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L’ennemi commun des peuples

Les USA isolés : Trump
et l’art de rompre l’accord avec l’Iran
Par Pepe Escobar

dimanche 24 septembre 2017, par Comité Valmy


Les USA isolés :
Trump et l’art de rompre l’accord avec l’Iran

L’administration Trump veut un accord entièrement différent, sans quoi il se retirera. Ce qui suit peut s’avérer incendiaire.

Contrairement à ce qui s’en est officiellement rapporté, la rencontre des P5+1 en marge de l’Assemblée générale de l’ONU pour évaluer l’application de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran ne s’est pas particulièrement bien passée, comme l’ont confirmé des diplomates à Asia Times.

Le secrétaire d’État Rex Tillerson a été forcé de concéder que Téhéran respecte les termes de l’accord. Mais il a encore une fois martelé le nouvel angle d’attaque des USA – aujourd’hui, l’Iran ne serait pas « à la hauteur des espérances ».

Autour d’une table tendue, Tillerson – pour la première fois – a rencontré le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif. Au moins, la rencontre n’a pas été explosive. « Personne n’a crié », a-t-il dit après. « Nous ne nous sommes pas lancés de chaussures à la tête. Le ton n’était pas colérique du tout. »

La représentante des Affaires étrangères de l’UE, Federica Mogherini – qui n’est pas exactement une flèche – s’est sentie obligée de rappeler que l’accord est dûment respecté. Elle a même prévenu, « tous les États-membres sont considérés comme liés par son application. La communauté internationale ne peut pas se permettre de démanteler un accord qui joue correctement son rôle. »

La Russie et la Chine ne renégocieront pas l’accord – et c’est définitif. Et les membres de l’UE des P5+1 – la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne – s’y tiendront aussi, comme Mogherini elle-même l’a confirmé.

Aujourd’hui, même les ours perdus sur les glaciers fondus de l’Arctique savent que le président Trump a ajouté une note de suspense, en annonçant qu’il a « décidé ». Personne ne sait ce qu’il a décidé, même pas Tillerson. Et pourtant, même le commandant de l’US Strategic Command, le général John Hyten, a admis « les faits sont que l’Iran respecte les termes du Plan global d’action conjointe que nous avons signé. »

Ce qui s’est passé est que l’administration Trump a changé son fusil d’épaule : ce qui était un accord technique, centré sur le nucléaire, englobe aujourd’hui l’influence géopolitique de l’Iran en Syrie, en Irak et au Yémen, ainsi que son programme de missiles et ses cyber-opérations – toutes des questions non-nucléaires qualifiées par Mogherini elle-même comme « hors de la portée » du Plan global d’action conjoint (Joint Comprehensive Plan of Action).

J’ai suivi les négociations nucléaires à Vienne en 2015 pour Asia Times. A cette époque déjà, la délégation américaine faisait tout son possible pour inclure les missiles balistiques, quelque chose que les autres parties rejetaient catégoriquement, particulièrement la Russie et la Chine.

Ainsi, à toutes fins pratiques, l’administration Trump veut un accord totalement différent, ou il s’en retirera unilatéralement. Techniquement, cela signifie qu’elle se dresse contre une résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies soutenue par le droit international.

Quid de la « voie de la modération » ?

Au pupitre de l’ONU, le président iranien Hassan Rohani a délivré un message pondéré, élégant, cultivé et en même temps, caustique qui réfute totalement les affirmations de Trump à l’aide de faits avérés. Le thème central était « la voie de la modération ». Une perle : « La modération est la synergie des idées et non la danse du sabre ». Le contraste avec la doctrine belliqueuse, manichéenne de Trump était frappant.

Rohani ne se lasse jamais de souligner que le Plan global d’action conjointe pourrait devenir « un nouveau modèle pour les relations internationales » – un cadre à envisager, par exemple, dans le cas de l’intraitable Corée du Nord. La chancelière allemande Angela Merkel est publiquement d’accord avec Rohani sur ce point. Mais aujourd’hui, Rohani a été forcé de déclarer que la réponse de Téhéran à une abrogation possible de l’accord par les USA sera déterminée par la réaction des Européens.

Le nouveau Roi soleil, le président français Emmanuel Macron, s’est jeté avec enthousiasme dans la mêlée, se posant en médiateur entre Washington et les autres membres des P5+1. Mais en fait, les nouveaux « piliers » vantés par Macron – des restrictions sur les missiles balistiques, un nouvel accord qui s’appliquerait après 2025, et une « discussion ouverte avec l’Iran sur la situation actuelle dans la région » – se résument à une approbation du changement des règles par l’administration Trump.

Si Trump décide d’un retrait des USA du Plan global d’action conjointe, Téhéran a déclaré en public qu’il continuera à le respecter, du moment que les autres membres du P5+1 continuent également à se déclarer tenus par ses termes – et ce sera le cas. Le vrai problème se fera jour quand l’administration Trump, soutenue par le Congrès, prendra le chemin inévitable d’une nouvelle salve de sanctions contre l’Iran – avec des conséquences incendiaires possibles.

Ce qui est clair est que ni la « RC » – le partenariat stratégique Russie-Chine – ni les Européens ne vont isoler Téhéran. Pour la « RC » en particulier, l’Iran est destiné à devenir une plate-forme majeure de l’interpénétration de l’Initiative Belt and Road et du North-South Transportation Corridor (Corridor de transport nord-sud), un membre à part entière de l’OCS et même possiblement des BRICS Plus, et un fournisseur de gaz naturel pour l’Europe. De plus, Rohani a régulièrement répété que, quoi qu’il arrive, l’Iran n’allait jamais tenter de développer une arme nucléaire.

La décision fatidique de Trump va conditionner ses relations avec la Corée du Nord. S’il se retire du Plan global d’action conjointe, il enverra un message sans équivoque à Pyongyang, et il compliquera également les efforts d’apaisement des tensions de la « RC ». La RPDC ne se fatiguera même pas à envisager de négocier avec une « nation compatissante » qui refuse de se tenir aux termes d’accords multilatéraux.

Tout ce bruit et cette fureur des USA ne signifiera en définitive qu’une seule chose : une autre guerre ruineuse et ingagnable en Asie du Sud-Ouest (c-à-d au Moyen-Orient), simplement pour satisfaire les désirs d’un assortiment de généraux en pantoufles de l’appareil politico-industriel de Washington.

Pepe Escobar
22 septembre 2017

Traduction Entelekheia

Image Pixabay

NdT : Le titre fait allusion au livre de Donald Trump publié en 1987, ‘The Art of the Deal’ (‘L’art de la négociation).

Brute isolation : Trump and the art of unraveling the Iran deal


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