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Ces écoliers russes qui réhabilitent l’armée nazie
au Bundestag : crise de système ou erreur ciblée ?
par Karine Bechet-Golovko

vendredi 24 novembre 2017, par Comité Valmy


Stalingrad, après les bombardements de l’aviation allemande

Ces écoliers russes qui réhabilitent l’armée nazie
au Bundestag : crise de système ou erreur ciblée ?

Les déclarations d’un groupe d’écoliers russes devant le Bundestag, faisant des soldats allemands les victimes innocentes de la Seconde guerre mondiale ont provoqué une violente vague d’indignation en Russie. Justement au moment de l’anniversaire de la contre-attaque de l’armée soviétique à Stalingrad le 19 novembre 1942. Mais au-delà de l’indignation, beaucoup de questions s’articulant finalement autour de cet axe : est-ce un symptôme de maladie de la société russe contemporaine, l’évolution normale de la maladie de la repentance active contractée avec la chute de l’Union soviétique ou est-ce simplement une manipulation localisée ?

A la surprise générale, un groupe d’élèves d’une quizaine d’années a été invité à prendre la parole au Bundestag, en Allemagne. Qui a financé ce voyages, pour l’instant ce n’est pas clair. Mais à une époque où les relations entre la Russie et les pays de l’Union européenne sont pour le moins tendues, cela aurait pu être une bonne nouvelle et une belle initiative. Ce fut un désastre.

Le sens de leur intervention est très simple ... et la forme étrangement similaire. A l’école d’Urengoï, dans l’Oural, ils se sont intéressés aux soldats allemands lors de la Seconde guerre mondiale en Russie et en ont déduit que beaucoup d’entre eux se battaient "contre leur volonté" (une nouvelle catégorie des très populaires Malgré-nous), qu’ils se sont retrouvés encerclés par l’Armée soviétique autour de Stalingrad (qui n’est pas en Allemagne ...), se sont fait tuer ou ont été fait prisonniers, détention dont beaucoup en sont morts. Ils sont les "victimes innocentes". Et non pas un, mais tous ces écoliers de répéter en substance la même chose, en donnant à chaque fois un exemple différent de "victime innocente" allemande.

Nous sommes en pleine vague non seulement de réhabilitation de l’armée nazie, dont les soldats sont les nouveaux Malgré-nous du post-modernisme relativiste, ces soldats qui ont fait malgré eux plusieurs milliers de kilomètre sur les terres d’un pays étranger, détruit malgré eux sur leur passage les populations civiles, les usines, les écoles. Des soldats qui malgré eux se battaient contre l’armée soviétique. Et réellement malgré eux ont perdu la bataille sanglante de Stalingrad, bataille qui a changé le cours de l’histoire. La ville a été rayée de la surface de la terre par les bombardements de l’armée allemande le 23 août 1942. Ces aviateurs allemands se moquant éperduement de savoir qui habitait dans les immeubles. 40 000 victimes ce jour-là, un détail. "Même la Volga brûlait".

Alors que la bataille dure depuis le 17 juillet 1942, le 19 novembre l’armée soviétique passe à l’attaque et lance ce qui est appelé l’opération Uranus, en résultat de laquelle 300 000 soldats et officiers allemands se retrouvent encerclés, 91 000 seront fait prisonniers et 140 000 tués. L’armée allemande et ses alliés roumains, italiens, hongrois et croates seront définitivement battus à Staligrad, sur un front qui s’est étendu jusqu’à 850 km, le 2 mars 1943.

Ce sont ces soldats allemands que ces écoliers russes ont qualifiés de "victimes innocentes". Ce sont devant ces soldats que la bonne société demande à la Russie de s’excuser. Les réactions dans les médias et les réseaux sociaux furent fulgurantes. Elles se sont concentrées contre le premier des intervenants, Nikolaï Deciatnitchenko.

Beaucoup d’internautes ont publié des photos de soldats allemands, qui réellement n’ont pas voulu se battre. Ils furent fait prisonniers et tués par les allemands. Simplement deux exemples.

"Paul Schmenken, en novembre 1941 a déserté de l’armée allemande et est entré dans les rangs des partisans soviétiques. Il s’est battu contre les nazis. En 1944 a été fait prisonnier par les allemands et fusillé. Héros de l’Union soviétique. Lui, oui, n’a pas voulu se battre pour les nazis, et pas ceux qui sont morts aux portes de Stalingrad"

"Spécialement pour les enseignants de l’école de Urengoï. Sur la photo, le corps de Vantentina Ivanovna Poliakova, enseignante de l’école secondaire de Krioukoskaya, fusillée par les allemands le 1er décembre 1941 dans le jardin de l’école. Elle avait 27 ans, elle enseignant la langue russe."

Le plus inquiétant est que et le maire de la ville et l’enseignante qui les a accompagnés en Allemagne n’y voient aucun problème : ces enfants ont simplement du réduire leur texte de 8 minutes à 2 minutes et n’ont pas pu correctement faire passer leur message. Ils furent mal compris. La mère du jeune Nikolaï, elle, plus mal à l’aise, affirme que l’enfant a fait lui-même le texte, personne n’aurait vérifié la version finale ... Ni les parents. ni les enseignants, ni le service du protocole qui reçoit les textes en avance ? Personne ? Ou bien il s’agit du message qu’il fallait faire passer ? Car les déclarations sont particulièrement formatées à l’identique pour être si ... spontanées et maladroites.

Toute la bonne société "libérale" soutient le petit qui n’a fait que se prononcer pour la paix des peuples et se retrouve attaqué par le méchant "régime de Poutine". Déjà que l’armée rouge a empêché les allemands de civiliser ces moujiks soviétiques, on ne peut même réhabiliter les grands soldats allemands. Comme l’affirme le pseudo journaliste Shenderovitch sur les Echos de Moscou, le petit n’a fait qu’énoncer des évidences, "cette patrie est décidément un malheur" (sic).

La Douma s’est adressée à la Procuratura pour vérifier l’école dont sortent ces jeunes gens au regard de la réhabilitation du nazisme. Comme le déclare le vice-président du comité de la Douma pour l’enseignement et la recherche, Boris Tchernychov :

Au moins que nous puissions comprendre qui est l’initiateur de ce discours : les enseignants, les parents ou qui encore. J’ai du mal à croire que le jeune garçon l’ait fait lui-même, c’est juste un écolier. Maintenant, il nous faut comprendre : est-une faute de l’Etat ? est-ce une erreur de l’école ? ou bien est-ce un dysfonctionnement du système ?

La question est effectivement ici. La constitution d’une Nation repose sur un certain nombre de mythes fondateurs, de récits historiques qui construisent la mémoire commune d’un peuple. La Seconde guerre mondiale est l’un de ces éléments en Russie. La tentative de déconstruction du discours national par un relativisme à tous crins, grâce aux mécanismes de la transitional justice qui appelle à la réconciliation générale peut avoir des conséquences funestes pour la Russie, lorsqu’elle se fait sur une confusion entre la réconciliation avec les nazis ou avec les allemands. En espèrant que ce sera l’occasion de revenir sérieusement sur les réformes scolaires pédagogistes qui s’infiltrent de plus en plus profondément dans l’école russe.

Karine Bechet-Golovko
mardi 21 novembre 2017

Russie politics


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