COMITE VALMY

Accueil du site > - EURO DICTATURE OCCIDENTALISTE et OTAN : En sortir pour s’en (...) > Les envolées anticléricales du Conseil d’Etat par Karine Bechet-Golovko

Point de vue

Les envolées anticléricales du Conseil d’Etat
par Karine Bechet-Golovko

lundi 30 octobre 2017, par Comité Valmy


Les envolées anticléricales du Conseil d’Etat

Le Conseil d’Etat vient de déclarer non conforme à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la croix qui surplombe la statue du Pape Jean-Paul II dans la petite commune bretonne de Ploërmel. L’art et la tradition ne sont plus conformes à l’idéologie dominante. Il faut dire que ces dernières années, sous la pression d’organisations anticléricales dites de "libre pensée", le Conseil d’Etat porte de sérieuses atteintes aux fondements mêmes de la culture française, dans ses racines chrétiennes. Il transforme la France en un territoire "neutre", acculturé, acceptable pour ces masses migratoires que rien ne doit déranger.

Les "libres penseurs" sont à nouveau de retour pour faire le ménage, pour faire table-rase du socle commun. La barbarie au nom de la liberté. Ils le furent déjà pour faire tomber l’Ancien Régime, comme A. Cochin explique le fanatisme des "philosophes" de cette époque, cette manière totalitaire et agressive, que l’on retrouve aujourd’hui, de monopoliser le "bon discours". Un extrait de l’introduction de son ouvrage Les sociétés de pensée et la démocratie moderne :

Orthodoxie, d’abord : « La raison, écrit Diderot dans l’Encyclopédie, est à l’égard du philosophe ce que la grâce est à l’égard du chrétien. » C’est le principe de nos Libres Penseurs : « Nous avons foi en la raison. » Ainsi ce qu’on demande aux frères est moins de servir la raison que d’y croire ; il en est de ce culte-là comme des autres : c’est la bonne volonté qui sauve. « Il y a, dit Voltaire, des philosophes jusque dans les échoppes », mot qui fait pendant à notre « foi du charbonnier ». Et d’Alembert écrit à Frédéric II en 1776. « Nous remplissons comme nous pouvons les places vacantes à l’Académie française, de la même manière que le festin du père de famille de l’Evangile, avec les estropiés et les boiteux de la littérature. » Tel esprit boiteux sera donc admis, s’il est bon philosophe, et tel autre, exclu, qui est bien d’aplomb, mais indépendant. Le parti pris est net, et encourage, vous le savez, un quiétisme de la raison encore plus nuisible à l’intelligence que le quiétisme de la foi à la volonté. Rien ne fait plus de tort au progrès de la raison que son culte : on ne se sert plus de ce qu’on adore.

L’on notera avec inquiétude l’inclination du Conseil d’Etat a prendre le parti des requérants anticléricaux, confondant argumentation juridique - que l’on est en droit d’attendre de la juridiction administrative suprême - avec l’argutie. Position qui ressemble à la collusion de la magistrature française avec l’occupant nazi, n’ayant toujours pas compris qu’une telle complaisance n’entraîne qu’un mépris mérité. Ainsi en fut-il de la restriction du droit à installer une crêche de Noel, ainsi en est-il des restrictions à montrer des croix.

Le contexte

Le 9 novembre 2016, le Conseil d’Etat adopte un arrêt de principe et se prononce sur la place de la traditionnelle crêche de Noel dans nos villes de France. La mission n’est pas aisée, car face à la "tolérance" grandissante qui oblige à rentrer chez soi en fermant la porte, à laisser la place aux minorités éthniques et religieuses grandissantes, la chrétienté est considérée comme prenant trop de place dans une société qui ne la reconnaîtrait plus. Elle est alors renvoyée au niveau du folklore locale, celui qui pourrait même faire sourire nos chers migrants, non chrétiens, tant qu’elle reste cachée dans un recoin. Extraits :


En raison de la pluralité de significations des crèches de Noël, qui présentent un caractère religieux mais sont aussi des éléments des décorations profanes installées pour les fêtes de fin d’année, le Conseil d’État juge que leur installation temporaire à l’initiative d’une personne publique, dans un emplacement public, est légale si elle présente un caractère culturel, artistique ou festif, mais non si elle exprime la reconnaissance d’un culte ou une préférence religieuse. (...) :

Deux conditions sont posées

•dans les bâtiments publics, sièges d’une collectivité publique ou d’un service public, une crèche de Noël ne peut pas être installée, sauf si des circonstances particulières montrent que cette installation présente un caractère culturel, artistique ou festif ; (Peut être faut-il placer un clown à côté, pour montrer le caractère festif)
•dans les autres emplacements publics, compte tenu du caractère festif des installations liées aux fêtes de fin d’année, l’installation d’une crèche de Noël est légale, sauf si elle constitue un acte de prosélytisme ou de revendication d’une opinion religieuse.

Et le Conseil d’Etat continue avec sa décision du 25 octobre 2017, dans laquelle il estime, en application de sa jurisprudence du 9 novembre 2016, que la croix faisant partie de la statue de Jean-Paul II est un signe religieux devant être ôté.

L’argumentation du Conseil d’Etat

L’argumentation développée ici par le Conseil d’Etat a dépassé les limites acceptables de l’interprétation. Rappelons qu’il s’agit avant tout d’une oeuvre d’art, dans son ensemble, offerte à la commune en 2006 :


L’imposante statue, sous une arche surmontée d’une croix, a été offerte par l’artiste russe Zourab Tsereteli au maire de l’époque et installée sur une place publique en 2006.

Il s’agit donc d’une statue de Jean-Paul II, d’une arche et d’une croix. Or, ne pouvant quand même s’attaquer à la figure populaire de Jean-Paul II, le Conseil d’Etat a décidé par sa décision d’artificiellement distinguer la statue en elle-même, des autres composantes de l’oeuvre d’art, à savoir l’arche et la croix, contrairement à la réalisation de l’artiste. Rien n’a été trouvé contre l’arche, mais la croix ... la croix est de trop. Trop croix, trop religieuse, trop décalée par rapport à l’idéologie contemporaine.

L’attaque frontale avec la liberté artistique qui est quand même ici en jeu est délicatement poussée sur le côté au profit d’une argutie de boutiquier : le conseil municipal avait donné son accord pour la statue, mais rien n’apparait concernant l’arche et la croix. Ils n’ont pas penser à faire un inventaire détaillé ... Donc... Donc cela signifie qu’il existe une autre décision concernant cette maudite croix, qui est restée secrète, n’a pas été publiée. Donc est illégale. (voir les cons. 6 et 7 de la décision).

Les magistrats du Conseil d’Etat sont normalement des personnes particulières érudites, cultivées, ayant suivi une formation élitiste. Pour sortir ... ça ?!

Et la manière dont la question de la liberté artistique est évincée laisse songueur :


écartant l’argumentation de la commune qui faisait valoir en défense, pour justifier cette installation, le caractère d’œuvre d’art de l’ensemble (...). Il juge en outre que sont sans incidence le fait que la statue ait fait l’objet d’une décision de non-opposition à déclaration de travaux, l’intérêt économique et touristique du monument pour la commune, et le fait que le retrait de tout ou partie de l’œuvre méconnaîtrait les engagements contractuels la liant à l’artiste.

Comment peut-on expliquer que le juge administratif suprême puisse aussi facilement faire fi de la liberté artisitique et de l’intérêt local au profit d’une vision idéologique qui renvoie aux fanatismes de la Révolution et de l’installation de la République anticléricale ?

Les requérants

Pour comprendre cela, il faut s’intéresser à la personnalité des requérants. Dans les deux cas nous sommes face aux "libres penseurs" : la Fédération départementale des libres penseurs de Seine et Marne et la Fédération de la libre pensée de Vendée pour la première décision sur les crêches ; la Fédération Morbihannaise de la libre pensée concernant l’oeuvre d’art.

Il s’agit encore et toujours de ces mouvements destructeurs qui sous couvert d’une liberté totale n’acceptent que leur vision idéologique de la société et leur liberté se réduit à imposer cette vision à tous. Tous ces mouvements ont pour but affiché, puisqu’inscrit lors de l’enregistrement de leur structure, la lutte active pour la laïcité.

Nous avons déjà vécu tout cela avec les révolutionnaires, avec les fanatiques républicains. Avons-nous réellement besoin d’une nouvelle vague d’acculturation ? Jusqu’où devra-ton effacer ce Dieu qui dérange à ce point les hommes ? Effacer les tableaux ? Casser les statues ? La boîte de Pandore a été ouverte pour réduire le pays à un territoire. Territoire neutre et accueillant pour tous ceux qui décident de s’y installer. C’est leur droit, absolu, puisqu’une personne en situation illégale est quasiment inexpulsable. L’Etat, lui, a perdu ses prérogatives.

Est-ce cette vision de la France que nous voulons laisser à nos enfants ? Voulons-nous leur laisser un territoire globalisé, sans âme, mais qui avait une histoire, des racines ? Que l’on retrouve encore dans les livres des bibliothèques familiales, tant qu’elles ne furent pas détruites au grès des déménagements pour être remplacées par le numérique. Ce palimpseste des temps post-modernes.

Karine Bechet-Golovko

vendredi 27 octobre 2017

Russie politics


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette