COMITE VALMY

Accueil du site > - EURO DICTATURE OCCIDENTALISTE et OTAN : En sortir pour s’en (...) > Présidentielles russes : Ksénia Sobchak, enfant légitime de Navalny et de (...)

Présidentielles russes : Ksénia Sobchak,
enfant légitime de Navalny et de Macron
par Karine Bechet-Golovko

dimanche 22 octobre 2017, par Comité Valmy


Présidentielles russes : Ksénia Sobchak,
enfant légitime de Navalny et de Macron

L’annonce faite par Ksénia Sobchak de sa candidature aux élections est un très mauvais signal de la santé du système politique russe. Et peu importe que sa candidature ait été ou non "acceptée" ou "forgée", comme cela se dit, par la nouvelle équipe de l’Administration présidentielle en charge de la politique intérieure. Dans tous les cas, ça ne change rien sur le fond : la porte a été ouverte, le résultat se présentera aux prochaines présidentielles, lorsqu’il faudra bien trouver une alternative à V. Poutine sans provoquer de crise existentielle pour le pays.

Le charisme de la personnalité présidentielle est tel qu’à son ombre le système politique a du mal à se développer. Il en résulte une incontestable stabilité, qui ne doit toutefois se transformer en aridité. Chaque élection présidentielle qui se profile depuis les années 2000 tourne autour d’une seule personne, V. Poutine, objectivement en position de leader et dont la popularité est réelle.

Pour des raisons différentes, le paysage politique russe n’arrive pas à s’enrichir. Les communistes sont plombés par le passé soviétique. LDPR par son dirigeant ne noyant dans la caricature de lui-même. Spravedlivaya Rossya n’a pu trouver une existence politique : après avoir alterné entre la soumission totale et la tentation de l’opposition radicale, le parti est simplement retourné dans la zone grise. Les partis de droite libérale sont eux plombés par les années 90, dont ils n’arrivent pas à faire évoluer le discours malgré les échecs répétés.

Sur le plans des figures charismatiques, la pêche n’est pas plus riche. Dès qu’elles apparaissent dans l’opposition, elles tombent dans la radicalité destructrice (comme Navalny), confondant activisme et politique. Dans les partis traditionnels, les seconds couteaux n’arrivent pas - ou ne peuvent pas - passer au premier plan.

Dans cette configuration, le parti présidentiel Edinaya Rossiya a la voie libre et occupe la plus grande partie de l’espace public, allant sur certains points jusqu’au monopole. Pour autant, si des figures de poids existent, elles sont orientées vers le soutien présidentiel - si la concurrence interne existe, parfois même idéologique, elle ne touche pas le niveau présidentiel.

Tout cela donne des élections présidentielles objectivement fades. La tentation est grande d’y mettre de la couleur. Dans cette version, la candidature de Ksénia Sobchak est perçue comme un montage réalisé par les policy makers de l’Administration présidentielle ; le style du nouveau responsable de la politique intérieure, Kirienko, se fait largement sentir. Il est vrai que K. Sobchak a rencontré V. Poutine quelques jours avant de présenter publiquement sa candidature, elle affirme que cela ne lui a pas fait particulièrement plaisir. Le porte-parole du Kremlin répète en boucle qu’ils n’y sont pour rien.

Passons donc à la deuxième solution : ses soutiens sont ailleurs - une version n’excluant pas l’autre, son père, A. Sobchak, "père du constitutionnalisme russe" est à l’origine d’un puissant réseau de personnalités dont beaucoup occupent toujours des fonctions-clés. Pour l’instant, ses soutiens ne sont pas révélés, elle se présente comme "indépendante". La question étant toujours, dans ce cas-là, de savoir de qui et de quoi ? Car comment passer du statut de présentatrice du réality show Dom-2 (version russe de Loft Story) à la candidature à la présidence ?

Il n’y a qu’un chemin : l’acculturation et la défaite du politique.

Ksénia Sobchak a présenté sa vidéo, tournée dans sa cuisine, pour annoncer sa candidature - elle parle au peuple, elle en fait partie :

Elle affirme être contre tout et contre tous. C’est la substance de son programme. Elle a au moins le mérite de reconnaître qu’elle n’a pas de programme en tant que tel, aucun poids politique et pas de chances de gagner. Ce que ne l’empêche pas de bénéficier d’un soutien médiatique impressionant. Elle est quand même la fille, non seulement de son papa premier maire "démocrate" de St Pétersbourg, mais aussi de sa maman - sénatrice. Et il faut bien ça pour faire passer en douceur ce qu’elle affirme.

Sur Instagram, elle déclare être indépendante et fière de l’être, observer depuis longtemps ceux qui font de la politique et elle leur adresse ce message, dont le style est digne d’une déclaration de Macron, cherchant à faire peuple mais chic :

"votre politique est une merde lamentable,
messieurs. Ennuyeuse et minable"

La comparaison avec Macron n’est pas ici fortuite. Elle est nouvelle en politique, elle est "contre le système" dont elle est issue et dans lequel elle évolue parfaitement à l’aise, son langage est choquant pour faire réagir et se démarquer des professionels de la politique par la forme, elle est un pur produit de comm. Au début de la campagne, personne ne donnait sa chance à Macron, qui a été élu. Le contexte est différent en Russie, mais les tendances existent.

Comme lui, elle utilise sa nouveauté en politique et veut ratisser large :

"Toutes les forces politiques peuvent m’utiliser
pour présenter leurs prétentions envers la
situation actuelle. (...) Je suis en dehors des cadres
idéologiques, même pas pour la Crimée (et pas contre)"

En traduction - je me foue de la politique, je veux casser. Il faut dire qu’elle insiste en ce sens avec sa comparaison délicate avec Gorbatchev :

" je veux réformer selon le modèle de
ce qui s’est passé sous Gorbatchev"

Pourtant, la politique de Gorbatchev a conduit à la disparition et à l’éclatement du pays ... D’autant plus que sur le fond, les réformes de Gorbatchev étaient situées dans un cadre très particulier : il n’y a plus de parti unique, mais une démultiplication des formations politiques et l’économie est libre. Le combat est donc mené contre quoi ? L’Etat russe ?

Là où l’on sent qu’elle a parfaitement été prise en main par des groupes de communiquants, c’est lorsqu’elle déclare :

"vous ne votez pas pour Sobchak, vous votez contre tous,
contre Iavlinsky, Ziouganov et Poutine"

Sa popularité étant faible, il lui a été conseillé de ne pas jouer sur son faible raiting, mais sur l’anti-raiting des représentants des trois grands courants politiques : droite, gauche et centre. Pourtant, vous votez pour une personne qui sera bien élue. C’est une manipulation grossière des esprits.

L’évolution est finalement logique. De la classe bobo, avec show et paillettes

elle passe au conseil de coordination de l’opposition radicale russe, toute aussi bobo qu’elle

Au soutien à l’Ukraine dans son virage néonazi, toujours la mise en scène

L’apparition de la candidature de Ksénia Sobtchak, quoi qu’il en soit, est un signal fort que le pouvoir doit décrypter. Il est à la fois un signe de fatigue, en appelant à cette politique "ennuyeuse" et un signe d’acculturation. Car seule l’absence d’un minimum de culture, pour comprendre que la politique n’est pas qu’un show mais existe pour régler les problèmes quotidiens des gens, peut rendre non seulement possible ce type de candidatures dans un pays qui se revendique souverain, donc réellement gouvernant, mais encore la voir soutenue par des médias nationaux, notamment légitimée lors d’émissions politiques de grande antenne. Il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir que Ksénia Sobchak est un Navalny en jupons, encore plus dangereux que lui, car totalement systémique, comme elle le revendique par ailleurs :

"Navalny a proposé à ce système de partir
pacifiquement, mais on ne le croit pas, alors que
moi on me croit, tout le monde me connait."

Dangereuse cette manie en Russie de vouloir jouer "à l’occidental", en imaginant pouvoir en éviter les conséquences ...

Karine Bechet-Golovko
vendredi 20 octobre 2017

Russie politics


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette