COMITE VALMY

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Pourquoi Israël est le seul État
à soutenir une indépendance kurde
par Samia MEDAWAR | OLJ

dimanche 1er octobre 2017, par Comité Valmy


Un Kurde irakien lisant un exemplaire du magazine « Israel-Kurd » dans une rue d’Erbil, en 2009. Azad Lashkari/Reuters

Pourquoi Israël est le seul État
à soutenir une indépendance kurde

Un Kurdistan unifié serait un allié de choix pour l’État hébreu,
face au croissant chiite qui va de Téhéran à Beyrouth.

Difficile de ne pas relever l’ironie. Israël, qui refuse aux Palestiniens leur droit à un État, ne cache pas son soutien aux aspirations indépendantistes kurdes, à l’approche du référendum sur l’autonomie du Kurdistan irakien le 25 septembre. L’État hébreu le met même de plus en plus en avant depuis lundi dernier. La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, d’abord, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ensuite, ont affirmé soutenir la consultation la semaine dernière, alors que les pays de la région et le reste de la communauté internationale, ONU et États-Unis en tête, tentent de convaincre Erbil d’y renoncer. « Nous devrions appuyer l’aspiration kurde à l’indépendance », affirmait déjà en 2014 Benjamin Netanyahu lors d’une visite à un think tank de Tel-Aviv, en appelant les Kurdes « une nation de combattants (qui) ont prouvé leur engagement politique et méritent l’indépendance ». Des propos répétés maintes fois depuis.

L’idée n’est pas nouvelle. Des relations historiques unissent les deux parties. Il faut remonter à la doctrine d’« alliances périphériques » de l’ancien Premier ministre David Ben Gourion, qui appelait à se rapprocher des États non arabes de la région ; il a développé en parallèle le concept des « alliances des minorités », consistant à s’allier entre autres aux Kurdes et aux druzes, et encourager les velléités indépendantistes de ces groupes dans un océan nationaliste arabe. Bien plus tard, l’État hébreu a fermement soutenu les Kurdes lors des persécutions subies sous le régime de Saddam Hussein et pendant la guerre du Golfe. Et, aujourd’hui, l’aide apportée aux Kurdes d’Iran, de Syrie et de Turquie perdure, incluant entraînements militaires et aides humanitaires conséquentes. Une délégation officielle de responsables kurdes s’est d’ailleurs rendue cet été en Israël pour demander à leurs homologues israéliens de plaider leur cause à Washington.

Allié de rêve

Les causes de cet appui sont multiples. Certains Israéliens n’hésitent pas à comparer les souffrances des Kurdes aux leurs, et considèrent même que soutenir les aspirations kurdes à un État relève de l’ordre moral. Outre ces considérations « éthiques », une collaboration entre l’État hébreu et un éventuel État kurde aurait plusieurs avantages. Une telle entité, sunnite mais non arabe, ferait office d’allié de choix, de rêve même, dans une région hostile à Israël. L’emplacement d’un Kurdistan unifié, regroupant les territoires kurdes d’Irak, de Syrie, d’Iran et de Turquie, constituerait en revanche un cauchemar pour ces pays, pour lesquels les groupes indépendantistes kurdes et les peshmergas, qui ont en outre largement fait leurs preuves sur le terrain ces dernières années contre l’État islamique, sont des groupes « terroristes ». Téhéran a d’ailleurs menacé hier de fermer sa frontière avec la région autonome du Kurdistan irakien et d’annuler tous les accords, sécuritaires notamment, conclus avec celle-ci si elle venait à proclamer son indépendance le 25 septembre. « Les accords sur les frontières n’ont de valeur qu’avec le gouvernement central d’Irak », a affirmé le secrétaire du Conseil suprême iranien de la sécurité nationale, Ali Shamkhani, rappelant que la seule entité que reconnaît l’Iran en Irak est « le gouvernement unifié, intégré et fédéral » de Bagdad. Quelques heures plus tôt, l’ancien Premier ministre irakien Nouri al-Maliki avait exprimé son refus de voir le Kurdistan irakien devenir un « deuxième Israël », expression déjà utilisée en 1966 par le ministre irakien de la Défense d’alors, Abdel Aziz el-Oukaïli.

Pour Israël, un tel pays qui lui serait acquis pourrait permettre de contrer l’influence du croissant chiite – allant de Téhéran à Beyrouth, en passant par l’Irak et la Syrie – tant redouté et serait un obstacle à la route d’approvisionnement des groupes dont la République islamique est le parrain.

Il ne faut pas oublier non plus les puits de pétrole répartis entre le Kurdistan et l’Irak. Près de 40 % des réserves de brut d’Irak se trouvent dans la province de Kirkouk, zone grise entre Bagdad et Erbil. D’après un article du Financial Times britannique de 2015, Israël importe plus de 75 % de son pétrole du Kurdistan irakien. Les investissements israéliens sont donc considérables au Kurdistan, non seulement dans le domaine militaire, mais également dans ceux de la communication, de la construction et de l’énergie.

Enfin, le soutien israélien au référendum kurde n’est pas moins qu’un message destiné à son allié américain et la Turquie. Au premier, pour lui signifier qu’il a tout intérêt à parier sur le cheval kurde, ne serait-ce que parce qu’il partage ses inquiétudes face à l’expansionnisme iranien. Au second, pour lui prouver que son soutien au Hamas palestinien pourrait lui coûter cher, d’autant que les relations israélo-turques restent houleuses, malgré une réconciliation toute récente – et donc fragile.

Samia MEDAWAR
18 septembre 2017


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