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Le départ de Philippot
ne freinera pas le déclin politique de Marine Le Pen
Itv de David Desgouilles par Alexandre Devecchio

dimanche 24 septembre 2017, par Comité Valmy


Le départ de Philippot
ne freinera pas le déclin politique de Marine Le Pen

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Florian Philippot a quitté le FN ce jeudi 21 septembre. Pour David Desgouilles, ce départ, après celui de Marion Maréchal, est un symptôme de la décomposition du FN.


David Desgouilles est membre de la rédaction de Causeur. Il a publié Le bruit de la douche, une uchronie qui imagine le destin de DSK sans l’affaire du Sofitel (éd. Michalon, juin 2015), et Dérapage(éd. du Rocher, 2017).

FIGAROVOX.- Philippot vient donc de démissionner du Front national. Comment expliquez-vous ce tournant ?

David Desgouilles.- Florian Philippot tire les conséquences d’une situation qui était devenue impossible pour lui. Depuis la défaite au second tour à l’élection présidentielle, une partie des cadres du FN (Nicolas Bay, Louis Aliot, Gilbert Collard), mais aussi des personnalités apparentées comme le maire de Béziers Robert Ménard, l’accusaient d’être le responsable de la défaite, à travers la ligne stratégique qu’il symbolisait notamment sur les questions européennes, économiques et sociales.

La ligne plus libérale sur l’économie et plus
identitaire que souverainiste a progressivement
réussi à convaincre Marine Le Pen de distendre
ses liens privilégiés avec Florian Philippot.

Tenants d’une ligne plus libérale sur l’économie et plus identitaire que souverainiste, ils ont progressivement réussi à convaincre Marine Le Pen de distendre ses liens privilégiés avec Florian Philippot. La première manifestation politique s’est produite en Bourgogne-Franche-Comté fin juin lorsque le principal lieutenant de Philippot, Sophie Montel, a été débarqué de sa présidence de groupe au conseil régional.

Beaucoup d’observateurs analysent ce résultat comme la conséquence d’un clivage entre deux lignes. Mais la « ligne Philippot », n’est-ce pas la « ligne Marine Le Pen » ?

C’était en effet la ligne Marine Le Pen avant même que Florian Philippot arrive au FN. On confond souvent cause et conséquence et on a entretenu l’idée (Jean-Marie Le Pen y a bien aidé) que Marine Le Pen était sous influence de Florian Philippot et qu’il lui avait fait changer la ligne du FN.

Si on lit attentivement l’ouvrage publié par Marine Le Pen en 2006, c’est-à-dire cinq ans avant son arrivée à la tête du parti, on s’aperçoit que sa ligne sociale-souverainiste y figurait déjà en pointillés. C’est donc parce qu’elle souhaitait cette ligne qu’elle a embauché Florian Philippot (dans un but de formalisation technique et intellectuelle, mais aussi pour en être une nouvelle vitrine) et non pas parce que Florian Philippot est arrivé qu’elle a utilisé ce logiciel politique.

Cela révèle-t-il un problème de leadership de la patronne du FN ?

A l’évidence. Lorsque des tensions sont apparues entre Marion Maréchal Le Pen et Florian Philippot, Marine Le Pen n’a jamais su imposer aux deux talents les plus sûrs de son parti de se parler et d’organiser avec eux leur complémentarité.

Marine Le Pen a laissé pourrir la situation. Résultat :
sa nièce a rejoint le secteur privé, dégoûtée, et Florian
Philippot a annoncé aujourd’hui son départ du FN.

Il était tout à fait possible de faire accepter à Philippot la différence de Marion Le Pen sur les questions sociétales, en contrepartie d’une tolérance de cette dernière des positions économiques volontaristes du FN. Après tout, l’ex-député du Vaucluse est une lectrice de Jean-Claude Michéa. Il y avait sans doute à trouver un terrain d’entente à trouver entre le souverainisme de l’un et le conservatisme de l’autre.

Au contraire, Marine Le Pen a laissé pourrir la situation. Résultat : sa nièce a rejoint le secteur privé, dégoûtée, et Florian Philippot a annoncé aujourd’hui son départ du FN.

Quelles peuvent être les conséquences de ce départ sur le parti ? Au-delà du cas Philippot, le FN a-t-il encore un avenir comme éventuel parti de gouvernement ?

Le FN sort affaibli de ces deux départs, appauvri politiquement et intellectuellement. Mais, il est aujourd’hui dirigé par une présidente qui croit au ni-droite-ni-gauche, entourée par des cadres qui ne jurent plus que par « l’union des droites ». En poussant dehors le vice-président qui tenait et symbolisait la ligne ni-droite-ni-gauche, Marine Le Pen a pris une initiative incompréhensible de son point de vue. La Reine est nue.

Marion Le Pen peut-elle être le grand vainqueur de cet affrontement ?

A long terme, pourquoi pas. Que Marine Le Pen tente de conserver son logiciel seule contre tous ou qu’elle l’abandonne et joue à contre-emploi, elle est amenée à se consumer politiquement. Marion Le Pen n’a juste qu’à attendre la fin de ce processus pour apparaître comme une candidate bien plus en accord avec la ligne désormais dominante. Elle n’a plus qu’à observer le phénomène à distance et juger du moment le plus opportun pour faire son retour.

Alexandre Devecchio
21 septembre 2017


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