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L’ennemi commun des peuples

Trump pourrait sous-traiter la guerre afghane
Par MK Bhadrakumar

samedi 12 août 2017, par Comité Valmy


Trump pourrait sous-traiter la guerre afghane

Dans une déclaration importante aux médias à Manille lundi, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a parlé du réexamen de la politique de l’administration Trump sur l’Afghanistan, soulignant avec force que le vent pourrait être en train de souffler vers la fin de cette guerre qui dure depuis 16 ans. Tillerson a déclaré :

•Nous avons déjà eu trois sessions au sein du Conseil de sécurité nationale pour explorer toute une série d’options. Et quand je dis toute une série d’options, je veux dire l’ensemble de la situation … Je pense que cela reflète les délibérations que nous voulons entreprendre. Le président pose, je pense, quelques questions très très précises, et ce sont de bonnes questions. Ce sont les bonnes questions qu’il se devait de poser, et que peut-être personne n’a voulu soulever dans le passé.
•Et donc, à ses questions qu’il nous a posées, nous voulons lui donner de bonnes réponses complètes accompagnées d’une bonne analyse approfondie, une vue très claire, une vision très réaliste de ce à quoi le futur pourrait ressembler.
•Et je pense que nous voulons prendre le temps de faire cette analyse, une analyse entièrement intégrée, de la communauté de renseignement jusqu’aux planificateurs militaires et aux canaux diplomatiques, sur la façon dont tout cela se déroule et où cela nous mène. S’il y a une chose de sur c’est que nous allons continuer à nous battre parce que nous n’avons pas le choix. Il y a toujours d’autres options.
•Et c’est ce que le Président nous a demandé d’explorer pleinement, et je pense que le fait que nous prenions notre temps pour essayer de trouver une solution réaliste, c’est-à-dire chercher à avoir une vue claire du sujet que nous traitons sur le terrain en étant très honnête avec nous-mêmes sur ce que nous attendons de l’avenir, je pense que cela sert bien l’intérêt du peuple américain. Il s’agit, comme vous le savez, d’un sujet très, très difficile, cela fait 16, 17 ans que nous y sommes. Dire tout simplement que nous allons continuer à faire comme avant, le président n’est pas disposé à l’accepter et, par conséquent, pose des questions difficiles, et le Conseil de sécurité travaille activement pour lui donner les meilleures réponses possibles.

La déclaration de Tillerson suggère que le président Trump est mécontent du discours éculé se limitant strictement au niveau des troupes américaines. Cependant, considérant que presque toutes les stratégies concevables ont été préconisées et essayées dans la guerre afghane par les administrations précédentes de George W. Bush et Barack Obama – allant de la reconstruction nationale à la contre-insurrection (COIN) et la réduction des troupes – Trump semble poser les questions de base.

Les « questions difficiles » de Trump semblent traiter des points spécifiques (et non des généralités), telles que : combien de temps l’armée américaine restera-t-elle en Afghanistan ? Les États-Unis peuvent-ils gagner cette guerre ? Comment les États-Unis peuvent-ils faire la guerre avec comme allié un gouvernement local si désespérément décrépi ? Qu’en est-il du côté civil concernant la politique et la gouvernance ? La guerre n’est-elle pas un grand gaspillage de ressources – de 45 à 50 milliards de dollars par an ? Y a-t-il même une chance suffisamment crédible pour sortir de cette guerre avec une sorte de négociation dans l’état actuel des choses ? Existe-t-il une probabilité crédible d’un résultat durable et stable qui justifie le coût de la guerre ? Donc, en dernière analyse, cela vaut-il la peine de rester ?

Maintenant, ce sera une belle aubaine pour le Pentagone et la CIA pour corriger le tir. Une chose que je peux dire avec une certitude absolue sur les forces armées et les agences d’espionnage dans le monde, c’est qu’elles sont très bonnes quand il s’agit de refiler le bébé à quelqu’un d’autre. Elles détestent assumer la responsabilité d’une défaite, et bien sûr, Trump est un renard habile. Alors, est-il en train de préparer le terrain pour sous-traiter la guerre afghane aux sociétés militaires privées, une idée qui a des partisans puissants à la Maison Blanche – par exemple le gendre Jared Kushner et le stratège en chef Steve Bannon ?

Le Financial Times a publié un rapport intéressant lundi sur un document en sa possession daté d’août 2017. Il dit qu’Erik Prince, le marchand de mort en Irak, a remis ce document à la Maison Blanche en précisant comment, à un coût beaucoup moins cher de 10 milliards de dollars par an, ses forces militaires privées pourraient remplacer l’armée américaine et combattre jusqu’à la fin de la guerre afghane.

Erik Prince a déclaré une fois à Breibert News que les États-Unis devraient adopter les méthodes de la Compagnie des Indes orientales en Inde en sous-traitant la guerre à des mercenaires qui seraient intégrés dans l’armée afghane et vivraient et se battraient vraiment avec les soldats afghans. Il a recommandé que Trump nomme un « vice-roi » qui s’occuperait de l’ensemble des intérêts américains – la guerre, l’agenda mercantiliste, le financement, garder et mettre au pas la population locale, etc. Le plan de Prince qui doit durer 2 ans prévoit que les mercenaires seront payés entre 500 et 600 dollars par jour et seront recrutés aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en France, en Suède, en Afrique du Sud et en Australie. (Heureusement, l’Inde n’a pas été mentionnée.)

Trump aurait envoyé le chef de la CIA Mike Pompeo en Afghanistan la semaine dernière pour évaluer la stratégie des États-Unis et pour examiner comment la proposition de Prince pourrait s’y greffer. Prince, ex-SEAL lui-même, est un personnage influent. Sa sœur (la femme d’affaires milliardaire Betsy De Vos) est secrétaire de l’éducation dans le cabinet de Trump.

MK Bhadrakumar
8 août 2017

Source : Indian Punchline >

Traduction : Avic – Réseau International

MK Bhadrakumar a été diplomate de carrière dans les services des affaires étrangères pendant plus de 29 ans. Il a occupé, entre autres, les postes d’ambassadeur en Ouzbékistan (1995-1998) et en Turquie (1998-2001). son blog : Indian Punchline

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