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Interview du directeur du FSB russe (deuxième partie)
par Karine Bechet-Golovko

jeudi 4 janvier 2018, par Comité Valmy


Interview du directeur du FSB russe (deuxième partie)

Autant la première partie de l’interview du directeur du FSB, Alexandre Bortnikov, que nous avons publiée hier> portait sur l’évolution historique des organes de sécurité en Russie, autant cette partie est consacrée aux enjeux actuels et permet de donner une image rénovée de cette institution sujette à tant de fantasmes. Ayant tiré les leçons du passé, le FSB est entré de plein-pied dans le monde d’aujourd’hui, participant pleinement à la résolution des enjeux de sécurité internationale qui sont ceux de notre époque.

Au début des années 2000, l’on a entendu de nombreuses déclarations concernant les jeux d’espionnage contre la Russie, pourtant l’époque était au renouveau et à l’amitié avec ces mêmes Américains. Ou bien ce n’était qu’une apparence ?

A. B. : En effet, à cette époque le travail de notre contre-espionnage a fait beaucoup de bruit. En 2000, lors de la transmission par le professeur de l’Université Baumanskaya A. Babkine de renseignements secrets concernant le nouveau système de missile sous-marin "Grain", a été interpellé le collaborateur du département du renseignement militaire américain E. Pope. Sa culpabilité a été démontrée devant la justice, mais au regard du principe d’humanisme et tenant compte de son état de santé, il a été gracié par le Président russe et expulsé du pays.

En 2003, l’activité des services spéciaux américains, utilisant les convois de chemin de fer approvisionnant leurs troupes en Asie centrale pour y cacher des appareils électroniques d’espionnage, a été mise à jour. Alors que l’autorisation de transit de ces convois par notre territoire était un acte de bienveillance du pouvoir russe envers Washington. Nous avons trouvé et pris plus de 150 de ces appareils d’espionnage. L’affaire s’est terminée par un scandale international et une note de protestation du ministère des Affaires étrangères russe.

En 2006, après avoir longtemps analysé le trajet de déplacement dans notre capitale des diplomates britanniques A. Fleming, C. Pirt, M. Doe et du membre du MI6 P. Crompton, deux transmetteurs électroniques, cachés sous l’apparence d’une pierre, et prévu pour garder un contact direct avec leurs agents ont été trouvés. La révélation des espions britanniques après que Londre ait déclaré qu’ils n’avaient plus d’activité d’espionnage en Russie depuis les années 90, a compromis la Grande-Bretagne. Par ailleurs, grâce à notre travail, la société a pu apprendre le financement de toute une série d’ONG russes par le MI6.

Aujourd’hui, les services étrangers espionnent moins la Russie ?

A. B. : Je ne dirais pas ça comme ça. Les services étrangers continuent à vouloir entrer dans toutes les sphères d’activité de notre Etat. Evidemment, ils trouvent une forte résistance de la part de notre contre-espionnage. Ainsi, de 2012 à nos jours, 137 membres des services spéciaux étrangers et leurs agents ont été mis en accusation. 120 organisations non gouvernementales étrangères et internationales, instruments du renseignement étranger, ont été fermées en Russie. 140 ont été condamnées lors de mesures de protection de secrets d’Etat.

Comment évaluez-vous le niveau de la menace terroriste et extrémiste en Russie aujourd’hui ? Et dans quelle mesure les services spéciaux sont-ils prêts à combattre ces dangers ?

A. B. : Il existe en Russie aujourd’hui un système intégré de lutte contre le terrorisme, qui a pour fonction autant la prévention que la lutte elle-même contre le terrorisme et la réduction de ses conséquences. Depuis 2006 fonctionne un Comité national antiterroriste et l’Etat-major opérationnel, dans les régions des commissions antiterroristes et des états-majors opérationnels ont été créés. La loi a posé l’obligation pour les organes de pouvoir d’exécuter leurs décisions. Suite aux mesures prises ces 6 dernières années, les crimes terroristes ont été diminués par 10. En 2017, 23 attentats ont été empêchés. Un travail de prévention est conduit contre la radicalisation de groupes sociaux, principalement auprès des jeunes, et de leur entrée dans les groupes terroristes. L’activité terroriste et extrémiste de plus de 300 groupes a été liquidée.

Plus de 9500 personnes ont été condamnées ces dernières 5 années pour des crimes liés au terrorisme ou à l’extrémisme. Une grande quantité d’armes et d’explosifs a été retirée du marché illégal. Dans le Caucase du Nord, les bandes souterraines ont quasiment été éradiquées.

Nous travaillons sur la fermeture des filières d’entrée en Russie des membres des groupes terroristes internationaux des zones de conflits du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et d’Afghanistan et également de l’entrée dans ces zones des citoyens russes. A ce jour, environ 4 500 citoyens russes sont allés dans ces zones s’engager dans des conflits armés aux côtés des terroristes. Ces deux dernières années, plus de 200 personnes ont été empêchées de quitter le territoire. Des mesures sont prises pour filtrer la vague migratoire. Depuis 2012, plus d’un millier de personnes ont été condamnées pour organisation de filières migratoires illégales. Maintenant, notre priorité est de découvrir les groupes dormants des organisations terroristes et extrémistes et empêcher les terroristes individuels, dont l’activité s’est développée dans plusieurs pays.

Vladimir Poutine, à l’assemblée du FSB a remercié les collaborateurs pour l’efficacité de leur travail en Syrie. Est-il possible de révéler ce secret et de savoir de quoi il s’agit ?

A. B. : Les organes du contre-espionnage militaire ont garanti la sécurité des groupes militaires russes sur l’aérodrome de Hmeimim. Ils ont empêché tout acte terroriste ou attaque. Grâce aux informations obtenues par nos moyens, un grand nombre d’opérations spéciales a été conduit avec succès.

Dans quelle mesure notre voisin ukrainien est aujourd’hui dangereux ?

A. B. : Nous portons une attention particulière à l’édification de mécanismes fiables de protection face aux dangers qui viennent de l’Ukraine actuelle. Nous prenons des mesures pour lutter contre l’activité de ses services spéciaux contrôlée par l’Occident ayant une activité de sabotage et de terrorisme, et également pour bloquer toutes les tentatives des nationalistes et extrémistes ukrainiens d’établir des liens avec les personnes partageants leur opinion dans la diaspora ukrainienne en Russie. Ainsi, en 2016-2017, en Crimée, 3 groupes de sabotage terroristes du renseignement SBU et du renseignement militaire GRU ukrainien ont été neutralisés. En 2016, dans la région de Rostov, des membres du groupe Secteur Droit ont été arrêtés, alors qu’ils préparaient des attentats dans les régions russes. Les tentatives du SBU d’établir des filières de trafic de drogue en Russie ont également été bloquées.

Les grandes affaires anti-corruption de ces dernières années furent possible grâce aux enquêtes du FSB, non ?

A. B. : Commençons par rappeler que dans le domaine de la protection de la sécurité économique, ces dernières 5 années l’on a pu empêcher qu’un dommage de plus de 900 milliards de rouble ne soit causé à l’Etat. Suite à notre travail en matière de criminalité économique, notamment dans le domaine de la corruption, quasiment 13 000 personnes ont été condamnées. Parmi eux l’on compte des fonctionnaires fédéraux, des gouverneurs, des personnes de direction dans les ministères ou les organes publics, dans les holding publics, les entreprises d’Etat, les établissements publics. Malgré la difficulté et le temps nécessaire pour réunir les preuves, malgré les pressions de la part des personnes impliquées dans les schémas complexes d’enrichissement illégal, le combat continuera, quel que soient leur rang et leur titre.

Le combat est également mené contre la criminalité organisée. Depuis 2012, l’activité criminelle de plus de 300 organisations a été arrêtée, dont certaines étaient présidées par des personnes haut placées. 326 personnes ont été condamnées pour contrebande. Environ 23 tonnes de drogues et de psychotropes ont été retirés du marché et plus de 7000 trafiquants de drogue ont été déclarés responsables pénalement.

Il existe cette expression populaire "La frontière est sous clé". Cette expression est encore actuelle ?

A. B. : Bien sûr. Actuellement, les gardes-frontières, en contact étroit avec les divisions territoriales du FSB et les organes du contre-espionnage militaire, luttent efficacement contre les atteintes possibles à la sécurité de notre pays. En 5 ans, les gardes-frontières ont interpelé plus de 25 000 personnes tentant de violer la frontière. 10 000 ont été jugés. Des mesures spécifiques sont prises pour lutter contre le trafic des ressources aquatiques naturelles, principalement en ce qui concerne l’Océan Pacifique et la Mer caspienne. Au nombre des priorités, l’on compte le renforcement des frontières russes en Arctique et avec l’Ukraine.

(...)

Est-ce que le refroidissement des relations entre la Russie et l’Occident a eu un impact sur les relation du FSB avec ses partenaires étrangers ? L’on continue a échanger des informations avec les Etats-Unis et les services spéciaux des autres pays ?

A. B. : Je vous assure que malgré tout cela, notre collaboration se développe très bien. A ce jour, le FSB a des contacts avec 205 services spéciaux et organes des forces de l’ordre de 104 pays, notamment 56 structures de gardes-frontières de 48 Etats. Les relations sont et bilatérales et multilatérales sur les plateformes existantes à cet effet. Les résultats du travail de la Conférence des directeurs des services spéciaux, des organes de sécurité et des organes des forces de l’ordre des Etats étrangers partenaires du FSB sont chaque année présentés au briefing du Comité antiterroriste du Conseil de sécurité de l’ONU. D’autres structures ont également une activité importante, à savoir le Conseil des directeurs des services spéciaux et des organes de sécurité des pays de la CEI, le Centre antiterroriste des pays de l’Organisation de coopération de Shangai. Nos partenaires comprennent parfaitement que les tensions politiques n’ôtent en rien leur actualité aux problèmes importants que sont le terrorisme international, la criminalité organisée transnationale et la criminalisation du milieu informationnel. Ces enjeux exigent une réaction systémique des structures compétentes. Ce faisant, lors de notre travail l’on entend de moins en moins de déclarations purement réthoriques, au profit de la résolution des questions concrètes.

La sécurité d’évènements internationaux en Russie a été assurée en coopération avec nos partenaires étrangers : les Universiades de 2013, les Olympiades de Sotchi en 2014, la Coupe de la Confédération en 2017, ainsi que différents Forums économiques et politiques de haut niveau. (...)

Pour résoudre un tel spectre de problème, le professionnalisme des membres du FSB est un aspect important.

A. B. : C’est exacte. Le développement du professionnalisme de ses collaborateurs est une des priorités de notre organisation. L’intégration d’une dimension et scientifique et pratique dans le processus de formation permet de renforcer l’efficacité de nos Instituts. Dans le système du FSB fonctionnent aujourd’hui 2 Académies, 11 Instituts et des écoles de cadets. En général, la formation est divisée en 70 branches et spécialités. Nous sommes particulièrement intéressés en ce que les jeunes ayant une sensibilité patriotique rejoignent les rangs de nos étudiants et ensuite consacrent leur vie à la garantie de la sécurité de notre Patrie.

(...)

Comment le FSB construit ses relations avec la société ?

A. B. : Le Conseil civique auprès du FSB est le meilleur organe de contrôle du respect des droits constitutionnels des citoyens depuis déjà 10 ans. Des personnalités en vue des milieux d’experts, d’entreprise, de la science, des arts en font partie. Il a un spectre de missions très large qu’il remplit parfaitement : du contrôle civique sur les projets d’actes normatifs que nous préparons à l’examen des requêtes des citoyens. Il édite également une revue "FSB : pour et contre", où sont publiés des articles sur l’évolution des organes de sécurité, permettant au public d’avoir un regard objectif sur différentes pages de l’histoire de nos services spéciaux et , de manière argumentée, de contrer les tentatives de les discréditer et de falsifier l’histoire.

Qu’en pensez-vous, la société aujourd’hui fait plus confiance aux collaborateurs des services spéciaux ?

A. B. : En principe, la garantie de la sécurité d’un pays est un processus complexe et à plusieurs facettes. Il nécessite non seulement la mobilisation des forces et des moyens des services spéciaux et de l’ensemble de l’appareil d’Etat, mais également la pleine collaboration des citoyens. Dans le cas contraire, il n’est pas possible de garantir la protection de l’Etat contre les dangers extérieurs et intérieurs, et dans les situations de crise il ne peut être protégé des conflits ethniques sanglants et d’une totale destruction. Tel fut le cas lors de la chute de l’Empire. Et cela s’est répété lorsque l’Union soviétique a sombré.

Les organes nationaux de sécurité, étant passés par une voie difficile, ont tiré les leçons de l’histoire. Maintenant le FSB est libre de toute influence politique et ne sert aucun intérêt partisan ou sectoriel. Il fonde son travail sur la Constitution russe et la législation fédérale. Le but est la garantie de la sécurité de l’individu, de la société et de l’Etat. Le résultat de notre travail est particulièrement apprécié par le Président russe et trouva chaque année plus de soutien parmi les citoyens.

La confiance de la société et du pouvoir met plus de responsabilité sur les épaules des organes de sécurité. Cette génération de collaborateurs utilisent parfaitement toute l’expérience pratique accumulée par ses prédécesseurs et développe sa propre expérience. Dans l’avenir, elle sera transmise à la génération suivante, ce qui permet d’améliorer sans discontinuer l’efficacité du travail de notre Institution. (...)

Karine Bechet-Golovko
mercredi 3 janvier 2018

Russie politics


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