COMITE VALMY

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Crise du Cpitalisme

En attendant un nouvel ordre... le chaos du monde par Hélène Nouaille

La lettre de léosthène, le 15 octobre 2008, n° 430/2008

dimanche 19 octobre 2008, par Comité Valmy


“ Cette fois ci, il y a plus dans la balance que les cycles hauts et bas de l’économie. Cette fois, des questions fondamentales sont en cause. Est-ce qu’une économie de marché est autre chose qu’une invitation à s’engager dans des jeux d’argent excessifs ? Et quid des principes démocratiques qui sont si étroitement liés à l’économie de marché, un concept qui a été utilisé par l’Occident pour assurer sa domination du monde ? Cette vision de la démocratie est aussi en danger ” (1). Interrogations – celle-ci dans le Spiegel allemand – doutes, inquiétudes. Crise “ terrifiante ” pour le nouveau prix Nobel d’économie, Paul Krugman, dont il prévoit, avec d’autres, qu’elle sera suivie d’une “ violente récession ”.

“ Terrifiante ”, la tempête ne l’a pas seulement été pour l’Occident. Peu relayée par les médias “ de l’Ouest”, qui s’occupaient d’eux mêmes et de leur modèle américain, elle a dévasté le paysage mondial, de l’Asie à l’Amérique latine, en passant par la Russie, soulevant partout, y compris en Afrique, un très profond désarroi des instances dirigeantes et des populations. Ainsi, la mondialisation, pardon la globalisation promue comme le nec plus ultra de la modernité et des lendemains qui chantent montre, en live, comment elle ignorait l’intérêt général pour privilégier non pas une folie collective, comme l’écrivent certains, mais la cupidité (la recherche de rendement) érigée en dogme par un cercle étroit disposant à la fois des leviers de l’échange, de la bienveillance des politiques et du soutien quasi unanime des médias.

Le tout derrière une devanture de rationalité. “ Cette devanture de rationalité s’appuyait sur des modèles mathématiques sophistiqués, qui démontraient, sans jamais l’avoir testé, que la titrisation permettait de réduire les risques de crédit en les redistribuant à large échelle ” écrivait l’éditorialiste du Temps dès le 17 septembre dernier (2). Et la redistribution des risques a fait exploser le système : toutes les bourses ont décroché, de l’Asie riche (Singapour, le Japon) à l’Asie émergente, de l’Amérique latine (Brésil, Mexique) aux nouveaux pays de l’UE (Hongrie, Roumanie, Pologne), des riches pays du Golfe (Emirats, Arabie Séoudite) à l’Egypte et à d’autres pays d’Afrique (Nigeria, Maroc). Le simple suivi des brèves d’information continue sur le site de l’AGEFI suisse (2) donnait une idée claire de la chaîne des catastrophes qui touchaient aussi les monnaies, du zloti polonais au peso mexicain, pour faire bref.

Une certitude : le choc a été général et, selon un mot du Fonds Monétaire International (FMI), “ extraordinaire ”. Les perspectives ? “ L’économie mondiale s’engage dans une récession majeure face à la crise la plus grave sur les marchés financiers arrivés à maturité depuis les années 30. Un ralentissement sensible de la croissance mondiale est prévu en 2008 et un léger redressement n’apparaîtrait que plus tard en 2009. L’inflation est élevée, sous l’effet de la montée en flèche des produits de base, mais elle devrait ralentir. La situation est exceptionnellement incertaine et risque sérieusement de se dégrader. Dans l’immédiat, il s’agit de stabiliser la situation financière, tout en gérant prudemment les économies pendant une période de ralentissement et en maîtrisant l’inflation ” (3).

La lecture du document qui utilise largement conditionnel et signaux contradictoires incite à la prudence, pour le moins. Les remarques du président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, sont plus directes (4) : “ les ondes de choc nées de la crise financière qui secoue les États-Unis et l’Europe se propageront à travers l’économie mondiale. La dure réalité est que les pays en développement doivent s’attendre et se préparer à une chute des échanges, des envois de fonds des travailleurs émigrés et des investissements domestiques ”. Et encore : “ Lorsqu’il fonctionne de manière optimale, le multilatéralisme offre aux pays désireux et à même de prendre ensemble des mesures constructives la possibilité de s’asseoir autour d’une table pour trouver des solutions. Mais lorsqu’il est dysfonctionnel, la mondialisation peut recréer une Tour de Babel dans laquelle les intérêts nationaux s’affrontent sans faire aucun gagnant ”.

Sans aucun gagnant ? Que non. Les bénéfices engrangés avant la chute par le secteur financier ont été considérables et bien réels. Ayant obtenu la libre circulation des capitaux et un maximum de déréglementation de ses activités, il a pu prospérer en privilégiant les investissements – les secteurs - rentables. Comment ? En écartant logiquement de son champ d’action les domaines où les retours sur investissement ne sont pas rapides, ou bien ceux où il ne reviennent pas entièrement à l’investisseur : c’est à dire tous ceux qui concernent les intérêts collectifs, des infrastructures à l’éducation, de la recherche à la prévention et à la protection de l’environnement pour préférer le court terme et les marchés à fort rendement. Ce qui a signifié un affaiblissement considérable des Etats qui n’ont, pour pourvoir aux investissements nécessaires à l’intérêt collectif et au long terme, que la ressource de l’impôt.

A sa décharge, notons que le secteur financier, s’il a pour charge d’irriguer l’économie, n’a jamais été investi de la responsabilité de l’intérêt général ou de la cohésion d’une société entière que dans l’esprit de quelques idéologues qui ont confondu société humaine et marchés. Lorsque Robert Zoellick plaide pour un nouveau “ multilatéralisme économique au-delà du cadre traditionnel de la finance et du commerce ”, il reconnaît bien, en négatif, cette étrange confusion des genres. Lorsque qu’il en appelle au “ leadership national ”, souligne dans la même phrase que “ la dimension nationale est importante ”, il redéfinit bien le cadre de la responsabilité première d’un pouvoir politique arbitral sur les outils de la prospérité, qu’ils soient économiques ou financiers.

Dans le même temps, parce que la crise a montré les limites de la solidarité et du pouvoir réel des institutions internationales, Robert Zoellick redoute que la protection des intérêts nationaux ne provoque, en l’absence de dialogue et de coopération, des conflits frontaux. Et il y a en effet des questions qu’il vaudrait mieux entendre : celles posées au FMI par le ministre kenyan des Finances John Michuki, par exemple : “ Qui va dédommager les pays innocents qui vont probablement souffrir de cette débâcle ? (...). Sur le front politique, le monde impose des sanctions aux pays qui semblent hors la loi. Y a-t-il un sujet plus important que la crise à laquelle nous faisons face aujourd’hui ? Certains d’entre nous sont très inquiets, car la surveillance qui aurait dû être mise en place par le FMI, et l’article IV qui est le mécanisme pour mettre de la discipline sur les marchés apparaissent ne pas avoir été appliqués ” (5).

Si l’on veut bien entendre il y a là le germe de bien des dysfonctionnements à venir, méfiance, discrédit jeté sur les fauteurs de troubles et leur système dit démocratique. Qu’ont vu pour l’heure les pays entraînés dans la tourmente générée par une crise d’origine américaine ? Washington en désarroi, les gouvernements européens à la manoeuvre (et non pas l’UE), des additions colossales qui s’alourdiront (1700 milliards d’euros pour la zone euro et non pas pour l’Europe, c’est à dire à peu près le montant du PNB italien en 2005), un G 20 où les grands pays émergents se débattent un peu seuls (Brésil), des capitaux étrangers qui partout se rapatrient, la Chine silencieuse, l’Asie riche en difficulté (Singapour est entré en récession, le Japon s’occupe de lui-même, l’Australie est à la peine). Et encore ?

Eh bien c’est au secteur financier que vont aujourd’hui les ressources publiques, avec des garanties aléatoires, ce qui veut dire restrictions probables pour les investissements publics intérieurs et pour les aides extérieures dont les pays les plus fragiles ont déjà besoin – faut-il rappeler que tout le monde ne mange pas à sa faim ? (6) - et dont ils savent qu’ils leur seront indispensables dans les mois à venir : “ J’anticipe qu’on ait besoin d’abord de garder le parapluie pour soi-même que de le donner au voisin d’en face. Je crois que les populations des pays avancés ont des difficultés à cause de cette crise, et ces pays ne vont pas courir dans la savane africaine pour chercher à nous aider ” constate, amer, le ministre des Finances du Cameroun (5). Ni dans la savane africaine, ni dans la pampa argentine. Quand la récession sera là, où seront les aides des plus riches ?

Où est le nord dans ce capharnaüm ?

S’ils parviennent à mettre en oeuvre et à contrôler (7) ce qu’ils ont décidé ensemble, peut-être les gouvernements européens – ces nations anciennes fortes de leur légitimité et de leur poids économique – vont-ils démontrer comment, en pratique, le parapluie peut être ouvert en se coordonnant avec le voisin d’en face. Nous insistons sur la légitimité (notion inconnue des marchés) des gouvernements en démocratie : sans elle, comment engager l’épargne et le futur des peuples concernés ? Robert Zoellick, décidément inspiré, désigne clairement le danger majeur que courent les dirigeants : “ Les gens souffrent. Les familles craignent les jours qui viennent. D’abord en proie au désarroi, elles sont gagnées par l’inquiétude, puis la colère et enfin la peur ”. La violence n’est pas loin. “ Ce sont là des réactions naturelles, comme on a pu l’observer dans les pays développés. Les effets psychologiques de la crise se propageront dans le monde entier en même temps que les répercussions financières et économiques ”. Et nous savons bien qu’il décrit la réalité (8).

“ Quid des principes démocratiques qui sont si étroitement liés à l’économie de marché ? ” se demande le Spiegel. Eh bien, lorsque, en cas d’urgence extrême, ils sont respectés enfin, quand les politiques élus reprennent la main sur les marchés dans l’intérêt général, ils servent à redonner un ordre et un sens à une société. A éviter le chaos.

Tout simplement.

Hélène Nouaille

En accès libre :

n° 388/2008 Emeutes de la faim, l’autre crise, ou la même ? http://www.leosthene.com/spip.php ?article827

n° 384/2008 Les émeutes de la faim : l’exemple de l’Egypte http://www.leosthene.com/spip.php ?article820

Notes :

(1) Spiegel on line, The Broken Pact with the People, Dirk Kurbjuweit, le 10 octobre 2008 http://www.spiegel.de/international/business/0,1518,583007,00.html

(2) Site de l’AGEFI.com, quotidien en ligne, rubrique Dernières informations, http://www.agefi.com/Quotidien_en_ligne/News/index.php

(3) FMI, Perspectives de l’économie mondiale, octobre 2008, Synthèse (PDF)

(4) Banque mondiale, Conseil des Gouverneurs, le 13 octobre 2008, Remarques de Robert B. Zoellick, Président http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/NEWSFRENCH/0,,contentMDK:21937831 pagePK:64257043 piPK:437376 theSitePK:1074931,00.html

(5) l’AGEFI.com “ Qui va dédommager les pays innocents ? ”, le 11 octobre 2008. http://www.agefi.com/Quotidien_en_ligne/News/index.php ?newsID=199919&PHPSESSID=d99ef114e6f122b21125884ac868adfe

(6) Voir léosthène n° 412/2008 G8 : le château brûle, tout va très bien... http://www.leosthene.com/spip.php ?article887

(7) Nous parlons de contrôle interne et de régulation internationale. Il faudra en convaincre le grand allié américain, ce qui ne sera pas simple : c’est là certainement la prochaine grande étape. Sans nouvelles règles du jeu, les anciennes dérives si profitables et qui n’ont pas cessé au coeur de cette crise empêcheront un redressement général.

(8) Deux témoignages forts du bouleversement des populations :
- le premier provient du site boursier américain CNBC.com et concerne les Etats-unis, Officials : Financial crisis can lead to violence, le 13 octobre 2008 http://www.cnbc.com/id/27169424/for/cnbc/
- le second est visible sur le site de France 24 et concerne l’Asie et “ l’impact de la crise financière sur les petits épargnants dans différents pays du continent, de la Chine à la Thaïlande, et à la colère des traders hongkongais contre Wall Street ”, le 12 octobre 2008. http://www.france24.com/fr/20081012-semaine-asie-crise-financiere-hong-kong-thailande-epargnant&navi=ASIE-PACIFIQUE


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