COMITE VALMY

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Un Bonaparte de pacotille.
par Badia Benjelloun

vendredi 12 mai 2017, par Comité Valmy


Un Bonaparte de pacotille.

D’une certaine manière, nous avons échappé au plébiscite du 80% ou plus malgré le vacarme des trompettes qui déchirait l’air et alarmait de la chute prochaine des murs de la Cité France sous les coups de l’infamie brune.

L’adhésion au programme du Medef et de la bureaucratie de l’Union Européenne incarné par l’artefact Mac(a)ron n’a emporté la conviction que de 20% de l’électorat, cette part qui s’est portée vers lui lors du premier tour. C’est considérable pour un jeune Alcibiade sans autre passé politique que d’avoir été adoubé par les inamovibles conseillers des princes depuis 1981, Attali et Minc. Doué d’une grande plasticité idéologique, séducteur car prévenant et anticipant les attentes de ses interlocuteurs, il a réalisé comme tant d’autres un va et viens entre des postes dans l’administration de Bercy et le privé. Son succès et sa fortune ont été d’avoir assuré l’acquisition par Nestlé de la filiale nutrition infantile de Pfizer (près de 9 milliards d’euros pour mettre de la nourriture en pots additionnée de conservateurs). Les banques d’affaires prennent sur ce type d’intermédiation des commissions considérables et elles assurent aux négociateurs qu’elles engagent des primes en proportion. En dehors de rehausser la valeur de l’action Nestlé, il ne résulte de cette concentration aucune réelle création ou amélioration matérielle, elle engendre plutôt une raréfaction d’emplois et une misère sociale qui soumet à l’industrie la relation nourricière maternelle.

Mais c’est aussi peu eu égard aux moyens investis pour la promotion d’un personnage sorti des cartons de savants en choses du commerce, publicitaires et fabricants d’opinion. Les instituts er écoles de commerce absorbent les meilleurs éléments de l’école publique et produisent en abondance un personnel dédié à créer du besoin et de l’illusion. Ils sont pléthore et s’emploient comme conseillers en image et en communication. Ce que révèle le Macronleaks, qu’il provienne d’un inside job ou d’un hacking malveillant importe peu, c’est que le programme du futur Président maintenant actuel était en cours d’élaboration bien après qu’il fût lancé dans la course électorale.
La frénésie marketing qui l’a entouré a effacé son rôle éminent dans la confection du programme économique du quinquennat Hollande. L’aggravation du chômage, c’est lui, le creusement du déficit budgétaire et l’alourdissement de la dette publique, c’est lui, les cadeaux fiscaux aux entreprises sans contrepartie, c’est lui, la loi El Khomri-Gattaz, c’est encore lui. L’arrêt des négociations en très grande partie secrètes concernant le TTIP, le traité de libre échange entre les pays de l’UE et les Usa n’est pas de son fait. Le TTIP ne prévoit pas moins que de soumettre à la concurrence du privé tous les services publics et de livrer à des arbitrages privés les préjudices supposés subis par les multinationales de la part d’Etats souverains. L’hymne à la joie choisi pour accompagnement sonore de la mise en scène au Louvre indique clairement l’orientation supranationale du Président désigné de la France.

Artefact et Factotum à la fois

Est installé le monarque pour 5 à 10 ans qui va poursuivre les politiques d’austérité recommandées par les institutions financières créancières mondialisées qui sont le réel arbitre de toute politique ‘nationale’ budgétaire et monétaire. Les désengagements de l’Etat aggraveront la récession mais exalteront momentanément les bénéfices de l’usure extraits de l’effort fiscal local. Grâce à son onction, le marché est plutôt haussier, les investisseurs-spéculateurs apprécient la dette émise par la France sous la direction de Mac(a)ron.
Les nouveaux arrivants sur le ‘marché’ du travail continueront à toucher le stabilisateur social du RSA tout en habitant chez leurs parents, à cumuler des stages de formation ou des petits boulots d’intérimaires pour un certain temps. Quelques points d’écarts sur le taux de la dette obligataire, et nous voici transformés en misérables Grecs, contraints de vendre la Tour Eiffel et le Louvre, alors que les aéroports de Toulouse, Lyon et Nice et d’autres biens publics ont déjà été cédés à des firmes privées sous la houlette de Mac(a)ron. Fabius, alors au Ministère des Etrangères et du Commerce international, ambitionnait pour la France un avenir de pays touristique, une industrie de nations pauvres, certes mais une activité non délocalisable. Mais bientôt les sites, les aéroports, les chaînes hôtelières seront tous aux mains d’entreprises étrangères au profit externalisé employant des travailleurs détachés ou des migrants chassés par les guerres.
A ignorer la situation dans laquelle ont été plongés les Hellènes sous la domination du carcan européen, à fonder leurs espoirs sur un bonimenteur qui n’offre d’autre illusion que celle de les faire marcher, les Français concourent à leur malheur et à celle du monde. Il est vrai qu’ils tirent encore avantage à la position de leur pays comme protectorat étasunien capable de conserver quelques terrains de prédation protégés en Afrique, de plus en plus restreints.
La première différence entre le vote des Etasuniens qui ont refusé d’obéir aux injonctions de tout l’appareillage médiatique en faveur de Clinton, une continuatrice en pire d’Obama, et celui des Français ne tient pas au fait que Hillary soit une vieille dame titubante un peu enveloppée et que Mac(a)ron soit joli garçon même si bavant sans contrôle, mais à l’appauvrissement profond sans précédent de millions d’Américains sans protection sociale alors qu’en France persistent quelques freins institués au dénuement total et parfois encore des solidarités familiales. L’autre argument qui a pesé dans l’avènement de Trump fut sa promesse de désengager le pays de ses multiples guerres qui ont tant coûté en vies américaines et en points de PIB pour les dépenses du Pentagone. Ici, le prix du bellicisme de Sarközy et de Hollande n’a pas été débattu dans les différentes offres électorales. D’ailleurs, la France n’est pas officiellement en guerre mais impliquée dans de mystérieuses et obscures opérations extérieures.

On remise les Le Pen pour une prochaine fois ?

L’entreprise Le Pen a pour sa part prospéré, elle a acquis un nombre d’électeurs appréciable qui fait d’elle le premier parti de France. Les machines électorales qui font alterner leurs couleurs au sommet de l’Etat depuis 40 ans ont été liquidées, hors d’usage. En marche et la France Insoumise ne sont que des mouvements sans ancrage sur le terrain du maillage des circonscriptions électorales.
L’élargissement de sa base populaire, elle le doit d’abord à la disparition du Parti Communiste qui n’a cessé de fondre depuis qu’il a fait alliance avec le PS, qu’il a renoncé à ses principes fondateurs de formation politique et d’émancipation des travailleurs pour se réduire à un club d’Elus de la nation dont les sièges sont transmis héréditairement.
En s’adjoignant comme membre de son comité central Philippot, un ancien de l’écurie chevènementiste, rompue à la dialectique marxiste, cet ancien élève d’HEC (tiens encore un commercial investi dans le champ politique), le parti fondé par un ancien tortionnaire nostalgique des anciennes possessions françaises a intégré à son discours des éléments de langage de la lutte des classes. Les notions qu’il s’est approprié comme « oligarchie versus la masse du peuple » et une « bourgeoisie financière extraterritoriale » ont été sans nul doute des agrégateurs de pans entiers de la société, menacés de perdre leur rang et de glisser de la moyenne classe inférieure vers l’inférieure. Les sans emplois acquiescent aux thèses frontistes, excités par un bain médiatique qui a patiemment construit un discours identitaire adossé à la création d’un ennemi intérieur tout en taisant que c’était et c’est toujours une volonté délibérée du patronat français d’opposer un prolétariat qu’il a importé à l’indigène un peu trop syndiqué à son goût.
L’accaparement du thème de la défense de la patrie mise en danger par une dissolution de l’entité nationale dans le grand marais de l’Union Européenne à 27 a teinté ce parti d’un souverainisme d’un apparent bon aloi, honni par la gauche sociétale et la droite informe et non complexée. Si la représentante du FN au moment où elle aurait pu en faire la démonstration n’a pas su ou voulu le faire, la mondialisation et l’UE ont indéniablement détruit la structure industrielle de la France et l’ont déstabilisée socialement au profit du moins disant salarial, essentiellement l’Allemagne réunifiée et son large bassin de main d’œuvre en Europe de l’Est. L’ouvrier qui voit son usine fermer pour aller s’installer en Pologne ne saura être sensible au charme d’un Enarque biberonné au mondialisme qui perçoit 3 millions d’euros pour avoir rapproché une entreprise américaine d’un géant de l’alimentaire suisse. Ce concret-là est une vérité vécue dans la chair de millions de citoyens.

Un fascisme fantasmé

La classe moyenne, spectatrice et rouage de l’acceptation de cette globalisation qui la précipitera tôt ou tard dans le camp des 99% de ceux d’en bas témoigne de son insouciante légèreté qui lui fait conjurer cette issue.
Elle s’offusque de ce qu’un parti « fasciste » puisse prendre le pouvoir en France.
Les électeurs étasuniens s ‘ils se tournent vers celui que n’a pas choisi le système ne peut se voir opposer cette infamante qualification de fasciste. En Europe sur le sol de laquelle a émergé et grandi l’idéologie qui a conduit à la seconde guerre mondiale, toute l’histoire s’enseigne comme ayant pris son origine dans la tuerie industrialisée des Nazis.
Alors que les conditions historiques qui ont permis le développement de cette forme politique empruntée par le capitalisme industriel national ont disparu irréversiblement, un véritable déficit interdit aux intellectuels de ce vieux continent de s’en apercevoir.
Encore une fois, le Front National ne se propose pas d’envahir les pays voisins pour les annexer, il n’a pas dans ses projets d’esclavagiser des segments des populations assujetties pour en extorquer du travail gratuit, ce que durent les camps de concentration avant de devenir des camps de la mort. Il n’est pas soutenu par la Haute Finance ni par les Grandes aciéries et les firmes chimiques pour empêcher l’ascension des Communistes. Il n’ y a plus de ‘menace’ communiste organisée à combattre et à liquider. Le Front National cultive des attitudes et des orientations xénophobes à l’égard des Français provenant des ex pays colonisés par la France, singulièrement musulmans et arabes, la plus nombreuse et la plus visible. C’est moralement honteux, éthiquement intenable et politiquement peu productif. C’est sa marque d’origine et sa raison d’être.
Segmenter un peuple selon des communautés irréconciliables et faire diversion sur les problèmes urgents à résoudre posés par un capitalisme mondialisé à l’agonie à l’origine de cette immigration décriée dont il nourrit sa phraséologie.
Mais il n’a pas la vocation de prendre le pouvoir et d’instituer une dictature avec un parti unique. Les milices paramilitaires sont étroitement surveillées par les services de renseignement qui y puisent des informateurs et des trafiquants d’armes pour acheminer là où nécessaire ce qu’il faut pour terroriser la population.
Seule la LDJ est officiellement autorisée en France, la Ligue de Défense Juive est interdite pour sa violence meurtrière et son racisme exagérément exubérant même aux yeux des pires sionistes aux Usa et en Israël.

Le vrai fascisme débarrassé du folklore des chemises.

Les conditions de la réalisation d’un fascisme à la mode du 20ième siècle sont révolues.
Ces mêmes intellectuels (ou qui en tiennent lieu) sont aveugles à son effectuation sous une forme nouvelle et inédite, si prégnante qu’elle en est invisible.
La puissance hégémonique étasunienne est celle qui étend ses guerres partout et sur toute la planète pour infiltrer de sa marchandise et de ses capitaux le moindre interstice, le moindre espace. Même Cuba n’est plus à l’abri de ses métastases.
La mise au point de la doctrine de la guerre préventive, toujours en cours, est la quintessence du fascisme. Il s’agit de détruire avec des ressources militaires équivalant à celui de l’ensemble de toutes les nations réunies la possibilité d’une puissance qui risque peut-être un jour de menacer son hégémonie, dit autrement de porter atteinte à sa sécurité et ses intérêts. Un tel contrôle des faits et gestes de n’importe quel citoyen au monde avec les moyens de la NSA et de la surveillance électronique n’a pu être rêvé par aucun régime totalitaire des siècles passés. Sans même évoquer la pénétration de toute activité économique d’un peu d’envergure par le Dollar et la Fed, ensemble de banques privées qui le ronéotent et l’injectent quand elles le veulent dans l’économie mondiale.
Les structures de représentation parlementaire acclimatées au gouvernement de l’argent depuis deux siècles avec la dose requise de suffrage universel sont devenues encombrantes, les lois d’exception (Patriot Act) et les états d’urgence sont adoptés comme nouvelle norme.
Est-ce bien cela que cèlent nos politiques derrière leurs prestations inconsistantes et de plus en plus dérisoires et mensongères ? Ils jouent d’une manière étrangement empruntée une partition dont ils ne sont pas les auteurs. Leur manque de conviction devient dramatiquement évident. Il devient pressant que des hommes patients, savants, dévoués, obstinés, animés d’une foi inébranlable, ne craignant pas pour leur vie ni pour leurs biens, ne cherchant ni gloire ni cures ni prébendes s’attellent à la tâche de dégager des chemins pour les Egarés. Il en existe mais il est impérieux qu’ils atteignent un nombre critique pour être entendus. Pour rappeler que la solidarité est une obligation pour toute société humaine et la mettre en œuvre.

Badia Benjelloun
8 mai 2017


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