COMITE VALMY

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POINT DE VUE

Suspens géopolitique - par Hélène Nouaille

samedi 27 septembre 2008, par Comité Valmy


“ Encore un instant Monsieur le bourreau ”... Un instant avant la tourmente, un instant pour le business as usual, un instant pour les bonnes vieilles certitudes, pour croire encore qu’après un vilain choc, les choses reprendront comme avant. D’ailleurs, regardez l’envolée des cours de bourse à l’annonce si rapide du plan Paulson, la preuve de la confiance des grands acteurs du monde dans la capacité de réaction américaine !

Et le monde de s’arrêter de respirer – mais pas les institutions financières de s’effondrer – dans un grand silence des dirigeants, sur fond de bavardage désordonné des médias. “ Toute notre économie est en danger ” disait George Bush le 25 septembre. Un peu court, peut-être. Résumons : “ La domination financière des Etats-Unis est remise en question pour la première fois depuis près d’un siècle. La crise a été fabriquée à Wall Street. Les plus prestigieuses institutions privées du pays sont sur la sellette. Les meilleurs banquiers du monde ont fabriqué la pire crise de l’histoire. La capacité de l’Etat américain à rembourser ses dettes n’est plus considérée comme une certitude gravée dans le marbre. Pis encore pour le crédit du pays : dans le monde entier, des investisseurs se retrouvent avec des milliards et des milliards de dollars de titres américains qui ont perdu l’essentiel de leur valeur en quelques jours ” (1).

Et les dirigeants le savent – au moins leurs équipes : les conséquences de cette crise vont altérer les relations internationales telles que nous les avons vécues, au-delà des répercussions économiques et financières provoquées par le dérèglement de la mécanique américaine. A demeure, chacun parle plan de relance et/ou mesures à prendre pour atténuer le choc que les échanges mondialisés rendent inévitable sur leurs économies. Ce qui veut dire que chacun examine où sont ses atouts et ses intérêts, après avoir fait ses comptes – et s’efforce de prendre des mesures d’urgence. A terme, c’est un système, dominant depuis des dizaines d’années, qui est remis en cause.

Le mouvement était-il imprévisible ? Eh bien non.

Référons-nous à une analyse de notre confrère américain Stratfor, qui date d’octobre 2003 (2). Le dollar connaissait alors une faiblesse (il valait un peu moins de 109 yens, 1,18 euros). Dans ces conditions, s’interrogeait notre confrère, les pays producteurs de pétrole ne seraient-ils pas tentés d’adopter une autre monnaie, un jour ? Et d’analyser : “ la domination incontestée du dollar sur l’économie mondiale depuis la deuxième guerre mondiale a été une immense aubaine pour les États-Unis, et l’on pourrait dire que cela a permis à la première économie du monde de vivre au-delà de ses moyens pendant des dizaines d’années. À la fin des années 90, plus des quatre cinquièmes des transactions étrangères et la moitié des exportations mondiales étaient effectuées en dollars, selon un discours du ministre de l’Économie espagnol, en 2002. Les deux tiers environ des réserves des banques centrales mondiales sont en dollars ”.

“ Le fait qu’une telle partie du commerce mondial – des ventes de pétrole aux questions des dettes – soit effectuée en dollars crée une énorme réserve auto-générée de dollars détenus par les pays étrangers ”. Et bien sûr, cette masse doit être réinvestie en sécurité : et c’est naturellement vers les Etats-Unis que les sociétés et pays détenteurs se tournent. “ Ainsi achètent-ils des obligations américaines – ce qui maintient les taux d’intérêt à bas niveau - ou des actions américaines, ce qui dynamise le marché boursier. Dans les deux cas, les États-Unis bénéficient d’une plus grande disponibilité de capitaux pour investir, ce qui alimente la croissance ”. Et notre confrère de conclure : “ C’est le même système qui rend l’énorme déficit commercial américain tolérable, puisque les dollars nécessaires à acheter des marchandises étrangères sont recyclés dans l’économie américaine au travers de l’investissement. Bien plus, cela permet à Washington de gérer son déficit à la hausse sans augmenter ses taux d’intérêt puisque ce sont les dollars étrangers qui rachètent les dettes du gouvernement américain ”.

Les Etats-Unis bénéficiaient donc – nous étions en 2003 – de deux monopoles qui assuraient leur incontestable domination : le dollar et la puissance militaire. Sans oublier bien sûr une énergie bon marché. Rappelons-nous que la conquête de l’Irak devait, rapidement, dans l’esprit des stratèges, faire descendre le cours du baril autour de 24 dollars – ce qui poserait en outre des problèmes de survie à la Russie, alors plus dépendante encore qu’aujourd’hui de ses revenus énergétiques. On sait qu’il n’en a rien été. On voit ce qu’il en est cinq ans après : la mécanique est brisée – ce qui ne devrait pas surprendre nos confrères de Stratfor, qui concluaient ainsi leur analyse : “ Il faudra du temps pour mettre en pièce le système (...). Les questions géopolitiques ne précipiteront pas de changements majeurs (...) mais elles seront un facteur décisif quant à la date à laquelle ces changements arriveront réellement ”.

Ce “ facteur décisif ” ne fait pas la une des journaux, très occupés par l’orchestration de la campagne électorale américaine, les avatars de la bourse, les discours très formatés des dirigeants à destination de leurs électeurs. Pourtant, lorsqu’ils se rencontrent, ces mêmes dirigeants disent des choses bien plus intéressantes sur la configuration du monde, demain – tout à l’heure. Le 23 septembre 2008, par exemple, lors de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies. Ouvrant la séance, le Secrétaire général de l’ONU pour commencer. (3) “ Nous sommes à l’aube d’une grande transition. Notre monde a changé, plus que nous le pensons. Nous voyons de nouveaux centres de pouvoir et de leadership – en Asie, en Amérique latine et dans le monde nouvellement développé ”.

Thématique partagée par tous les intervenants, de l’Amérique du Sud (Ignacio Lula da Silva, pour le Brésil ou Christina Kirchner, pour l’Argentine) au Moyen-Orient (Mahmoud Ahmadinedjad annonçant, sans surprise que “ l’empire américain arrivait au bout du chemin ”), de l’Amérique centrale (Miguel D’Escoto Brockmann, pour le Nicaragua) à l’Europe (Nicolas Sarkozy parlant au nom de l’UE) et à l’Asie (la présidente et alliée des Etats-Unis Gloria Arroyo pour les Philippines, par exemple). De quoi parlaient petits et grands – à l’exception de George Bush ? Des excès du capitalisme financier et du nécessaire avènement d’un monde où un multilatéralisme bien compris devait être la règle – une page étant tournée.

Bien sûr, le “ dégel ” en cours de la situation révèle un paysage incertain, et chacun le sait. Ban Ki-moon le dit : “ Je suis inquiet (...). Je vois le danger de nations regardant plus vers elles-mêmes, plutôt que vers un futur partagé. Je vois le danger d’un recul par rapport aux progrès que nous avons accomplis, particulièrement dans le domaine du développement et du partage plus équitable des fruits de la croissance mondiale. Ce qui serait tragique. Parce qu’aujourd’hui une chose est claire : nous devons faire plus, pas moins ” (3). Rien d’autre n’est clair, ni dans l’attitude des détenteurs “ des milliards et des milliards de dollars de titres américains ” (Moyen-Orient, Chine, Japon...), ni dans celles des producteurs de matières premières, ni dans celle des alliés traditionnels – l’Europe, dont la France et l’Allemagne mais pas seulement, désirent accroître leur partenariat avec la Russie, et réciproquement. Sur tout cela nous reviendrons.

Le futur n’est pas clair non plus pour les Etats-Unis eux-mêmes, qui devront gérer leur crise intérieure, qui est grave, au moment où disparaissent, dans la réalité, les derniers vestiges du rideau de fer avec les formidables avantages stratégiques qui leur ont permis d’asseoir universellement leur puissance et leur modèle. Le défi est à leur taille. Il n’est pas certain que les électeurs américains soient conscients des enjeux. Mais il faudra faire vite.

Parce qu’aujourd’hui, dans le tumulte des affaires courantes, le monde est en suspens géopolitique, comme immobile entre deux ères. Mais pour combien de temps ?

Hélène Nouaille

En accès libre :

n° 380/2008 : Grande dépression : les uns sans les autres http://www.leosthene.com/spip.php ?article788

n° 362/2008 Les fonds souverains et les acteurs politiques http://www.leosthene.com/spip.php ?article767

n° 332/2007 Euro 1$41 : incidences géopolitiques http://www.leosthene.com/spip.php ?article699

Notes :

(1) Les Echos, Jean-Marc Vittori, Septembre 2008, le basculement, le 19 septembre 2008 http://www.lesechos.fr/info/analyses/4774289.htm

(2) Stratfor, le 13 octobre 2003, Cotation du pétrole en euro : quand ? (site payant) www.stratfor.com

(3) Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, le 23 septembre 2008, Address to the 63rd session of the General Assembly - A Call to Global Leadership http://www.un.org/apps/news/infocus/sgspeeches/statments_full.asp ?statID=322

4 Messages de forum

  • Suspens géopolitique - par Hélène Nouaille

    27 septembre 2008 15:46, par bernard01
    autre livre tres interressant sur le site de noslibertes.org (d’agnes BERTRAUD et de laurence KALAFATIDES (OMC-LES CARTELS AUX COMMANDES)
    • Suspens géopolitique - par Hélène Nouaille 29 septembre 2008 22:02, par BA

      Aux Etats-Unis, les contribuables ont manifesté dans les rues pour protester contre le plan Paulson. Les contribuables ont dit qu’ils ne voulaient pas payer 700 milliards de dollars pour renflouer les banques privées. Les contribuables ont mis une telle pression sur les parlementaires qu’ils ont voté contre le plan Paulson ! C’est un véritable séisme !

      ” La Chambre des représentants américaine a rejeté, lundi 29 septembre, le plan de sauvetage des banques de 700 milliards de dollars (483 milliards d’euros). Par 228 voix contre et 205 pour, les représentants ont refusé au secrétaire au Trésor, Henry Paulson, les moyens qu’il demandait pour stabiliser le système financier américain. Près de deux républicains sur trois ont rejeté le plan. Cette intervention de l’Etat dans le secteur privé, sans précédent dans l’histoire américaine, visait à racheter les actifs douteux des banques en difficulté du fait de la crise immobilière. Après le vote, la Bourse de New York chutait : le Dow Jones perdait 4,75 % (soit plus de 500 points), et le Nasdaq 6,9 %. Dans les travées de l’Assemblée des représentants, pleine à craquer, certains élus stupéfaits contemplaient les votes négatifs qui s’alignaient contre toute attente sur le tableau lumineux. La procédure du vote est restée ouverte bien après les quinze minutes prévues pour permettre des changements de vote, qui ne sont pas intervenus. La présidente de la Chambre à majorité démocrate, Nancy Pelosi, avait insisté le matin même sur le fait que l’initiative était “bipartite” et devait recueillir également un vote “bipartite” pour rassurer les marchés. La suite du processus n’est pas encore déterminée. Les responsables démocrates et républicains peuvent encore tenter de réintroduire un texte modifié devant la Chambre. Le Sénat est censé voter mercredi alors que, mardi, le Congrès est fermé pour respecter la fête juive de Roch Hachana. Selon CNBC et le New York Times, les leaders de la Chambre des représentants songent déjà à refaire voter le projet. “Bien évidemment, nous sommes très déçus de ce qui s’est passé cet après-midi”, a déclaré un porte-parole de la Maison Blanche après le rejet du plan Paulson. M. Bush a convoqué une réunion de ses principaux conseillers économiques, pour décider de ce qu’il convenait de faire en réponse à ce vote surprise. Pour sa part, le Trésor américain est déterminé à utiliser “tous les moyens à sa disposition” pour protéger l’économie américaine, a indiqué un de ses porte-parole, après le vote.

      De son côté, Barack Obama, le candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine, a expliqué lors d’un rassemblement électoral à Westminster , dans le Colorado, qu’il était confiant après s’être entretenu par téléphone avec le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, avec la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, ainsi qu’avec d’autres membres éminents du Congrès. “Ils essaient toujours de travailler sur ce plan de sauvetage, a déclaré le sénateur de l’Illinois, j’ai confiance dans le fait que nous allons y arriver, mais cela va être un peu difficile.” “Il est important que les marchés restent calmes, car les choses ne se font jamais sans heurts au Congrès, et qu’ils comprennent que cela va se faire”, a-t-il ajouté. Avant le vote, le président George W. Bush avait reconnu que ce serait “difficile”, alors que le projet de loi n’est guère populaire auprès des contribuables.

      A la tribune, au cours d’un débat vif, certains républicains et démocrates s’étaient retrouvés pour exprimer leur opposition au plan du secrétaire au Trésor. “On est tout bonnement en train de sacrer le roi Henry”, a ainsi estimé le républicain John Culberson du Texas, en référence à Henry Paulson. “C’est une extension du pouvoir fédéral sans précédent, inacceptable, qu’on ne peut pas se permettre, que nos enfants ne peuvent pas se permettre et que nous n’avons jamais vu dans l’Histoire de ce pays”, s’est-il indigné. “Prenons notre temps, le temps d’y penser”, a-t-il ajouté. A la même tribune, son collègue démocrate du Texas, Lloyd Doggett, a estimé qu’il y avait “une autre solution que cette dépense massive de l’Etat fédéral”. “Il manque tant à cette loi. Wall Street ne paie même pas un centime !”, a-t-il lancé. Au fil des négociations, le dispositif Paulson est devenu de moins en moins populaire auprès des contribuables américains, 63 % estimant que le gouvernement risquait d’en faire trop pour venir à la rescousse de Wall Street, selon un sondage Rasmussen Reports.

      Voir en ligne : http://www.lemonde.fr/economie/arti...

      • Suspens géopolitique - par Hélène Nouaille 30 septembre 2008 12:45, par BA

        Mardi 30 septembre, le gouvernement français et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) ont injecté 3 milliards d’euros pour renflouer la banque privée Dexia !

        Cet été, la Banque Centrale Européenne a injecté 65 milliards d’euros pour renflouer les banques privées européennes.

        Lundi 15 septembre, la Banque Centrale Européenne a injecté 30 milliards d’euros supplémentaires pour renflouer les banques privées européennes.

        Mardi 16 septembre, la Banque Centrale Européenne a injecté 70 milliards d’euros supplémentaires pour renflouer les banques privées européennes.

        Lundi 22 septembre, la Banque Centrale Européenne a injecté 28 milliards d’euros supplémentaires pour renflouer les banques privées européennes.

        Lundi 29 septembre, la Banque Centrale Européenne a injecté 120 milliards d’euros supplémentaires pour renflouer les banques privées européennes.

        65 + 30 + 70 + 28 + 120 = 313.

        Pour le moment, la Banque Centrale Européenne a donc injecté 313 milliards d’euros pour renflouer les banques privées européennes.

        Ces centaines de milliards d’euros payés par le contribuable pour renflouer les banquiers n’auraient pas pu être mieux utilisés ?

        Par exemple, pour construire des logements sociaux ?

        Par exemple, pour construire des hôpitaux ?

        Par exemple, pour construire des écoles ?

        • Suspens géopolitique - par Hélène Nouaille 1er octobre 2008 09:58, par BA

          3,8 millions d’euros pour l’ex-patron de Dexia ?

          Le président du comité de direction de Dexia, Axel Miller, qui a dû démissionner mardi 30 septembre, pourrait partir avec une indemnité de 3,8 millions d’euros, selon son contrat.

          La banque Dexia a été sauvée par les gouvernements français, belge et luxembourgeois, qui lui apporteront au total 6,4 milliards d’euros.

          Le gouvernement français injectera 3 milliards d’euros pour renflouer la banque Dexia, le gouvernement belge injectera 3 milliards d’euros lui-aussi, le gouvernement luxembourgeois injectera 400 millions d’euros.

          http://eco.rue89.com/2008/09/30/38-millions-deuros-pour-lex-patron-de-dexia

          Trois conclusions :

          1- Quand les banquiers gagnent en jouant à l’économie-casino, les banquiers gardent l’argent.

          2- Quand les banquiers perdent en jouant à l’économie-casino, les contribuables paient des milliards d’euros pour les renflouer.

          3- Quand les banquiers perdent en jouant à l’économie-casino, les banquiers partent en empochant des millions d’euros en parachutes dorés.

          Voir en ligne : http://eco.rue89.com/2008/09/30/38-...


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