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L’ennemi commun des peuples

« When in doubt, nuke China »
En cas de doute, atomisez la Chine
par Pepe Escobar – Asia Times

mercredi 2 août 2017, par Comité Valmy


L’Amiral Scott Swift

« When in doubt, nuke China »

En cas de doute, atomisez la Chine

D’un cas de figure où l’armée US ne se sent « pas entravée », il existe un précédent et, comme les efforts du général MacArthur en Corée le prouvent, c’est quelque chose dont il faut avoir peur.


Le 29 juillet 2017 – Information Clearing House – L’effondrement en cours du monde unipolaire et l’inexorable émergence d’une structure multipolaire sont en train de permettre à une intrigue secondaire de prendre des proportions qui pourraient devenir incontrôlables – la normalisation de l’idée de guerre nucléaire.

Sa dernière manifestation en date n’est autre qu’ un amiral US nous assurant tous qu’il est prêt à suivre l’ordre du président Trump de lancer un missile nucléaire contre la Chine.

Oubliez le fait qu’une guerre nucléaire impliquant des grandes puissances au XXIe siècle sera La Dernière Guerre. Notre amiral – admirablement nommé Swift – est simplement préoccupé par quelques menus détails démocratiques, du genre « tout membre de l’armée US a prêté serment de défendre la constitution des États-Unis contre tous les ennemis du dehors et du dedans, et d’obéir aux officiers et au président des États-Unis, qui est notre commandant en chef ».

Il n’est donc question que de loyauté envers le Président et du contrôle civil de l’armée – indépendamment du risque d’incinération d’innombrables masses des civils en question, Américains inclus (puisqu’il y aurait une inévitable réplique chinoise).

Swift, encore, à la rescousse : «  Ceci est le cœur même de la démocratie américaine et, chaque fois que vous avez un militaire qui s’éloigne de l’objectif et d’une allégeance au contrôle civil, alors, nous avons un réel problème. »

Il importe peu que le porte-parole de la flotte US du Pacifique – dans ce cas, Charlie Brown (le bien nommé ?) – se soit empressé avec une louable célérité [swiftly] de contrôler les dégâts en qualifiant la question (nucléaire) de « ridicule ». La réponse et la question sont en fait très révélatrices.

MacArthur Park se fond dans le noir*

Pour ajouter quelques nuances au « contrôle civil de l’armée », un petit retour en arrière jusqu’à septembre 1950 et la guerre de Corée, avec l’aide de Korea : The Unknown War [inédit en français, cf. article], de Bruce Cummings et Jon Halliday, sera loin d’être ridicule. Surtout à présent que les factions du Parti de la Guerre à Washington plaident pour une atomisation non de la Chine mais de la Corée elle-même.

Il est essentiel de se rappeler qu’avant 1950, le président Truman avait déjà donné l’ordre « par contrôle civil de l’armée » de larguer deux bombes atomiques sur la Japon. En 1945 – une grande première historique.

Truman était devenu Vice-Président en janvier 1945. F.D. Roosevelt l’avait traité avec le plus grand dédain. Il ne savait rien du Projet Manhattan. Quand il est mort, Truman n’avait été Vice-Président que 82 jours et il devint Président des États-Unis en ne sachant absolument rien de la politique étrangère ni de la nouvelle équation militaro-nucléaire.

Truman eut cinq ans après avoir bombardé le Japon au nucléaire pour tout en apprendre sur le tas. L’action se déroulait alors sur le front coréen. Avant même un débarquement amphibie à Inchon sous le commandement du général MacArthur – le plus important depuis celui du V-Day de Normandie en 1944 – Truman avait autorisé MacArthur à avancer au-delà du 38e parallèle. Il y a un débat historique sérieux sur le fait qu’on n’avait probablement pas dit en détail à MacArthur ce qu’il devait faire – du moment qu’il gagnait. Parfait pour un homme qui adorait citer Montgomery : « On ne donne jamais de directives adéquates aux généraux ».

Quand même, il est sûr que MacArthur a bien reçu un memo top secret de Truman insistant sur le fait que toute opération au nord du 38e parallèle n’était autorisée que s’il n’y avait «  pas d’entrée en Corée du Nord d’importantes forces soviétiques ou chinoises, pas d’annonce qu’elles avaient l’intention d’y entrer, pas de danger d’une contre-attaque militaire à nos opérations ».

Et alors… MacArthur reçut un message « pour les seuls yeux du destinataire » en provenance du chef du Pentagone George Marshall, disant : « Nous voulons que vous ne vous sentiez nullement entravé, tactiquement et stratégiquement, d’avancer au nord du 38e parallèle »

MacArthur continua donc d’avancer. Il était sûr que la Chine n’interviendrait pas en Corée : « Si les Chinois descendaient sur Pyongyang, il y aurait le plus grand des massacres ». Eh bien, c’était faux. Les forces US ont pris Pyongyang le 19 octobre 1950. Le même jour, exactement, pas moins de 250.000 soldats des Volontaires de l’Armée Populaire Chinoise ont traversé la rivière Yalu et sont entrés en territoire coréen. Le renseignement US n’a rien compris à ce que l’historien S.L.A. Marshall a décrit comme « un fantôme sans ombre ».

MacArthur a commencé à devenir incontrôlable, allant jusqu’à exiger que des bombes atomiques soient larguées sur la Corée du Nord. Il fallait qu’il s’en aille. La question était : de quelle manière ? Les civils – Dean Acheson, Averell Harriman – étaient pour. Les généraux – Marshall, Bradly – étaient contre. Mais ils se disaient aussi avec inquiétude que « si MacArthur n’était pas relevé de ses fonctions, une grande partie de notre peuple trouverait à reprocher que les autorités civiles ne contrôlaient plus les militaires ».

Truman s’était déjà décidé. MacArthur fut remplacé par le Lt. Général Ridgway. Mais la folie de la guerre continua de faire rage, au prétexte de la « menace » sino-soviétique » de « domination communiste du monde ». Plus de deux millions de civils nord-coréens furent tués. Et ce que le général Curtis LeMay – un Dr Folamour en chair et en os – suggéra plus tard en disant qu’il fallait bombarder le Vietnam jusqu’à le « renvoyer à l’âge de pierre » fut bel et bien infligé par les USA à la Corée du Nord.

L’industrie et les infrastructures de la Corée du Nord furent totalement détruites. Il est impossible de comprendre les actions du gouvernement de Pyongyang ces dernières décennies sans se représenter à quel point cette destruction totale des gens et des biens est encore présente à l’esprit de tous les Nord-Coréens.

Ainsi, ce que l’amiral Swift a vraiment dit, c’est – en code – que si un ordre civil lui est donné, l’armée US déclenchera la IIIe guerre mondiale (ou la IVe, si on compte la guerre froide) et appliquera sans sourciller la doctrine « première frappe » du Pentagone. Ce que Swift n’a pas dit, c’est que le président Trump a aussi le pouvoir d’imiter Truman et de virer tout aspirant-clone de MacArthur en train de péter les plombs.


* Allusion à une chanson de Donna Summer : MacArthur’s Park is melting in the dark

Pepe Escobar
29 juillet 2017

Traduction : c.l. pour Les Grosses Orchades

Sources :


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