COMITE VALMY

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Echec aux germanophiles
par Bertrand Renouvin

lundi 9 octobre 2017, par Comité Valmy


Echec aux germanophiles

Le succès électoral de l’Alternative für Deutschland (AfD) a été présenté dans les médias français comme une atteinte à l’exemplarité allemande qui se confond depuis douze ans avec le paisible visage de la chancelière Merkel. Retour des nazis au Bundestag ? C’est idiot. L’AfD a marginalisé la vieille extrême droite du Nationaldemokratische Partei Deutschland et le nouveau courant populiste xénophobe a banalement profité de l’arrivée massive des migrants, de la misère sociale et du racisme qui caractérise une partie non-négligeable de la population allemande. Avec sa représentation parlementaire peu cohérente, l’AfD jouera le rôle d’épouvantail qui rehaussera la bonne conscience de la classe dirigeante.

Le danger allemand, ce n’est pas la renaissance du nazisme, c’est la Chancelière. Angela Merkel conserve la maîtrise de la situation même si le jeu politique est un peu plus compliqué en raison du retrait des sociaux-démocrates qui l’oblige à négocier avec les libéraux et les écologistes. Nul ne s’y trompe cependant : avec Wolfgang Schäuble jusqu’à maintenant, avec un ministre des Finances libéral dans quelque temps, l’Allemagne restera la puissance dominante en Europe de l’Ouest et continuera d’y imposer son prétendu modèle.

Depuis 1991, les gouvernements français successifs ont diffusé l’imagerie niaise du « couple franco-allemand » alors qu’ils se laissaient flouer et vassaliser par Berlin, alors qu’ils laissaient l’Union européenne devenir une « plateforme de production allemande » selon l’expression d’Olivier Passet. Sur Xerfi canal, cet économiste soulignait récemment que l’Allemagne concentre plus du quart de l’industrie de l’Union et 37% de l’industrie de la zone euro. Cette puissance a été acquise grâce à l’euro et à la colonisation des pays de l’est européen assignés à la sous-traitance et qui assurent à l’Allemagne un poids réel de 40% dans l’industrie de l’Union.

Grâce à sa domination économique, l’Allemagne impose un modèle résolument antisocial. L’Allemagne exemplaire par son commerce extérieur, par son excédent budgétaire, par son faible taux de chômage, par son endettement réduit – elle est championne du non-remboursement des dettes au XXème siècle – est un pays où le pourcentage de la population active sous le seuil de pauvreté a augmenté de 54% en dix ans, où le nombre de travailleurs pauvres a doublé en dix ans, où le nombre de travailleurs occupant deux emplois a augmenté de 80% en douze ans, où le pourcentage des retraités sous le seuil de pauvreté a augmenté de 30% en dix ans.

En France, le clan germanophile ne veut pas voir ou se moque éperdument de la régression sociale en Allemagne. Il voudrait imiter l’efficacité commerciale allemande sans comprendre ses conditions spécifiques, monétaires et néocoloniales, et sans voir que la classe dirigeante allemande veut avant tout faire prévaloir les intérêts nationaux allemands. Pour Berlin, l’Union européenne est un moyen. Pour la caste parisienne, « l’Europe » est une fin à laquelle elle vient de sacrifier Alstom et pour laquelle elle sacrifiera de plus en plus les classes moyennes et populaires au fil des « réformes » ultralibérales.

Emmanuel Macron croit en cette « Europe » qu’il voudrait refonder en aliénant notre souveraineté nationale dans la souveraineté européenne. A Athènes, à Paris, à Tallinn, il y eut des discours soigneusement rédigés, riches en suppléments d’âme destinés à nous faire oublier le troc : des réformes à l’allemande contre la réforme de la zone euro. Angela Merkel avait poliment répondu que l’idée était intéressante mais les libéraux ont fait savoir que l’Allemagne ne financerait pas les endettés du sud et les autres propositions du président français sont, pour la plupart, rejetées par nos autres partenaires.

C’est l’échec. Après le sommet de Tallinn, on ne parle plus à l’Elysée de « plan » français, on se résigne à attendre la formation du nouveau gouvernement allemand comme on a attendu le résultat des élections allemandes. Germanophiles déclarés, Emmanuel Macron et Edouard Philippe continueront de collaborer avec l’Allemagne, aux conditions dictées par la Chancelière et par son ministre des Finances. Mais ils n’arrêteront pas de faire des phrases lors des rencontres au sommet comme si les comédies de l’Union moribonde ne devaient pas avoir de fin.

Bertrand Renouvin
2 octobre 2017

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Editorial du numéro 1129 de « Royaliste » – 2017

Le blog de Bertrand Renouvin


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