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Xi Jinping et Kim Jong-un :
pour la réunification de la Corée !
Par Federico Pieraccini

samedi 7 avril 2018, par Comité Valmy


Xi Jinping et Kim Jong-un :
pour la réunification de la Corée !


La visite en Chine de Kim Jong-un en dit long sur les tactiques qui seront utilisées dans les négociations entre le dirigeant coréen et le président étasunien ; elle consolide également la relation historique entre Pyongyang et Beijing

La récente réunion à Beijing entre les dirigeants suprêmes de la RPDC et de la Chine a retenu l’attention du monde entier. Le sommet est resté discret pendant toute sa durée et ne fut révélé par le dirigeant chinois que lorsque la visite fut terminée et que le dirigeant coréen fut de retour dans son pays.

< P align="justify"> Les rumeurs de la rencontre ont continué à être démenties par le ministre chinois des Affaires étrangères jusqu’à mardi, jour où elle fut officialisée. Les dénégations avaient beaucoup à voir avec le fait qu’un résultat positif au sortir de cette première réunion, ne pouvait pas être garanti. Les déclarations finales, l’atmosphère détendue, les nombreuses images montrant des sourires et la reconnaissance mutuelle révèlent que les deux dirigeants du Parti communiste chinois et du Parti du Travail de Corée sont sur la même longueur d’ondes. Malgré le vœu pieux des États-Unis, qui ont interprété l’absence de réunions les années précédentes comme un changement d’attitude envers la Corée du Nord, la réunion a souligné les impressions positives de la part de Xi Jinping quant à l’évolution de la péninsule coréenne et confirmé la pensée stratégique de Kim Jong-un.

La stratégie de Kim Jong-un mérite une attention particulière. La capacité de dissuader l’agression des États-Unis et de la Corée du Sud existait bien avant le développement de la dissuasion nucléaire par Pyongyang, grâce notamment à l’énorme quantité d’artillerie dirigée contre Séoul. Un éventuel conflit aurait causé des millions de morts, détruit les forces étasuniennes sur la péninsule (leurs bases auraient été les premières éliminées, bien qu’elles ne servent que comme un fil piège) et contrecarrer l’alliance avec Séoul, qui aurait supporté un dommage inacceptable. Kim Jong-un et son père avaient déjà mis en place un moyen de dissuasion assez puissant pour parer à l’agression contre leur pays. La stratégie de développement des armes nucléaires devient plus claire suite à la rencontre avec Xi Jinping.

La volonté de Kim Jong-un de rencontrer Donald Trump dans des négociations bilatérales, et la possibilité que Pyongyang renonce à son arsenal nucléaire, feront date. La rencontre avec Xi Jinping était probablement axée sur leurs revendications auprès de Trump : le retrait des forces militaires étasuniennes du sud du pays. C’est un sujet à propos duquel la Chine et la RPDC sont totalement en accord. Le résultat souhaité par Pékin et Pyongyang − mais aussi par Moscou − serait que Washington retire ses forces de la Corée du Sud en échange de l’ouverture des sites nucléaires nord-coréens aux inspections internationales.
La Chine et la Russie seraient heureuses de voir éliminée la menace de dissuasion nucléaire étasunienne (même si, avec les dernières armes hypersoniques révélées par Poutine, le problème ne semble plus se poser). Cela apporterait également de grands avantages à Séoul, qui pourrait s’engager dans un rapprochement avec le Nord, à commencer par une éventuelle réunification de la péninsule ; et sous l’égide économique et énergétique de la Russie et de la Chine, la péninsule pourrait être incluse dans le projet « Une ceinture Une route » (OBOR) mais aussi bénéficier du gaz russe.

Bien sûr, ce scénario se heurte aux récentes nominations de Mike Pompeo et de John Bolton au sommet de l’administration étasunienne, confirmées par la menace de dissolution du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) conclu avec l’Iran, revenant ainsi sur un accord conclu suite aux efforts de plusieurs pays. Les conséquences seraient significatives, les États-Unis apparaitraient comme un État peu fiable dans ses relations internationales.

Cet aspect, pour Pyongyang, Pékin, Moscou et même pour Séoul, est important. Le message diplomatique extraordinaire que Kim Jong-un et Xi Jinping ont envoyé aux alliés et aux adversaires est la possibilité de la paix et de la réunification de la péninsule coréenne. Kim Jong-un est apparemment prêt à renoncer à ses armes nucléaires, son moyen de dissuasion le plus important. Mais il est intéressant de noter que, de toute façon, la Corée du Nord a toujours pu compter sur son formidable moyen de dissuasion conventionnel pour garantir sa sécurité. Pour la survie de Kim Jong-un et de son entourage [Sic – NdT], des milliers et des milliers de pièces d’artillerie destinées à Séoul suffisent pour éloigner tout agresseur potentiel. Une autre considération évidente est que toute utilisation par Kim Jong-un de ses armes nucléaires contre les États-Unis ou ses alliés entraînerait l’anéantissement total de la RPDC. La question qui reste est donc la suivante : si la Corée du Nord a toujours garanti sa survie grâce à sa dissuasion conventionnelle, pourquoi a-t-elle eu besoin de développer aussi la dissuasion nucléaire ? La réponse la plus logique à cette question est la volonté d’amener les États-Unis à la table des négociations.

Le coup de génie diplomatique et stratégique de Pyongyang est de pousser les États-Unis à quitter la péninsule coréenne en échange de la renonciation, par la Corée du Nord, à son arsenal nucléaire. Cette hypothèse place Kim Jong-un du côté positif de la négociation, apparaissant comme un partenaire raisonnable et sérieux prêt à trouver un moyen de garantir la paix sur toute la péninsule. Si Kim Jong-un est prêt à renoncer à son arsenal nucléaire, ce qui apparemment jusqu’à hier semblait impossible, dans l’intérêt d’un accord pour assurer la survie des deux Corées, alors Pyongyang se présente comme le garant de la paix pour Séoul. Le message que Moon Jae-in pourrait retenir des négociations est qu’un ennemi tel que la Corée du Nord est prêt à abandonner son arme la plus importante, au moment où les Étasuniens introduisent dans le jeu Bolton et Pompeo, prêts à frapper du poing sur la table des négociations, refusant de faire toute concession.

Alors que Kim Jong-un a bien l’intention d’accuser les Étasuniens pour l’échec des négociations et semble avoir en mains toutes les raisons pour le faire ; la rencontre entre Kim Jong-un et Xi Jinping semble viser à jeter les bases d’une rupture de l’alliance entre Séoul et Washington. Nous pouvons déjà imaginer la scène, avec Pyongyang prête à renoncer à ses armes nucléaires, Séoul prête à entamer un dialogue sur la réunification du pays, la Chine et la Russie heureuses de voir la dénucléarisation du Nord, et surtout, l’élimination des perspectives d’une guerre terrible sur la péninsule. Dans ce climat, Washington, en refusant toute perspective de retrait de la péninsule, serait complètement isolé. Grâce à ses relations moins que parfaites avec ses alliés européens, et à son intention d’annuler le JCPOA iranien, Washington se montrerait incapable de tenir ses promesses ni d’entretenir une posture diplomatique crédible.

La réalité est qu’un accord global entre la Corée du Nord et les États-Unis est pratiquement impossible pour une raison fondamentale : les États-Unis utilisent l’excuse de devoir protéger la Corée du Sud, pour contenir la Chine et la Russie, en maintenant sur la péninsule à la fois une défense antimissile et une présence militaire près de leurs frontières. Pour cette raison, alors que Moscou et Pékin ont de multiples raisons de rechercher un accord entre Pyongyang et Washington, tous deux sont conscients que les États-Unis n’ont aucune intention d’abandonner leur présence en Corée du Sud. La rencontre entre Kim Jong-un et Trump est un piège bien conçu préparé par Moscou, Pékin et Pyongyang, peut-être sur plusieurs mois, voire plusieurs années. Les objectifs les plus réalistes sont d’isoler davantage Washington dans la région, de rapprocher Beijing et Séoul et de creuser un fossé entre Séoul et Washington. Moscou utiliserait l’échec de ces négociations pour gagner plus de poids auprès de ses partenaires européens, tous désireux de trouver une solution à la crise coréenne. En outre, Moscou pourrait accroître ses opportunités d’entrer dans le marché de l’énergie en Corée du Sud grâce à la diversification des sources d’énergie de Séoul. Pékin a bien l’intention d’éviter une guerre sur la péninsule, ce qui serait désastreux à bien des égards, non seulement humanitaires, mais aussi en donnant la possibilité à Washington de camper sur la frontière chinoise à la suite de la destruction de la RPDC.

Moon Jae-in, le président de la Corée du Sud regarde anxieusement, prêt à conclure un accord avec le Nord. La maestria de la diplomatie sino-coréenne a créé une situation gagnant-gagnant pour Pyongyang, dans laquelle l’échec final des négociations avec Washington aurait des répercussions négatives auprès de ses alliés dans la région. C’est probablement la raison pour laquelle de nombreux membres de l’administration étasunienne ont accueilli négativement la décision de Trump d’accepter les discussions avec Kim Jong-un.

Accepter d’engager des pourparlers indique une disposition à négocier. Mais comme il est prévisible, le refus des Étasuniens d’accéder aux demandes de la Corée du Nord de quitter la péninsule voue ces pourparlers à l’échec. En même temps, si l’offre de Pyongyang d’abandonner ses armes nucléaires échouait à obtenir une réciprocité de la part de Washington, les États-Unis porteraient la responsabilité de l’échec. Pour cette raison, Trump a ingénieusement décidé de faire appel à deux fauteurs de guerre comme Pompeo et Bolton, dans l’intention d’effrayer Kim Jong-un en le mettant dans une position de négociation plus favorable à Washington, une stratégie qu’il entend poursuivre également en ce qui concerne l’Iran.

La vérité est que la diplomatie étasunienne n’a aucune marge de manœuvre et puisque la guerre est impensable, ce n’est même pas une réelle menace. Cela laisse Trump avec beaucoup de fanfaronnades et un tas de faucons hargneux, abandonnant les atouts dans les mains de Pyongyang et de Pékin. Tout deviendra clair dans les semaines à venir lorsque toutes les cartes seront posées sur la table des négociations.

Federico Pidraccini
– Le 30 mars 2018

Traduit par Alexandre et Marie-José MOUMBARIS
Comité Valmy

– Source


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