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La grande révolution populaire de Navalny
n’a pas eu lieu
par Karine Bechet-Golovko

mardi 30 janvier 2018, par Comité Valmy


La grande révolution populaire de Navalny n’a pas eu lieu

De 1000 à 2500 personnes à Moscou selon les sources, environ 1500 à Saint-Pétersbourg, quelques centaines voire quelques dizaines dans les villes de province et 1 personne à Petropavlovsk, la grande "grève des électeurs" organisée par Navalny et soutenue à bout de bras par toute la presse occidentale n’a pas eu lieu. Le Maïdan russe, tant préparé par ses organisateurs expérimentés en la matière, s’est finalement transformé en promenade dominicale pour écoliers, quand même entourés de quelques accompagnateurs majeurs.

Après s’être vu refuser son enregistrement comme candidat aux élections présidentielles russes de 2018 par la Commission centrale électorale en raison de son casier judiciaire, décision confirmée par la Cour suprême fédérale, Navalny a décidé de lancer un mouvement de boycott des élections. Si ce n’est moi, ce ne sera personne. Si je n’y suis pas, rien n’est légitime. Démocratie ou ego surdimensionné, à vous de voir ...

Selon les données du Conseil des droits de l’homme, les chiffres de la participation sont les suivants : Ekaterinbourg - environ 1 000 ; Novosibirsk - 600 ; Nijny Novgorod - 550 ; Perm - 380 ; Tcheliabinsk - 350 ; Omsk - 270 ; Saratov - 230 ; Samara - 220 ; Krasnoïarsk - 205 ; Tomsk et Vladivostok - 200 ; Irkoutsk - 190 ; Khabarovsk, Barnaoul et Kemerovo - 150 ; Ijevsk - 120 ; Tioumen - 115 ; Orenbourg - 100 ; Kourgan - 80 ; Komsomolsk sur l’Amour - 70 ; Tchita - 63, Ulan-Ude - 60 ; Astrakhan - 50 ; Iakoutsk et Sakhaline du Sud - 35 ; Magadan - 20 ; Blagovechensk - 16 ; Petropavlovsk-Komtchatskiï - 1 (manifestement, il s’agit de l’organisateur).

Autrement dit, c’est un fiasco, ce que montent parfaitement ces photos, lorsque l’on ne fait pas de gros plans. A Moscou :

A Saint-Pétersbourg, au début de la manifestation :

A part les quelques adultes venus encadrés les enfants, les photos des manifestants laissent songeur ...

Comparativement, ceux-là s’approchent de l’âge de la retraite :

Le ministère de l’Intérieur russe avance un chiffre de 3 500 manifestants en tout. Même s’il est revu à la baisse, comme c’est la cas pour toutes les manifestations dans tous les pays, nous sommes très loin d’une action de masse.

En Russie, il y a environ 110 millions d’électeurs. Selon l’institut de sondage Vtsiom, 11% des électeurs ne pensent pas participer aux élections. Ce qui fait un potentiel de manifestants contre les élections de ... plus de 12 millions. Navalny a une côte de popularité de 1% au 21 janvier 2018. Ce qui lui fait un potentiel de supporter sur cette question de ... 120 000. Il est très loin de réaliser même son potentiel.

Lorsque l’on sait que sur son site, il annonce un nombre de volontaires de 200 013 personnes en janvier 2018, manifestement, ses supporteurs sont restés au chaud. Ou bien les chiffres, sont, comment dire, gonflés ?

Mais l’essentiel a été atteint : la presse occidentale, et évidemment française, parle de lui, puisqu’il a réussi à se faire arrêter - quelques heures. Leur héros mérite donc ce titre de héros. Ainsi, sur France TV Info, les "spécialistes" vantent la volonté de changement des Russes, oubliant quelque peu les chiffres contredisant leur propre volonté. Mais quelle importance après tout.

Monsieur 1% est qualifié "d’opposant N°1" à V. Poutine, raison pour laquelle, manifestement, il se serait fait arrêter et non pas du tout pour violation de l’ordre public. Ca c’est un détail. Ainsi Le Point :

L’opposant numéro un au Kremlin Alexeï Navalny, soutenu par ses partisans qui ont répondu par milliers à son appel pour dénoncer la "supercherie" de l’élection présidentielle de mars, a été libéré après avoir été brièvement détenu par la police dimanche à Moscou.

Ou encore le JDD, dans le même style :

Toute cette publicité tombe bien, au moment où il tente désespérément de faire reconnaître par la CEDH que ses procès en Russie sont motivés par des raisons politiques et non juridiques, ce que la CEDH a refusé pour l’instant d’affirmer. Mais la décision de la Grande chambre est en attente. Un concours de circonstances, certainement.

Et l’accent mis sur cette soi-disant "volonté de changement" évidemment de la jeunesse, cette jeunesse devenue "sacrée" autant qu’instrumentalisée. Oui, ça rappelle la technologie essoufflée et défraîchie du Maïdan. Les organisateurs ont manifestement oublié que cette technologie doit bénéficier 1) du soutien de la population 2) de l’effet de surprise 3) de la faiblesse de l’Etat. Or, ici en Russie, l’Etat n’est pas en faillite comme en Ukraine, la police a donc répondu immédiatement et une telle répétition des tentatives révolutionnaires empêche depuis longtemps la surprise.

Ce qui en revanche n’empêche pas la tentative, surtout lorsque l’on voit le nombre d’organisateurs qui sympatisent ouvertement avec le Maïdan ukrainien et l’appellent de leur voeux en Russie. Ainsi en est-il d’Ekaterinbourg, où non seulement le maire élu a manifesté contre les élections présidentielles (ce qui appelle à réflexion ...), mais où justement l’organisateur Viktor Barmine fait parti du groupe "Maïdan en Russie ! Maïdan à Ekaterinbourg !". Ou encore à Novokuznetsk, l’organisateur Dmitri Miropoltsev soutient activement le Maïdan ukrainien, fait parti du groupe extrémiste "Orange.Ukraine" et a vécu en Ukraine. L’on peut aussi souligner à Barnaoul l’organisateur Vladimir Gondarev, également sympathisant actif.

Mais ce doit être une coïncidence, puisque Navalny est un héros national, victime du "système Poutine". Un héros à 1%. Avec un tel rapprochement des technologies employées, l’on peut se demander jusqu’à quel point l’Occident va regretter de ne pouvoir renverser le pouvoir en Russie ... Les snipers en Ukraine ... Une victime sacrificielle pourrait bien devenir utile, même si la population ne suit pas, peu importe cela justifirait une campagne internationale. Et vue la chute du poids intérieur de Navalny, la réduction de sa capacité de nuisance, il va finir par coûter cher et ne plus être rentable. Sauf si ...
Navalny devrait y penser. Qui sait.

Karine Bechet-Golovko
lundi 29 janvier 2018

Russie politics


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