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La « caste politico-médiatique »
a volé l’élection présidentielle.
Lettre de désabonnement au magazine Marianne
par Armand Legay

vendredi 12 mai 2017, par Comité Valmy


La « caste politico-médiatique »
a volé l’élection présidentielle

Lettre de désabonnement au magazine Marianne

Réf. N° abonnement 0/365504

Objet : Désabonnement au Magasine Marianne et causes

Madame, Monsieur

Par la présente je vous demande de me désabonner de votre magasine qui est devenu petit à petit partisan et n’est plus objectif comme autrefois et que j’appréciais.

Voici la dernière raison qui me fait prendre cette décision :

Cet extrait de l’éditorial de Jacques Juliard du n° 1050-1051 du 9 au 18 mai 17 est la preuve de votre parti pris et de votre idéologie depuis plusieurs mois : «  S’il devait subsister une seule image du cauchemar présidentiel que nous venons de vivre, ce serait sans conteste celle où la fausse princesse du conte, démasquée par le chevalier blanc, se transforme sous nos yeux médusés en une horrible mégère, les traits convulsés par la haine, la bouche tordue, vomissant des torrents de crapauds, de scorpions et de couleuvres. Ceux et celles qui à cet instant précis, ayant d’abord décidé de s’abstenir, voire de voter Le Pen, n’ont pas sur-le-champ retourné leur position, écœurés par tant de bassesse, sont, permettez-moi de le dire poliment, des jean-foutre ou, pis que cela, des idéalistes . »

Comme M. Macron vous faites de celle-ci « La grande prêtresse de la peur ». J’ai appris par mon éducation morale et citoyenne que l’on ne dit pas cela de son pire ennemi. Vous combattez l’extrémisme en utilisant les mêmes anathèmes que celles que vous combattez, plutôt que par la culture. Non seulement vous outragez le symbolisme du mot « Marianne », mais vous utilisez une phraséologie insultante à l’égard de vos lecteurs qui se sont abstenus ou ont voté blanc à ces dernières élections mais aussi ceux qui peuvent avoir votés MLP du Front National. Vous vous ressemblez. Que cherchez vous donc, la paix ou la guerre ?

Je vous rappellerai que concernant l’instrumentalisation du FN, le tournant décisif est pris en mars 1983, avec la politique de rigueur. Le Président Mitterrand qui a sabordé l’éducation populaire issue du CNR revient sur ses engagements économiques. Il ouvre la voie à un processus de privatisations après les nationalisations de début de mandat. Les marchés financiers sont partiellement dérégulés. La plupart des entreprises qui ont été nationalisées entre 1981 et 1984 seront privatisées sous le gouvernement Jacques Chirac entre 1986 et 1988 ; on peut considérer qu’à partir de 1984, la France quitte un fonctionnement économique étatisé (le capitalisme monopoliste d’état mis en place par De Gaulle) et adopte davantage un fonctionnement d’économie de marché au service de la finance ; ce qui va favoriser un « lumpen-prolétariat » par l’accroissement systématique du chômage et la destruction du lien social. En même temps, Mitterrand permet au Front national d’avoir pignon sur la place politique lui qui était à 0,2 % :

« Sur les conseils de Michel Charasse, François Mitterrand signe, le 22 juin, une réponse écrite à Jean-Marie Le Pen : « Il est regrettable que le congrès d’un parti soit ignoré par Radio-Télévision. [...] Elle ne saurait méconnaître l’obligation de pluralisme qui lui incombe [...]. L’incident que vous signalez ne devrait donc plus se reproduire. Mais d’ores et déjà, je demande à Monsieur le Ministre de la Communication d’appeler l’attention des responsables des sociétés Radio-Télévision sur le manquement dont vous m’avez saisi. »

Au cours d’un point de presse organisé peu après, Michel Collinot salue, au nom du Front National, la « courtoisie du chef de l’État » qui a bien voulu répondre à la missive de Jean-Marie Le Pen. » (Enquête sur François Mitterand et l’extrême droite Emmanuel Faux, Thomas Legrand, Gilles Perez Le Seuil, Sept. 1994 extraits : pages 18 à 31)

Cette politique du gouvernement Fabius est voulue. En effet, favoriser les courants extrémistes est utile, comme l’a déclaré Pierre Berégovoy en 1984 avant son suicide en 1993 : « Au parti socialiste, on a tout intérêt à pousser le front national, (…) Il rend la droite inéligible. Plus il sera fort, plus on sera imbattable. C’est la chance historique des socialistes ».[1]

En France, ce que l’on a connu de la Nation, de la souveraineté, de la République, de la laïcité, de l’égalité, a été mis en pâture, une soupe exquise pour les extrémismes politiques et religieux.

Cette manipulation politique n’a pas servi le nationalisme ouvert issu de la philosophie des lumières et de la Révolution que nous avons connu et qui est en voie de disparition. Par contre, elle a favorisé et établi la progression extraordinaire et permanente de l’autre nationalisme fermé, xénophobe, raciste, fondé sur un monde en décadence et qui croit en l’obligation de préserver le peuple contre tous les agents de corruption. Cela va de paire en coopération entre ethnies et races de chaque nation, pourvu que ces communautés ne quittent pas leurs frontières. Cette vision extrémiste et pessimiste de la nation, ce recentrage sur un espace géographique fermé est la résultante de cette politique de la sociale démocratie française fédéraliste et européenne incluant l’ensemble des nations européennes dans un brouillon d’économie libérale au service de l’atlantisme. Ce sont ses dirigeants qui ont fait le lit aux fascismes en Europe hier (en 1933 en Allemagne avec la République de Weimar combattant le peuple et laissant le capitalisme nourrir le national socialisme contre l’URSS), et aujourd’hui dans le monde avec l’extrémisme pseudo religieux et en France avec la montée du FN.

Depuis 1983, l’instrumentalisation du FN n’a fait que progresser à chaque élection pour maintenir le pouvoir en place et vous le savez. Vous avez de temps en temps dénoncé cela, mais rarement car cela n’est pas votre fonds de commerce.

Vous faites donc partie de ces faiseurs d’opinions qui nous mentent en nous disant que nous sommes à un clivage, un basculement, un enterrement des vieux partis pour faire du neuf, de la politique autrement, un renouveau. Cela est totalement faux, car il s’agit d’une stratégie politique réfléchie scientifiquement et psycho-sociologiquement depuis 35 ans par les professionnels de la politique. M. Macron en est un !

Recevez mes salutations distinguées.

Armand LEGAY

[1] Entretien avec Franz-olivier Giesbert, 1984, Le Président, Edition du Seuil, 1990, p.15


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