COMITE VALMY

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L’art de la guerre

“America First” armée au-dessus de nos têtes
par Manlio Dinucci

l’ennemi commun des peuples

jeudi 1er février 2018, par Comité Valmy


“America First” armée au-dessus de nos têtes

Le président Trump a débarqué de son hélicoptère au Forum économique mondial de Davos. Là, précédé des joueurs de cuivres de l’orchestre de Fribourg, il a annoncé que “le monde est en train d’assister à la renaissance d’une Amérique forte et prospère”, grâce aux réductions d’impôts et réformes opérées par son administration sur la base du principe “America First”, c’est-à-dire celui de mettre l’Amérique au premier rang.

Cela “ne signifie pas l’Amérique toute seule : quand les Etats-Unis grandissent, le monde entier grandit”. Mais, a-t-il ajouté, “nous ne pouvons pas avoir un commerce libre et ouvert si certains pays exploitent le système aux dépens d’autres pays”. Référence claire surtout à la Chine et à la Russie, accusées de “déformer les marchés mondiaux” par des “subventions industrielles et une omniprésente planification économique conduite par l’état”.

Ainsi émerge le noeud de la question. Les Etats-Unis sont encore la première puissance économique du monde, surtout grâce aux capitaux avec lesquels ils dominent le marché financier mondial, grâce aux multinationales avec lesquelles ils exploitent des ressources de tous les continents, aux brevets technologiques en leur possession, et au rôle envahissant de leurs groupes multimédias qui influencent les opinions et les goûts des gens à l’échelle planétaire.

Leur suprématie économique (y compris celle du dollar) se trouve cependant de plus en plus mise en danger par l’émergence de nouveaux sujets étatiques et sociaux. Avant tout la Chine : arrivée par son revenu national brut à la seconde place mondiale après les USA, elle est l’”usine du monde” dans laquelle produisent aussi de nombreux grands groupes étasuniens. Elle est ainsi devenue le premier exportateur mondial de denrées. Elle effectue également de croissants investissements que ce soit aux USA et dans l’Eu, ou en Afrique, Asie et Amérique Latine (surtout, là, dans des infrastructures). Le projet le plus ambitieux, lancé par la Chine en 2013 et partagé avec la Russie, est celui d’une nouvelle Route de la Soie :
un réseau terrestre (routier et ferroviaire) et maritime qui relie la Chine à l’Europe à travers l’Asie Centrale et Occidentale et à travers la Russie.

S’il était réalisé selon l’idée originelle, le projet, qui n’inclut pas de composantes militaires, remodèlerait l’architecture géopolitique de toute l’Eurasie, en créant un nouveau réseau de rapports économiques et politiques entre les états du continent.

Cette mondialisation que les Etats-Unis ont promue, sûrs de pouvoir la dominer, se retourne aujourd’hui contre eux. Les droits de douane allant jusqu’à 50% sur les machines à laver et les panneaux solaires, établis par l’administration Trump pour frapper les exportations de Chine et de Corée du Sud, ne sont pas une preuve de force mais de faiblesse. Perdant du terrain sur la plan de la mondialisation économique, les Etats-Unis misent sur la mondialisation militaire : “ Nous sommes en train de faire des investissements historiques dans le militaire américain -a annoncé Trump à Davos- parce que nous ne pouvons pas avoir de prospérité sans sécurité”.

Les USA ont déjà aujourd’hui des bases et autres installations militaires dans plus de 70 pays, surtout autour de la Russie et de la Chine. Les pays dans lesquels sont déployées des troupes USA sont plus de 170. Dans cette stratégie ils sont accompagnés par les puissances européennes de l’Otan, lesquelles, bien qu’ayant avec les USA des conflits d’intérêt, se placent sous le leadership étasunien quand il s’agit de défendre l’ordre économique et politique dominé par l’Occident.

Tel est le scénario dans lequel s’insère l’escalade de plus en plus dangereuse des USA/Otan en Europe contre la Russie, présentée comme l’ennemi qui nous menace à l’Est. Débattre d’Union européenne et d’euro indépendamment de tout cela, comme on le fait dans l’actuelle campagne électorale (législatives en mars, NDT), signifie jouer face aux électeurs une partie avec des cartes truquées.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 30 janvier 2018 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.


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