COMITE VALMY

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La Russie et les USA sont-ils en guerre ?
dedefensa.org et Adam Garrie

lundi 2 octobre 2017, par Comité Valmy


La Russie et les USA sont-ils en guerre ?

Les événements militaires se sont précipités en Syrie, avec le franchissement de l’Euphrate par l’armée syrienne qui tient désormais 85% du territoire nationale alors qu’elle en avait été réduite largement à moins de 50% aux pires moments du conflit. De victoires tactiques en victoires tactiques depuis l’intervention russe, on en est arrivé à un événement stratégique. Il était admis que les Russes s’arrêteraient à l’Euphrate, limites de la Syrie orientale sous influence US, si l’entente tacite avec les USA se concrétisait ; cela n’est pas le cas, les USA ayant poursuivi une politique chaotique, marquée par un décalage complet entre les intentions politiques d’entente sporadiquement affirmées et un comportement sur le terrain toujours aussi hostile au gouvernement syrien. La confusion et le morcellement des pouvoirs expliquent en partie cela, l’entraînement de la politiqueSystème avec sa tendance expansionniste-belliciste faisant le reste.

Le résultat, avec le redressement syrien, a été une série de revers des divers proxies US, et donc des forces US elles-mêmes jusqu’à l’événement du franchissement de l’Euphrate qui inaugure une nouvelle situation stratégique. Adam Gurrie, dont nous reprenons ci-dessous le texte (le 26 septembre 2017 dans TheDuran.com), explique bien la situation générale en Syrie où l’on arrive à un point crucial, et notamment par la succession des revers US en Syrie par ce constat :

« Dans ce sens, alors que la situation est plus dangereuse que jamais avec la possibilité d’une confrontation directe entre les USA et la Russie sur le terrain, l’orientation générale montre que ce sont les USA qui perdent continuellement du terrain. Les USA sont passés d’une politique de “regime change” brutal [à Damas], à une politique de “regime change” en douceur, à une politique de maintien d’une semi-occupation permanente de la Syrie orientale sans “regime change“ à Damas, à l’actuelle situation où ils en arrivent à se trouver débordés par la Syrie et la Russie dans leurs positions en Syrie orientale. »

Adam Gurrie offre une analogie historique intéressante avec l’évolution de la guerre de Corée de 1950, sauf pour la phase initiale et en s’en tenant à la phase du redressement US et sud-coréen de l’automne de 1950 jusqu’à l’intervention chinoise qui renversa complètement le sort de l’offensive réussie de MacArthur, avec le débarquement d’Inchon et le franchissement du Yalu (38ème parallèle). Dans cette analogie de phase qui ne vaut certes que pour la situation militaire exprimée symboliquement, les Syriens tiennent le rôle des Nord-Coréens et les Russes celui des Chinois.

«  De la même façon que l’offensive du printemps 1951 durant la Guerre de Corée, qui repoussa les troupes US et des alliés en-deçà du 38ème parallèle, l’offensive syro-russe sur Dei ez-Zor pourrait piéger les forces US et les obliger à abandonner l’essentiel de la Syrie orientale jusqu’à la frontière irakienne.

 » Avec 85% du territoire d’ores et déjà sous le contrôle du gouvernement, une victoire symbolique pour la Syrie est en train de se dessiner. La question tactique est de savoir jusqu’où les USA et les divers groupes qu’ils contrôlent sont prêts à figurer dans la bataille et quelles pertes ils peuvent accepter de subir. La question fondamentale n’est donc plus de savoir si les USA sont en guerre avec la Russie en Syrie, mais bien de savoir comment les USA répondront à leur revers inévitable. »

Comme l’on sait, la contre-offensive chinoise du printemps 1951 se termina par une stabilisation et une guerre d’usure jusqu’aux accords de Pan Mun-Jon de cessez-le-feu, mais non sans l’épisode dramatique de la disgrâce de MacArthur. Ce n’est pas tant le revers du printemps qui motiva la décision de Truman, que l’insubordination de son commandant-en-chef de théâtre qui insistait furieusement et quasi-publiquement pour utiliser l’arme nucléaire contre la Chine. Il y a là, bien entendu, au niveau du symbole, une situation qui fait mesurer toute la force de l’enjeu actuellement déployé en Syrie entre la Russie et les USA. Certains commentateurs se montrent à cet égard extrêmement inquiets, craignant le pire (un affrontement direct entre les USA et la Russie), parfois pour certains (le Saker US) dans des conditions désavantageuses pour la Russie qui ne nous paraissent pas nécessairement justifiées au regard des performances générales US, et de la confusion extraordinaire qui caractérise la situation du pouvoir à “D.C.-la-folle”.

Ce qui apparaît significatif, par contre, c’est le changement de la politique militaire russe en Syrie, passant d’un soutien conditionnel (conditionné par la pseudo-entente tacite avec les USA) à un soutien clairement affirmé. Ce changement de politique a aussitôt été acté sur le terrain par une intervention massive et un engagement logistique sans retenue des Russes pour faciliter radicalement le franchissement de l’Euphrate et l’installation d’une tête de pont de l’armée syrienne sur la rive orientale. (Garrie : « Malgré des attaques constantes de Daesh, les ingénieurs militaires russes ont construit un pont sur l’Euphrate à Deir ez-Zor, capable de permettre le passage de 8.000 véhicules par jour, y compris des camions lourds et des chars. [...] [...C]ette construction très rapide d’un tel ouvrage sur ce fleuve est justement appréciée comme une performance technique remarquables effectuée dans des conditions exécrables... »)

Notre point de vue est qu’il s’agit là, outre les conditions opérationnelles spécifiques, du résultat de l’évolution de la direction russe, et Poutine très explicitement, vis-à-vis de la direction et de la politique US, – ce que nous avions désigné comme « Le mépris de Poutine pour les USA-houligans ». Cela implique effectivement un risque d’affrontement direct entre la Russie et les USA, notamment à la lumière de l’avertissement donné officiellement par les Russes aux forces US contre tout engagement des secondes contre les premiers, le 21 septembre. (DEBKAFile, qui n’est pas optimiste ni pour la position US, ni pour la position israélienne, juge cet avertissement russe comme d’une exceptionnelle gravité  : « Une menace d’une telle fermeté n’a plus été lancée au Moyen-Orient depuis des décennies. Il faut, pour retrouver l’équivalent, remonter à l’avertissement de Moscou à Israël en 1956 de cesser immédiatement l’invasion du Sinaï, ou sinon... »)

Il y a donc de quoi alimenter toutes les préoccupations possibles, une fois de plus et une fois encore plus proche que tout ce qui a précédé de la possibilité ultime. Cela doit nous conduire à d’autant plus précisément remarquer qu’un tel moment paroxystique est aujourd’hui inévitable dans nombre de cas, comme ici en Syrie, à cause du désordre et de la confusion extraordinaires caractérisant les spasmes du géant américaniste en cours d’effondrement et aujourd’hui fort préoccupé par le football américain. On ne peut écarter ad vitam aeternam l’épreuve du nœud gordien.

Ce qui est également remarquable est que cette situation en Syrie se déroule, sinon dans l’indifférence générale, du moins dans une assez grande discrétion ; et nous ne voyons pas dans cela une volonté de dissimulation, une manipulation ou quelque chose du genre, mais bien la conséquence de la situation de désordre chaotique où de tels pics paroxystiques sont, pourrait-on dire, du business as usual (pour ne pas dire politics as usual, qui serait alors mieux rendu par disorder as usual).

Les événements se passent de toutes les façons de notre attention et de notre intérêt, encore plus de notre consentement. Ils se manifestent à leur seule discrétion. Nous sommes suffisamment occupés par nos querelles sociétales, notre dynamisme à nous auto-congratuler de la perfection du simulacre de la postmodernité globalisée, notre constante fascination pour la place centrale que sapiens sapiens occupe dans l’édification de l’œuvre constructive de la destruction du monde.

27 septembre 2017
dedefensa.org

Comment les États-Unis répondront-ils
à leur perte inévitable en Syrie ?

En dépit d’une attaque constante de l’ISIS, les ingénieurs militaires russes ont construit à travers l’Euphrate, à Deir ez-Zor, un pont capable de gérer 8 000 véhicules par jour, y compris les grands camions et les chars.

On vante à juste titre la construction rapide de ce pont très solide comme une réalisation remarquable faite dans des conditions difficiles. Elle représente aussi un important développement stratégique et même géopolitique dans le contexte plus large du conflit syrien.

Avant la bataille de Deir ez-Zor on pensait que, en ce qui concerne ses combats anti-terroristes en Syrie, la Russie s’était fixée de rester à l’ouest de l’Euphrate. Implicite dans cette théorie était que la Syrie ne s’aventurait pas à l’est de l’Euphrate, zone généralement dominée par les États-Unis et ses alliés.

Officiellement, la Syrie a toujours soutenu qu’elle cherchait à libérer « chaque pouce » de son territoire et que, de plus, toutes les puissances étrangères non-invitées et les milices non officielles (telles que les SDF) sont des entités illégales classées comme des ennemis de la République arabe syrienne.

Loin de laisser la Syrie se battre seule à l’est de l’Euphrate, la Russie aide maintenant activement les troupes syriennes à l’est de la rivière à Deir ez-Zor. Ainsi, la construction du pont confirme de plus en plus que la Russie se tiendra aux côtés de l’armée arabe syrienne et de l’armée de l’air alors qu’elle continuera à pousser vers l’est et le nord, libérant le territoire légal de la Syrie des groupes terroristes et des occupants étrangers.

Ce n’est pas un hasard si la poussée russo-syrienne à l’est de l’Euphrate est venue à un moment où il y a de plus en plus de champs de bataille tripartites et de collusion d’intelligence entre ISIS, les représentants de la milice nord-américaine SDF conduite par les Kurdes et les forces américaines.

Ce n’est pas non plus une coincidence si les ennemis mutuels de la Syrie et de la Russie sont, de plus en plus clairement, à l’origine des fuites d’informations vers ISIS, qui ont entraîné le meurtre ciblé de l’officier russe martyrisé Valery Asapov.

Tandis que la Russie n’a jamais délibérément ciblé les représentants des américains en dehors des groupes djihadistes, il semble maintenant que tous les représentants des américains, y compris les groupes djihadistes, ciblent systématiquement les troupes syriennes et russes. Ceci est d’autant plus évident quand on comprend que Raqqa a été partiellement abandonné par les États-Unis et SDF afin de déplacer des troupes et des fournitures à Deir ez-Zor.

Il n’y a pas de raison stratégique moralement justifiable pour les États-Unis de faire cela. S’il y avait vraiment quoi que ce soit s’approchant d’une compréhension mutuelle entre les représentants des États-Unis et ceux de la Syrie en vue d’une lutte semi-coordonnée contre ISIS, les États-Unis pourraient continuer à se concentrer sur Raqqa, où peu de progrès réels ont été réalisés, tandis que la Syrie et la Russie se concentreraient sur Deir ez-Zor, où des progrès considérables ont été réalisés malgré les attaques d’ISIS et des SDF.

La seule raison stratégique pour les États-Unis de déplacer à ce moment-là leurs représentants vers Deir ez-Zor est de rivaliser pour le territoire avec la Syrie et ses alliés et c’est, bien sûr, ce qui se passe de façon flagrante.

En juin de cette année, la Russie a déclaré que ses forces cibleraient tout avion américain ou allié à l’ouest de l’Euphrate, à moins que ses mouvements ne soient coordonnés avec la Syrie et ses partenaires authentiques. Ce qui n’a pas été dit et qui n’avait pas besoin légalement de l’être, c’est que la Syrie et ses alliés ont le plein droit d’opérer dans toutes les régions de la Syrie, y compris à l’est de l’Euphrate. Si les États-Unis pensaient que la Russie rejeterait d’une façon ou d’une autre le droit international et empêcherait la Syrie d’exercer son droit de libérer tout son territoire, les États-Unis étaient tout simplement stupides.

La Syrie a stratégiquement libéré des parties de la Syrie, dans leur ordre d’importance manifeste. Ce n’était qu’une question de temps avant que les régions à l’est de l’Euphrate, notamment Deir ez-Zor, soient le nouveau domino terroriste que la Syrie repousse.

Tout espoir des États-Unis que la Russie abandonne ou aille contre la Syrie dans le déroulement de cette lutte, était une illusion. Il se peut, en réalité, que les États-Unis aient mené la Russie sous couvert de « coopération », mot qui ne représente pas grand chose, sachant qu’il était inévitable que, dès que la Syrie atteindrait l’Euphrate, l’allié russe de la Syrie traverserait la rivière avec les troupes syriennes.

Dans ce sens, alors que la situation est plus dangereuse que jamais avec la possibilité d’une confrontation directe entre les USA et la Russie sur le terrain, l’orientation générale montre que ce sont les USA qui perdent continuellement du terrain. Les USA sont passés d’une politique de “regime change” brutal [à Damas], à une politique de “regime change” en douceur, à une politique de maintien d’une semi-occupation permanente de la Syrie orientale sans “regime change“ à Damas, à l’actuelle situation où ils en arrivent à se trouver débordés par la Syrie et la Russie dans leurs positions en Syrie orientale.

Une possibilité de mouvement suivant pour les États-Unis pourrait être de se concentrer sur les régions nordiques dominées par les militants et les radicaux kurdes, mais le précédent qui se déroule en Irak en ce moment peut conduire les États-Unis à remettre en question la sagesse d’une telle position.

Avec les troupes irakiennes et turques menant des exercices militaires conjoints, et avec la Turquie promettant au mieux un embargo économique contre les régions kurdes de l’Irak, au pire, si cela ne retient pas les sécessionnistes, une intervention militaire à grande échelle, les États-Unis se rendront peut être compte que, s’ils pensent pouvoir manipuler la Syrie en faveur des lignes nationalistes kurdes, la Turquie ne resterait pas là à observer sans rien faire, ne serait-ce que parce que la relation de la Turquie avec les Kurdes syriens est encore pire que ses relations avec les Kurdes irakiens qui, à un moment donné, étaient étonnamment bons. En ce sens, si les États-Unis étaient à fond en faveur du séparatisme kurde syrien, ils conserveraient leurs adversaires actuels en Syrie tout en en créant de nouveaux furieux, y compris notamment la Turquie membre de l’OTAN.

Tout comme l’offensive de printemps chinoise de 1951 pendant la guerre de Corée, a repoussé les troupes alliées américaines en dessous du 38ème parallèle, l’offensive syrienne-russe actuelle à Deir ez-Zor pourrait se mettre à étirer les États-Unis sur une grande partie de l’est de la Syrie jusqu’au voisinage de la frontière irakienne. Avec 85% de la Syrie déjà sous contrôle gouvernemental, une victoire stratégique et symbolique de la Syrie est déjà en cours. La question est de savoir à quel point les États-Unis et ses forces mandataires sont-ils disposés à se battre et à dépenser davantage de sang dans ce processus ? La grande question n’est plus : "Est-ce que les États-Unis sont en guerre avec la Russie en Syrie" ? La question est maintenant : « Comment les États-Unis réagiront-ils à leur inévitable échec » ?

Adam Garrie

Traduction de la partie en anglais : Comité Valmy

Sources :


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