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Démolition des Khrouchtchevka :
l’opposition s’organise
par Karine Bechet-Golovko

mardi 16 mai 2017, par Comité Valmy


Démolition des Khrouchtchevka :
l’opposition s’organise

Le mécontentement populaire monte à Moscou suite au programme massif de démolition lancé par le maire Sobianine. Au lieu de s’occuper au cas par cas des bâtiments menaçant ruine, le maire de Moscou annonce près de 5000 bâtimes visés, dont le choix laisse parfois perplexe. Les habitants, inquiets, se lancent dans un mouvement contestataire et certains simples citoyens rejoignent même l’opposition radicale pour les élections municipales de septembre. Un tel cadeau était inattendu, mais va être rentabilisé sans aucune hésitation.

Nous avions déjà écrit sur les problèmes juridiques posés par le programme de démolition lancé par le maire de Moscou Sobianine ( voir ici) et son étrange formulation qui semble avoir été inspirée de l’extérieur, soit par des organismes internationaux, soit par des cabinets de conseils ( voir ici).

Comme prévu, le mécontentement monte et l’opposition radicale n’hésite pas à le récupérer. L’on remarquera au passage cette habitude de l’opposition radicale de récupérer, avec une efficacité très relative, les mouvements de mécontentement populaire, comme ce fut le cas à Bolotnaya - où elle s’est rapidement faite siffler par la foule. Elle fonctionne un peu comme un parasite qui se nourrit du corps du pouvoir, sans rien produire par lui-même. Quant à l’opposition parlementaire, son silence est troublant.

Mais, cette fois-ci nous n’en sommes qu’au début, l’opposition radicale est encore hésitante, comme nous avons pu le voir lors du meeting organisé hier contre les démolitions. De 8000 à 22000 personnes selon les sources.

Cette manifestation, autorisée par la mairie de Moscou, était prévue pour 4000 personnes. Elle a largement dépassé les attentes, comme nous pouvons le voir sur cette photo. Si les mouvements de l’opposition radicale ont fait une tentative, la population n’était pas venue pour eux. Les pancartes montrent bien les attentes des gens "C’est ma maison", "Akademitchesky contre la déportation", "L’on ne laissera pas détruire Moscou", "Conte la démolition", "Pas de démolition des immeubles en briques", etc.

La réaction des personnes interrogées est on ne peut plus saine. Un vieil homme déclare ne pas vouloir quitter sa maison, son hôpital est à côté, les magasins aussi. S’ils détruisent sa maison, il déclare aller s’immoler sur la Place Rouge. Un autre, dans la force de l’âge, explique très simplement à la caméra de la chaîne d’opposition Dojd que c’est sa maison et qu’il ne veut pas bouger, sans raison particulière, il est chez lui et il a le droit de simplement vouloir y rester. Une femme déclare être venue soutenir les manifestants qui risquent de perdre leur immeuble, elle habite dans le centre, donc n’est pas concernée pour l’instant, mais personne ne sait ce qu’il en sera d’ici 5 ou 6 ans et quelle loi sera encore adoptée explique-t-elle. Un homme s’indigne en demandant pourquoi quelqu’un doit décider à sa place ce qu’il doit faire de sa propriété privé. Une famille raconte habiter à Novikova-Priboya, où il y a des 5 étages en briques très solides, dans un quartier calme et vert, à proximité de la rivière Moskova. Plusieurs fois, il y a eu des tentatives pour construire sur ces zones vertes, mais ils ont réusi à résister. Maintenant, la Constitution a été mise à la poubelle, un tel banditisme contre la propriété, selon eux, n’existait pas même dans les années 90.

Il s’agit bien d’un mouvement populaire. D’une réelle contestation. L’on a vu ici ou là, dans différents quartiers de Moscou de petites manifestations de quelques dizaines de personnes en soutien au programme de démolition, avec beaucoup de drapeaux stéréotypés. Face à l’ampleur de la manifestation contre les démolitions, ces tentatives de légitimation semblent être plutôt le signe du réel niveau de contestation populaire.

Navalny a bien évidemment tenté de récupérer l’évènement, mais les organisateurs n’ont pas voulu le laisser accéder à la scène pour faire un discours politique, expliquant qu’il n’avait pas participé à l’organisation et que le mouvement était non politique. Citoyen. Il a donc été sorti avec sa famille par les forces de l’ordre sur demande des organisateurs. Lui qui courageusement était venu protégé par sa femme et son fils, n’en revient pas sur son twitter : comment ont-ils osé toucher à son enfant ? Et lui comment ose-t-il utiliser sa famille pour se protéger ?

Il ne respecte rien et est prêt à tout utiliser pour se faire de la publicité, cela montre la moralité du personnage.

Pour autant, l’opposition politique radicale est prête à capitaliser le mouvement de contestation populaire pour les futures élections municipales de Moscou qui auront lieu pour les conseillers municipaux en septembre 2017 et en 2018 l’élection du maire.

Ainsi, D. Gudkov, qui vise la mairie, explique que l’opposition recrute ses "candidats démocratiques" sur internet, mais surtout dans la rue, parmi les manifestants et en a déjà trouvé 1200. 1200 personnes qui sont prêtes à s’engager dans la politique contestataire en raison du programme de Sobianine. L’efficacité du maire de Moscou est incontestable ... De son côté, l’incontournable Khodorkovsky lance son école de préparation des candidats aux municipales. Ainsi, les "candidats démocratiques" recevront la formation qui leur manquait pour transformer un simple citoyen en opposant convaincu.

Et le mouvement va-t-il, de lui même, miraculeusement, s’éteindre avant les présidentielles ? Pour l’instant, les manifestants demandent la démission de Sobianine. Et ensuite ?

Karine Bechet-Golovko
lundi 15 mai 2017

Russie politics


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