COMITE VALMY

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Florian Philippot,
l’épine dans le pied du FN
Jean-Paul Brighelli

mercredi 4 octobre 2017, par Comité Valmy


Le Tireur d’épine, Musée du Capitole, Rome.

Florian Philippot, l’épine dans le pied du FN

Philippot : « Je ne peux pas m’empêcher de penser
qu’au FN la défaite en arrangeait plus d’un »

«  Le départ de Florian Philippot nous a retiré une épine du pied », a dit Marine Le Pen, de retour au Conseil régional du Nord (dont Philippot est réellement originaire, lui). Bien. J’ai donc repris mon stylo de pèlerin et je suis parti interviewer l’épine…
Nous nous sommes retrouvés dans un bar du VIème arrondissement de Paris qui lui sert de QG depuis longtemps. À deux mètres de nous, une bande d’octogénaires absolument déchaînées fêtaient le veuvage de l’une d’entre elles — champagne pour tout le monde. C’est au milieu de ce vacarme joyeux que nous avons évoqué le passé — un peu — et surtout le futur.

JPB. Alors, ce divorce ? Attendu ? Par consentement mutuel ? Aux torts partagés — ou comme autrefois, « pour faute » ?

FPh. L’état-major du FN, aujourd’hui mégrétiste…

JPB. Mince alors ! Quelqu’un se souvient donc de Mégret ?

FPh. Certainement — à commencer par Philippe Olivier, le beau-frère de Marine, qui est revenu en force être les deux tours, avec ses amis.
Mais je ne veux pas en faire une querelle de personnes.

JPB. Revenus — revenus quand ?

FPh. Ça a commencé pendant la campagne présidentielle, et ça s’est accéléré après le second tour. Pendant le débat, j’étais resté dans les loges — il n’y avait que les deux candidats et les journalistes, sur le plateau. Et j’ai à peine croisé Marine quand elle est revenue. Je n’ai pas trouvé l’énergie pour aller jusqu’au siège du FN ensuite.
A posteriori, et je ne parle pas de Marine Le Pen quand je dis cela, je ne peux pas m’empêcher de penser que la défaite en arrangeait plus d’un — qui l’ont d’ailleurs sur-exagérée. Parce qu’enfin, 11 millions de voix malgré les déchaînements de médias tous acquis à Macron, c’était beau ! Il y a eu un moment d’attente — les flingues étaient sortis, essentiellement pointés vers moi…

JPB. Un « mexican stand-off »…

FPh. En quelque sorte. Puis ça a commencé à tirer — et ça n’a plus arrêté.

JPB. Revenons au présent. Votre club, les Patriotes, est à compter d’aujourd’hui un parti. Cette mutation ne légitime-t-elle pas, a posteriori, la mauvaise opinion des caciques du FN et l’accusation de faire bande à part avec vos « potes », comme dit Marine ?

FPh. C’est juridiquement un parti — mais c’est surtout un point de ralliement. Ralliement des Français qui ont la France à cœur. Un parti qui n’exclut pas que l’on soit aussi membre d’un autre parti, d’un syndicat, d’une association — de gauche ou de droite. Je n’ai depuis toujours — et comme Jean-Pierre Chevènement — qu’une seule ligne et une seule obsession : la France. Avez-vous écouté le discours de Macron à la Sorbonne l’autre jour ? Il a clairement dit qu’il pensait l’Europe contre le nationalisme, l’identitarisme, le protectionnisme, le « souverainisme de repli ». Les « passions tristes » de l’Europe !

Il y a quelque chose que je ne saurais enlever à l’actuel chef de l’Etat : l’intuition de ce qui lui est préjudiciable. L’intuition que c’est bien le patriotisme qui constitue pour lui la plus grande menace. Et que la solution est une Europe « refondée ». « L’Europe seule peut assurer une souveraineté réelle », a-t-il dit — ou quelque chose de ce genre. « Il y a une souveraineté européenne à construire, et il y a la nécessité de la construire », a-t-il ajouté. Et de proposer une force de défense européenne — ce qui est dangereux et désarmera logiquement l’armée française : mais nous le savions déjà, la polémique de cet été avec le général Pierre de Villiers était très parlante sur ce point.

Intégration de la défense dans l’Europe. Intégration économique aussi — et la façon dont en trois jours la France a cédé Alstom aux Allemands de Siemens et STX aux Italiens de Ficantieri est une reddition en rase campagne. Qu’en pensent les ouvriers des chantiers de l’Atlantique ? Un grand bravo à Bruno Le Maire !

Dans l’Europe que l’on nous concocte, et que les Français ont systématiquement rejetée, de votes en référendum, la France jouera le rôle du petit actionnaire minoritaire qui de temps en temps élève la voix pour faire croire qu’il est toujours vivant. On pourrait pourtant faire autrement et tellement mieux !Capture d’écran 2017-09-30 à 10.05.08Je veux dire que Macron est absolument fidèle à ses promesses : voilà un politicien qui ne ment pas ! Il sert les intérêts supra-nationaux, allemands, européens et américains. Et rien d’autre. Il feint de contrarier les Polonais, mais ne demande pas d’amender la « directive détachement des travailleurs ».

JPB. Il ne réussit pas mal, pour l’instant, au niveau Education…

FPh. Mon père était directeur d’école, ma mère était institutrice. J’ai baigné là-dedans, j’y suis peut-être plus sensible qu’un autre. Et je reste méfiant à l’égard de Blanquer — après tout, il était déjà là, sous Chatel, et je ne crois pas que les enseignants aient gardé un souvenir enthousiaste de la politique de Chatel, de la RGPP en particulier, qui a abouti à la suppression de tant de postes… On souhaite ardemment l’inverse, mais les mesures annoncées aujourd’hui par Blanquer ne sont-elles pas surtout de l’agitation de surface ? De l’enfumage, au fond ? à terme, ce qui se profile derrière la politique d’autonomie déclarée des établissements, n’est-ce pas une privatisation concertée ? Bien sûr, Blanquer a un discours très supérieur à celui de Najat Vallaud Belkacem — et il a bénéficié de la moue de l’ex-ministre lors de la passation des pouvoirs : il est apparu d’un coup comme l’anti-Belkacem ! Mais au fond, il y a continuité et cohérence entre les politiques éducatives des dix dernières années.

Pour que Blanquer se démarque vraiment et fasse repartir l’Ecole de la République, il faudrait clairement condamner le pédagogisme, remettre le français et l’Histoire de France au centre et qu’il se désolidarise du processus de Lisbonne, qui a asservi l’école aux intérêts économiques, et instauré cette idéologie des « compétences » au détriment de la transmission des savoirs ; Mais cela, il ne le fera pas — parce qu’il est cohérent avec la politique globale du gouvernement.

JPB. Alors, pour en revenir aux Patriotes…

FPh. Les Patriotes sont déjà plus de 3000 — à jour de cotisations j’entends, je ne parle pas juste de « clics » comme d’autres. Je vais entamer très prochainement un tour de France des initiatives locales, pour aller à la rencontre de celles et ceux qui espèrent un sursaut de la France — ceux qui travaillent, qui ne désespèrent pas encore, qui ne sont ni « fainéants » ni attentistes. La France, quoi !

À ce moment deux jeunes gens, qui se présentèrent comme Guillaume et Paul — étudiants de la fac de Droit toute proche — sont venus s’immiscer dans notre conversation. Pour féliciter Philippot pour ses Patriotes ; le féliciter « bien qu’il ne soit plus au FN, et peut-être même parce qu’il n’était plus au FN ; parce qu’il répondait à leurs aspirations profondes — lutter contre l’oligarchie au pouvoir, que ce soit dans la finance ou dans les médias. Pace qu’il était du peuple et pour le peuple — et pas pour une nomenklatura repliée sur elle-même et auto-satisfaite. Philippot les a invités à le contacter via son compte Facebook — lui aussi utilise les nouvelles technologies de la communication.

JPB. Que restera-t-il du FN dans un an ? Un nom ?

FPh. Je ne sais pas. Marine va consulter le parti sur la question, toujours pendante, du changement de nom…

JPB. Vous ne pouviez pas y penser avant ?

FPh. Oui certainement ! Dès 2012 — et même avant. Ce nom au fond c’est comme le sparadrap du capitaine Haddock : l’étiquette vous colle aux doigts, au détriment des idées. Et ces derniers mois devant des évolutions inquiétantes, je me suis mis à penser que la « refondation » annoncée par Marine Le Pen pourrait en fait cacher un retour aux sources — le FN refondant sa fondation, en 1972. Ce n’est pour moi pas un hasard si Jean-Marie Le Pen demande sa réintégration dans le parti qu’il a fondé à cette époque. Une façon d’effacer les dernières années — et de repartir de l’arrière.

JPB. Vous disiez plus haut que Macron respecte en tous point ses promesses…

FPh. Oui — mais je voudrais revenir sur une question importante, qui est la tonalité de son discours — parce qu’il y a beaucoup à apprendre sur la société française de 2017. Macron pendant la campagne a joué franc jeu, mais dans un discours sans cesse positif. Il a compris que les Français en avaient assez des professeurs de désespoir. Il vend du rêve — et bien sûr les médias l’aident puissamment dans son entreprise.

C’est amusant, quand on écoute soigneusement : Macron et Mélenchon ont quasiment la même rhétorique enthousiasmante. Certes, Mélenchon est plus âgé, plus cultivé, plus rodé. Mais l’un et l’autre adorent les fresques historiques, et les grands développements manichéens. L’un et l’autre, ils sont le Bien !

Mais les Français sont en train de gratter derrière la com’ et ils voient un projet qui ne leur convient pas du tout. C’est significatif, d’ailleurs : avec des sondages d’opinion pourtant à peu près équivalents dans leurs pays respectifs, on arrive à nous présenter Macron comme adoré et Trump comme détesté…

Bien sûr, pas question de vendre du rêve. Mais je crois que le patriotisme doit parler positivement. Il doit parler du désir réel des Français.

JPB. Et avoir une tête d’affiche, non ?

FPh.. Les Français sortent d’une pleine année électorale. Ils en ont jusque là, des perspectives électorales et électoralistes ! Les européennes, les municipales, les présidentielles de 2022, tout ça, c’est loin. C’est abstrait. Ce n’est pas le désir présent.

Le désir présent, c’est de créer un souffle d’espoir, avec une plate-forme susceptible d’accueillir tous ceux qui ne reconnaissent pas la France dans le macronisme. De droite et de gauche — si tant est que cela signifie encore quelque chose. Oui, je crois qu’il y a dans ce « vieux pays », comme disait De Gaulle, un désir de France encore intact. Et c’est à ce désir que nous allons parler.

Jean-Paul Brighelli
30 septembre 2017

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