité susceptible de répondre à plusieurs inquiétudes profondes et récurrentes. Bornons-nous à faire retour sur vos vingt premières minutes consacrées aux « frappes en Syrie ».

Notre premier étonnement fut de vous voir et vous entendre recourir – avec une insistance répétée – à l’adjectif « légitime » pour qualifier la dernière intervention de nos armées en Syrie. Le mot appartient au corpus moral, mais certainement pas à celui du droit international qui demeure binaire, en termes de « légalité ou d’« illégalité ». Et lorsque vous avez invoqué la résolution 2118, adoptée le 27 septembre 2013 par le Conseil de sécurité des Nations unies, – réaffirmant que la prolifération des armes chimiques, ainsi que leurs moyens de livraison, constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales et interdisant tout emploi d’armes chimiques -, vos interlocuteurs n’ont pas eu le réflexe professionnel minimal d’enchaîner en vous demandant si cette résolution vous autorisait à recourir automatiquement au Chapitre VII de la Charte de l’ONU, qui fonde le recours à la force.

Après consultation des plus grandes sommités françaises en matière d’interprétation de la Charte et du droit international, on peut affirmer sans ciller que la réponse est non, et trois fois non ! Sans doute vous auriez pu invoquer, en accord avec vos partenaires américains et britanniques, la « légitimité » et le « caractère proportionné » d’une telle intervention militaire, au nom de la « responsabilité de protéger ». Mais vous n’avez pas osé le faire, après la malheureuse intervention de Messieurs Sarkozy et Cameron en Libye au printemps 2011 avec l’aval des Etats-Unis et de l’OTAN. Vous avez eu raison, puisque la résolution 1973 à l’époque édictait deux choses : l’instauration d’une « no-fly-zone au-dessus de la Libye et la délivrance d’une aide humanitaire aux populations victimes de la guerre civile, mais certainement pas une action militaire qui devait aboutir à l’exécution de Mouammar Kadhafi et à un changement de régime. Ainsi, de la faute pleine et entière des Occidentaux, « la responsabilité de protéger » a telle été renvoyée aux oubliettes pour un bon bout de temps…

En l’occurrence, en Syrie, un recours à la force armée aurait dû faire l’objet d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité après une enquête dument diligentée par les inspecteurs de l’OIAC (Organisation internationale d’interdiction des armements chimiques), dont les résultats auraient été présentés devant le dit Conseil !

Le seul cas récent de recours autorisé à la force armée a été prévu par la série de résolutions de novembre 1990, qui condamnaient l’occupation du Koweït par l’armée irakienne. De fait, vos bombardements et ceux de vos partenaires américains et britanniques ont réitéré le coup de force de l’OTAN contre Belgrade, déclenché après le sommet de Rambouillet sur le Kosovo en mars 1999. Vos bombardements syriens ont réitéré la même violation du droit international que celle commise avec l’invasion de l’Irak par la coalition anglo-américaine au printemps 2003, contre laquelle la France – par la voix de Dominique de Villepin, notre ministre des Affaires étrangères de l’époque – s’était élevée avec tellement d’éclat et de détermination !

En l’occurrence, en Syrie, votre invocation de la « légitimité » ne vous dédouane pas d’un viol caractérisé du droit international. En la matière, la messe n’est pas dite, et la France éternelle – si prompte à se parer des plumes du paon des droits de l’homme, de la légalité internationale et du respect des règles des Nations unies – aura le plus grand mal à faire avaler la pilule, non seulement à la Russie et à la Chine, mais aussi aux pays du sud auxquels nous sommes tellement enclins à donner quotidiennement des leçons.

Sur ce plan et malgré votre sens inné de la rhétorique, votre embarras était palpable et bien compréhensible, ce qui vous a logiquement amené à valoriser l’excellence de nos armées. Celle-ci n’est pas en cause, mais méfiez-vous, car vous trouverez toujours un expert qui prétendra qu’il a manqué un bouton de guêtre… Comme durant l’opération Harmattan de Libye, nos aviateurs et marins ont accompli leurs missions avec le plus grand professionnalisme. Mais l’excellence de nos soldats (le CEMA1 parle de « performance opérationnelle ») ne légitime nullement – c’est le cas de le dire – votre ordre de frapper, votre prise de décision politique, qui ne concerne en rien, son exécution opérationnelle. Répétons-le, comme en Libye, l’excellence de nos armées ne justifie pas – a posteriori – le fiasco politique, géopolitique et humain des bombardements auxquels notre pays a participé.

Plus en amont et sur la question des « preuves », vos intervieweurs ont été tout autant pathétiques. Vous avez laissé entendre que nos « services » – de renseignement, s’entend – avaient identifié « depuis deux mois » des stocks d’armes chimiques enterrés dans la région de Homs. Soumis à un strict devoir de réserve, mais interrogés par nos soins sur la question, nos espions sont plus prudents et se grattent la tête, estimant ne pas avoir suffisamment d’éléments pour confirmer d’indubitables « preuves ». Depuis qu’Alain Juppé – alors ministre des Affaires étrangères – a pris la décision malencontreuse de fermer notre ambassade à Damas (mars 2012), nos anges gardiens ne disposent plus de sources de première main et en sont réduits à dépendre du renseignement satellitaire américain ou britannique !

Sur cette question des « preuves », il ne suffit pas d’avoir commenté les belles dissertations de Paul Ricoeur pour être absolument imparable. Si l’on relit le Tractatus Logico-philosophicus de Wittgenstein, que vous connaissez aussi Monsieur le Président, on y voit s’enchaîner sept propositions, de la première – Le monde est tout ce qui arrive – à la dernière, la dernière borne – Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. L’avant-dernière proposition fixe la logique mathématique, qui nous apprend à raisonner par équations de substitution : Wittgenstein affirme que « d’une réponse qu’on ne peut formuler, on ne peut non plus formuler la question. Il n’y a pas d’énigme ». Du point de vue de la logique, ce qui ne peut se dire n’a pas de sens. Il importe donc au philosophe de définir précisément le point de vue de la logique et au politique éclairé de respecter celle-ci !

Cette machine à détruire l’homme qu’est la novlangue du 1984 de George Orwell a, abondamment servi les propagandes politiques du XXème siècle. Nous avons fait beaucoup mieux depuis lors, et la fausse parole perpétuelle et perpétuellement déversée sur le monde global nous baigne comme dans une espèce de liquide amniotique, celui d’une gestation à rebours, puisqu’il s’agit de nous empêcher de naître, et de nous forcer à nous avouer nuls et non avenus2. Monsieur le Président, vous devriez aussi lire mon compatriote savoyard Valère Novarina : « le langage régresse, se compresse et se rétracte un peu plus chaque jour, et nous avons commencé doucement à devenir des animaux sans paroles ».

Au milieu de ces cris animaliers, méfiez-vous Monsieur le Président de vos conseillers-courtisans qui alimentent le fétichisme des « preuves » affichées. Les repères culturels de nos jours ne cultivent guère – hélas – l’histoire de la longue durée, mais songez toujours que des responsables de notre pays, et du plus haut niveau, affirmaient détenir les « preuves » de la culpabilité d’Alfred Dreyfus. On connait malheureusement la suite. C’est aussi à l’appui de « preuves » irréfutables que Jean Calas fut roué, que Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti furent attachés sur la chaise électrique. On pourrait multiplier les exemples qui peuplent un terrible cortège de preuves irréfutables ayant enfanté d’irréparables crimes et châtiments. Sans compter le million de victimes irakiennes depuis les « preuves » brandies par Colin Powell devant le Conseil de sécurité pour justifier l’attaque de l’Irak en 2003…

Monsieur le Président, vous avez aussi justifié les « frappes françaises » en invoquant le juste combat mené contre Dae’ch (l’organisation « Etat islamique ») et, d’une manière plus générale, la lutte contre le terrorisme. Là-aussi, ne prenez pas l’effet pour la cause d’une logique historique imparable. Dae’ch est une organisation criminelle organiquement issue de l’invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003. Cette organisation criminelle s’est nourrie d’une nouvelle guerre de l’empire global, ajoutée à celles qui déchirent les Proche et Moyen-Orient depuis le démantèlement de l’empire ottoman, depuis la signature du Pacte du Quincy entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, depuis la création de l’Etat d’Israël et depuis la marche triomphale menée par Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées. Essayez un instant de prendre en considération les responsabilités de l’Occident dans l’expansion d’un terrorisme globalisé, qui s’est imposé comme la face cachée de la mondialisation que vous essayez de rendre plus heureuse… De fait avec ces « frappes », ne prenez-vous pas – vous aussi – le risque d’attiser de nouvelles menaces terroristes visant notre pays et nos compatriotes ?

Dans cette perspective de « guerre à la terreur », vous nous dites que ces « frappes » vont permettre de revenir à… la diplomatie. Votre ministre des Affaires étrangères ose même proclamer qu’elles vont « recréer un espace de négociations et permettre de retrouver les voies d’un dialogue constructif… ». Comment nous faire croire à ce genre de balivernes, alors que la France s’est exclue elle-même du paysage diplomatique syrien depuis mars 2012 et qu’elle ne participe réellement à aucune des négociations en cours : processus d’Astana, de Sotchi et des Nations unies. Notre pays dispose tout juste d’un strapontin dans les discussions de Genève animées courageusement par le grand diplomate Staffan de Mistura.

Comment pouvez-vous prétendre que, grâce à ces « frappes », nous allons retrouver un rôle diplomatique majeur alors que vos diplomates brocardent, voire insultent, tous les jours que Dieu fait la Russie et ses dirigeants. Un jour, il faudra nous expliquer quel intérêt la France a-t-elle de se placer ainsi en pointe d’une russophobie hystérique et parfaitement irrationnelle. Dernièrement, l’anthropologue Emmanuel Todd déconstruisait brillamment – sur les ondes d’une radio de service public dont la journaliste lui coupait systématiquement la parole – cette nouvelle passion française anti-russe. Dans son dernier ouvrage, la secrétaire perpétuelle de l’Académie française3 explique de manière limpide pourquoi le général de Gaulle entretenait, en pleine Guerre froide, une relation avec l’Union soviétique de Léonid Brejnev : afin de conserver une possible alliance de revers face à une Allemagne risquant de redevenir trop puissante. Cette prudence vis-à-vis du grand partenaire européen qu’est la Russie, si ce n’est de l’Allemagne n’est-elle plus de mise ? De fait, la question demeure pleine et entière : quel intérêt notre pays a-t-il à se montrer ainsi plus vindicatif que la Grande Bretagne et les Etats-Unis à l’encontre de la Russie de Vladimir Poutine ?

Dans le contexte d’après-frappes, vous nous annoncez une grande initiative humanitaire en Syrie, qui rappelle celles des guerres balkaniques. Alors que les Européens brillaient par leurs impuissances diplomatiques et politiques, notre pays dépêchait Bernard Kouchner, pétri de ses boniments humanitaires et d’ingérence meurtrière. On peut aujourd’hui en mesurer les résultats… Que cela nous plaise ou non, le président syrien et ses alliés ont gagné la partie sur le terrain. Les mêmes maîtrisent le jeu sur les plans militaires et diplomatiques avec les puissances régionales, notamment la Turquie et l’Iran, pays avec lesquels la France entretient des relations difficiles. Alors, on ne voit pas en quoi les dernières « frappes » favoriseraient – de quelque manière que ce soit – un retour de la diplomatie française au Proche Orient…

En répétant, à plusieurs reprises, que le départ de Bachar al-Assad n’était plus la question et qu’il ne fallait pas personnaliser ainsi l’un des conflits les plus complexes de l’après-Guerre froide, vous aviez suscité un grand espoir quant à la possibilité d’une nouvelle approche, sinon d’une nouvelle diplomatie française qui aurait pu s’émanciper de toutes les erreurs de vos prédécesseurs. Mais c’était, semble-t-il, sans compter avec la toute-puissance de la Meute (d’autres disent la Secte), la bande de fous furieux qui a fait main basse sur le Quai d’Orsay ! Cette école française « néo-conservatrice » est persuadée que les intérêts de notre pays résident dans une adhésion servile aux options décidées par Washington, aux intérêts d’Israël dont les dirigeants crachent au visage de la France chaque fois qu’ils le peuvent, sinon aux illusions réformatrices d’une Arabie saoudite – grand modèle de démocratie ! – qui décapite chaque année plusieurs centaines de personnes à coups de sabre, tout en soutenant plus ou moins directement les fanatiques qui tuent des passants et des prêtres de nos villes, ainsi que nos soldats dans la région sahélo-saharienne !

A Paris les 25 et 26 avril prochains, vous organisez une conférence dédiée à la lutte contre le financement du terrorisme. Cela ne peut pas faire de mal, mais espérons, qu’au-delà d’une éphémère photo de famille, l’Arabie saoudite et les autres pays du Golfe qui continuent, via divers acteurs, à financer l’Islam radical, apportent explications et réponses convaincantes, notamment sur les provenances et les utilisations de la Zakat – l’impôt religieux musulman – qui a sponsorisé le terrorisme jihadiste dans le monde entier depuis plusieurs décennies.

En Syrie, Monsieur le Président, les bombes de vos « frappes » ont surtout ciblé nos valeurs et ceux qui les partagent. Personnellement, j’ai honte chaque fois que je rencontre tous les Syriens et notamment les Chrétiens vivant sur place, au Liban ou en Europe, qui me disent leur incompréhension, m’interpellant sur l’aveuglement de notre politique étrangère. Eux savent que les rebelles armés dits « modérés », « laïcs », sinon « démocratiques », sont une parfaite imposture, fruits d’une propagande relayée par des grands médias occidentaux dont on ne comprend pas non plus la partialité et le manque de professionnalisme.

En demandant le lancement d’une procédure de destitution dans l’ordre de la Légion d’honneur à l’encontre de Bachar al-Assad (qui est toujours, semble-t-il, Président de la Syrie), quelques ahuris vous ont infligé un camouflet supplémentaire. Prenant de vitesse cette curieuse initiative, les autorités syriennes ont aussitôt rendu les insignes à vous transmettre par l’intermédiaire de l’ambassade de Roumanie à Damas. L’auteur de ces lignes songe avec mélancolie à cette même Légion d’honneur, décernée à une porte-parole de l’opposition syrienne à Paris par le Président François Hollande, une universitaire formée par la Fondation Ford, qui des années durant n’a eu de cesse de traîner la France dans la boue, dans nombre de colloques et de rencontres internationales. Ainsi des années durant, cette personne – qui fut la « secrétaire » d’un « honorable correspondant » des services britanniques en poste à Paris – peut être assurée de conserver cette haute distinction qu’elle n’a pas vraiment méritée !

Enfin, saviez-vous Monsieur le Président qu’à la faveur de cette crise, votre Premier ministre se dévoile être un grand comédien : en gardant son plus grand sérieux, il arrive à expliquer aux députés qu’un débat parlementaire préalable aux bombardements était impossible car il aurait empêché… l’effet de surprise ! Accordez-moi, Monsieur le Président, que seuls de grands comiques peuvent réussir ce genre de performance. C’est à peu près ce que Madame May a dit aux Communes, elle aussi en suscitant l’hilarité générale des députés britanniques, qui comme vous savez, ne manquent pas d’humour.

Plus sérieusement, les Français n’ont pas bien compris pourquoi ces bombardements syriens vous ont empêché de condamner, ou à tout le moins de vous exprimer sur les dizaines d’enfants tués et blessés quotidiennement sur la frontière de Gaza et dans les autres territoires occupés palestiniens ? Ne parlons pas des milliers de victimes du Yémen, l’un des pays les plus pauvres de la terre, ravagé par le choléra et les chasseurs saoudiens pilotés par des mercenaires ukrainiens et pakistanais.

Plus sérieusement encore, et plus graves que vos dernières « frappes » : les opérations militaires israéliennes qui se multiplient en Syrie, les derniers bombardements commandités par Tel-Aviv, ont été effectués depuis l’espace aérien du Liban – un pays si cher à notre histoire et notre cœur, dont la stabilité et la souveraineté devraient constituer l’un des axes de notre diplomatie proche-orientale ! Tel-Aviv prétend cibler l’« expansionnisme iranien », cherchant à en découdre avec Téhéran depuis le début des années 2000.

Le 12 mai prochain, et cette date restera clef pour l’avenir de la région et du monde entier, le président Donald Trump devra se prononcer sur la prorogation ou la suspension de l’accord sur le dossier nucléaire iranien finalisé le 14 juillet 2015 à Vienne. Les Faucons américains convergent avec ceux d’Israël et d’Arabie saoudite pour forcer la main du président Trump qui a déjà décidé de satisfaire ses électorats sioniste et évangéliste en transférant l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem. Il n’est pas irréaliste de craindre le pire, et l’on attend que vous renouveliez rapidement votre plus ferme opposition – avec Mesdames Merkel et May – à la funeste hypothèse de la remise en cause de cet accord nucléaire qui concerne directement la sécurité de l’Europe.

Israël pousse l’Occident et les pays du Golfe à une guerre contre l’Iran qui risque de tourner à la déflagration générale. A ne pas avoir le courage de dire, une fois ne serait pas coutume, sa vérité à Tel-Aviv qui, rappelons-le, massacre quotidiennement les enfants des territoires occupés, nous n’éviterons ni cette guerre globale, ni le déshonneur. Réactivant la sombre prédiction de Winston Churchill, au contraire nous aurons assurément l’une et l’autre.

Monsieur le Président merci de m’avoir lu peut-être, en vous priant de croire en mes sentiments les plus respectueux, espérant que – malgré les évidences désespérantes qui précèdent -, vos choix et décisions resteront inspirés par les intérêts de la France et de nos compatriotes.

Richard Labévière
23 avril 2018

1 Le général François Lecointre est chef d’état-major des armées (CEMA) depuis la démission du général Pierre de Villiers, survenue en juillet 2017.
2 Philippe Barthelet : Valère Novarina, les mots éclaireurs. Editions Pierre-Guillaume de Roux, septembre 2014.
3 Hélène Carrère d’Encausse : Le Général de Gaulle et la Russie. Editions Fayard, novembre 2017.

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