COMITE VALMY

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JEAN-PIERRE JOUYET À KNIGHTSBRIDGE :
L’IMMORALITÉ C’EST MAINTENANT !
Jean Daspry

vendredi 15 septembre 2017, par Comité Valmy


JEAN-PIERRE JOUYET À KNIGHTSBRIDGE :
L’IMMORALITÉ C’EST MAINTENANT !

– « L’attendu n’arrive point, mais l’inattendu » nous enseigne Euripide. Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui, c’est l’attendu qui se produit. Une fois de plus, la lecture du JORF est particulièrement instructive. Celle du 5 septembre 2017 ne fait pas exception à la règle. Voici ce qu’on peut y lire sous la rubrique « mesures nominatives » relative au « ministère de l’Europe et des Affaires étrangères » au titre du texte n° 37 à son article 1 : « M. Jean-Pierre Jouyet, inspecteur général des finances, est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord en remplacement de Mme Sylvie Bermann, appelée à d’autres fonctions »1. Son prédécesseur vient d’être nommé ambassadeur (drice) à Moscou. Longtemps annoncée dans les échos des gazettes bien informées, la désignation officielle de Jean-Pierre Jouyet intervient curieusement cinq jours seulement après la fin de la semaine des ambassadeurs. Pour légale qu’elle soit, cette nomination à l’un des postes les plus prestigieux du circuit diplomatique n’est pas sans soulever certaines questions de moralité au moment où une loi vient d’être adoptée pour renforcer la confiance des citoyens dans les acteurs publics.

UNE DÉCISION PARFAITEMENT LÉGALE

Rappelons-le avec la plus grande force, cette nomination au poste d’ambassadeur de France à Londres de l’ex-secrétaire général de l’Élysée sous le règne de François Hollande n’a rien d’illégal au sens où le droit français l’entend ! Comme les postes de préfets, les postes d’ambassadeurs font partie de ceux qui sont à la discrétion du gouvernement pour ne pas dire au bon vouloir du prince. Le président de la République dispose du pouvoir de nommer tous les hauts fonctionnaires énumérés à l’article 13 de la constitution du 4 octobre 1958 (conseillers d’État, grand chancelier de la Légion d’honneur, les ambassadeurs et envoyés extraordinaires, les conseillers maîtres à la Cour des comptes, les préfets, les représentants de l’État dans les collectivités d’outre-mer régies par l’article 74 et en Nouvelle-Calédonie, les officiers généraux, les recteurs des académies, les directeurs des administrations centrales) en conseil des ministres selon son gré, son humeur du moment. Rien de choquant donc à ce qu’Emmanuel Macron désigne Jean-Pierre Jouyet – qu’il connait bien – pour le représenter auprès de la Reine !

Mais cette nomination mérite d’être examinée sous un autre angle, celui de la morale dont on nous rebat les oreilles depuis le début du quinquennat de Jupiter.

UNE DÉCISION FRISANT L’IMMORALITÉ

Cette nomination sert de révélateur au mal français, à ses dérives. Elle se situe au confluent de plusieurs dictatures. Dictature de l’opacité. Le Quai d’Orsay a institué, il y a plusieurs années déjà, une procédure dite de transparence pour tous les emplois, y compris pour ceux d’ambassadeurs pour favoriser une saine émulation entre les candidats à ses postes les plus prestigieux dont les états de service sont scrutés par un comité de sélection avant décision du président de la République. Nous comprenons que l’opacité la plus totale a présidé au choix de Jean-Pierre Jouyet, directement adoubé par Jupiter sans passer par la case transparence. Pour le diplomate sans piston, c’est circulez, il n’y a rien à voir. Dictature de la mauvaise gestion. On préfère laisser sur l’étagère des diplomates sans affectation mais payés par le contribuable plutôt que de leur confier des ambassades que certains méritent amplement. Il est plus facile pour l’administration de se plier aux Oukases du château que de se rebeller. Norpois n’est pas pugnace. Dictature des grands corps, ce que l’on a coutume de désigner sous le vocable de grands serviteurs de l’État. Au lieu de servir dans leurs corps d’origine (Conseil d’État, Cour des comptes, inspection générale des Finances), ces hauts fonctionnaires préfèrent aller voir ailleurs et ne revenir au bercail que lorsque le mauvais vent souffle.

Quand décidera-t-on enfin que partir temporairement de son corps (grand), c’est partir définitivement, un aller simple sans retour ? Le service de la République a ses grandeurs mais aussi ses contraintes. Dictature des copains. Jean-Pierre Jouyet est un ancien de la promotion Voltaire, ce qui lui a permis de briller hier durant le quinquennat hollandais et d’en sortir aujourd’hui par le haut au lieu de retourner à l’inspection générale des Finances dont est accessoirement issu Emmanuel Macron. Ce dernier dont le nom avait été soufflé par le même Jean-Pierre Jouyet à François Hollande pour occuper le poste de ministre de l’Economie. C’est que l’on qualifie trivialement de renvoi d’ascenseur. Dictature de l’opportunisme. Notre nouvel ambassadeur à Londres, aux airs de Mister Bean, est l’homme aux fidélités successives : sarkozyste sous Nicolas Sarkozy, hollandiste sous François Hollande et macronien sous Emmanuel Macron. À l’ambassade de France à Londres, il se retrouvera en pays de connaissance avec son numéro deux qui a le titre de ministre conseiller, François Revardeaux. Diplomate brillant, qui n’avait jamais servi à l’étranger jusqu’alors mais qui doit cette affectation à sa proximité avec l’ancien conseiller diplomatique de François Hollande, Jacques Audibert dont il a été le collaborateur au Quai (chargé de mission auprès du directeur des Affaires politiques) et à la présidence de la République (conseiller pour les affaires stratégiques). Le monde est petit comme le microcosme parisien. Pas étonnant : ce petit monde se connaît bien. Très bien même2. On reste rêveur lorsque Jean-Yves Le Drian attend de ses ambassadeurs « une exigence d’exemplarité, car ils représentent la France »3 alors même que les plus hauts dirigeants de l’État ne sont pas exemplaires. Cette nomination de Jean-Pierre Jouyet s’inscrit du reste dans le cadre d’une vulgaire opération de recasage des rescapés de l’ère Hollande digne d’une vulgaire République bananière : Ségolène Royal nommée « ambassadrice pour les pôles arctique et antarctique » et Harlem Désir nommé représentant pour la liberté des médias de l’OSCE (Organisation pour la sécurité en Europe) 4. Où est la morale de ces donneurs de leçons ?

« Il faut que tout change pour que rien ne change ». En France, loi sur la moralisation de la vie publique ou pas, tout continue comme avant sans que cela ne suscite la moindre indignation de la bienpensance. Il est vrai que la situation de connivence étroite entre monde politique et monde médiatique5 modère les ardeurs de nos folliculaires, souvent prompts à donner des leçons de morale aux faibles et à épargner, comme par hasard, les puissants. La Fontaine n’a pas pris une seule ride en ce début de XXIe siècle. (Sans parler de cette novice députée de la République en marche qui facture 119 euros les visites de l’Assemblée nationale qu’elle organise à l’intention de ses administrés et de son collègue qui règle ses comptes à coup de casque6). La morale de cette histoire est qu’elle n’est pas très reluisante. Avec Jean-Pierre Jouyet à Knightsbridge (adresse de la chancellerie diplomatique française à Londres), l’immoralité c’est maintenant !

Jean Daspry
11 septembre 2017

1 Décret du 4 septembre 2017 portant nomination d’un ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord – M. JOUYET (Jean-Pierre), JORF n° 0207 du 5 septembre 2017, texte n° 37.
2 Mathieu Magnaudeix/Ellen Salvi, Havas tisse sa toile autour de Macron, www.mediapart.fr , 6 septembre 2017.
3 Discours de Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères lors de la séance de clôture de la semaine des ambassadeurs, Paris, 31 août 2017, www.diplomatie.gouv.fr
4 François Darras, Opération recasage, Marianne, Il a osé le faire, 29 juillet-3 aout 2017, p. 8.
5 Renaud Dély, Copains comme cochons, Marianne, 1er -7 septembre 2017, p. 6.
6 Étienne Girard, L’incroyable « coup de sang » d’un député fou d’ambition, Marianne, 8-14 septembre 2017, pp. 36.-37.

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