COMITE VALMY

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Quand Macron
confond peuple et civilisation
Par Claude Sicard

vendredi 24 mars 2017, par Comité Valmy


Quand Macron confond peuple et civilisation

FIGAROVOX/TRIBUNE- Emmanuel Macron avait publié dans Le Figaro une tribune en réponse aux critiques suite à ses déclarations sur la culture française. Pour Claude Sicard, le candidat souhaite que les Français cessent de défendre leur culture.

Consultant international, expert des problèmes de développement, Claude Sicard est l’auteur de Le face à face islam chrétienté : quel destin pour l’Europe ? et L’islam au risque de la démocratie, aux éditions F.X de Guibert.

Dans le figaro du 17 Mars, Emmanuel Macron a publié un article en réponse aux indignations qu’a soulevé sa déclaration dans un meeting à Lyon par laquelle d’une manière tout a fait surprenante il affirma : « Il n’y a pas de culture française ». Quelque temps après, dans une réunion avec la colonie française de Londres, il aggrava son cas en formulant une nouvelle ineptie : « L’art français, je ne l’ai jamais vu ». De telles affirmations sont quelque peu inattendues dans la bouche d’un candidat qui brigue l’accès à la plus haute fonction dans notre pays, et il faut tenter de comprendre la réelle signification de son message.

Sa démonstration, extrêmement habile,
a pour objectif de plaider pour un monde
ouvert où les nations disparaîtraient
en se dissolvant dans le mondialisme.

Emmanuel Macron veut nous convaincre que la notion d’identité française est archaïque, et qu’il n’y a pas lieu de s’y accrocher. Dans son article il explique que les cultures évoluent en intégrant sans cesse de nouveaux apports étrangers, et il cite un certain nombre d’exemples : Joseph Kessel, Marie N’Diaye, Leila Slimani… pour ce qui est de la littérature française. Et il en est de même dans les arts. La culture française, nous dit il, « n’a cessé de se réinventer ». Il ne faut pas s’en étonner, d’après lui, puisque « le fondement de la culture française c’est de prétendre à l’universel ».Toute sa démonstration a pour but de railler les tenants de l’invariance (de l’identité française) qu’il affuble de différents noms d’oiseaux : des « réactionnaires », des « aigris », des « rétrogrades ». Bref des gens qui ne connaissent pas l’évolution du monde. Sa démonstration, extrêmement habile, comme toujours, peut en piéger plus d’un : elle a pour objectif de plaider pour un monde ouvert où les nations disparaîtraient en se dissolvant dans le mondialisme.

Le tour de passe-passe que nous joue Emanuel Macron dans cet article est monté comme tous les tours de prestidigitation où un habile manipulateur fait aux yeux de tous disparaître mystérieusement un objet pour en faire jaillir subitement un autre, au grand étonnement d’un public ébahi. Comment donc notre candidat à l’élection présidentielle procède-t-il dans son article ? Il fait disparaître sous nos yeux sans que nous nous en apercevions la notion de « civilisation » pour lui substituer subrepticement celle de « peuple » .Et personne n’y voit rien : il s’agit tout simplement de mots, dont le public ne sait pas très bien d’ailleurs ce qu’ils signifient, et hop, le tour est joué. En avant donc pour cesser de défendre notre identité et nous fondre dans le magma d’une culture universelle..

Le concept de civilisation est fondamental
en anthropologie, alors que celui de « peuple »
inventé par Emmanuel Macron, n’existe pas.

Pour percevoir où se situe le piège, et le déjouer, il faut nous en référer à quelques notions simples d’anthropologie, cette branche passionnante des sciences humaines qui étudie comment l’homme vit en société. Le concept de civilisation est fondamental en anthropologie, alors que celui de « peuple » inventé par Emmanuel Macron, n’existe pas. Les anthropologues nous disent que l’histoire des hommes est celle des civilisations. Il faut donc bien comprendre ce qu’est une « civilisation. ».L’anthropologue Rodolfo Stevenhagen nous dit : « C’est l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérise une société » Et Spengler, de son coté expliquait dans son fameux ouvrage sur le déclin de l’Occident : « Chaque civilisation est une expérience unique, un art, une science une façon de penser, qui sont incompréhensibles en dehors de l’esprit qui l’anime » . Il faut bien voir qu’à l’intérieur de chaque civilisation il existe des cultures différentes : par exemple la culture en Europe des pays latins n’est pas la même que celle des pays du Nord, car les uns sont catholiques et les autres protestants : mais tous sont des chrétiens, et ces peuples relèvent de la même civilisation. Il ne faut donc pas confondre, ce que l’on fait très souvent, les concepts de « civilisation » et de « culture ».

Dans le monde actuel il existe sur notre planète plusieurs civilisations : cinq civilisations différentes, selon les uns, sept, selon d’autres, et notre civilisation, la civilisation occidentale, est l’une d’elles, et sans doute la plus importante. Elle existe depuis le début de l’ère chrétienne. Dans le passé, il y eut diverses autres civilisations qui ont eu chacune leur heure de gloire, puis, un jour, ont décliné puis disparu.

Chaque civilisation, nous disent unanimement
les anthropologues, est fondée sur une religion.

Chaque civilisation, nous disent unanimement les anthropologues, est fondée sur une religion : et ce constat est fondamental. Le christianisme, pour ce qui est de notre civilisation occidentale, l’islam, pour ce qui est de la civilisation musulmane, etc…. Notre civilisation, comme toutes les autres a, bien sûr, au cours du temps, évolué. Parmi les événements les plus marquants il y eut avec la Révolution française de 1789 ce que le philosophe Marcel Gauchet a appelé une « sortie de religion ». Ce fut un virage très important, mais il n’a rien changé aux fondements de notre civilisation : les valeurs chrétiennes se sont simplement laïcisées, par réaction contre les pouvoirs abusifs que s’étaient arrogés sous l’ancien régime les membres du clergé catholique. Ces valeurs continuent à constituer la colonne vertébrale de notre civilisation. On a inscrit dans le marbre les trois valeurs fondamentales dans lesquelles se retrouvent tous les citoyens du pays : liberté, égalité, fraternité. Ce sont des valeurs chrétiennes, et la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789 est fondée, elle aussi, sur les valeurs amenées au monde par le christianisme.

Ce qui explique que dans l’évolution de toute civilisation il existe un certain nombre d’invariants, c’est le fait que chaque civilisation est, par définition, fondée sur une religion. Chaque fois les croyances religieuses ont instillé des valeurs et des manières de voir le monde, ainsi que de vivre ensemble qui sont spécifiques. Si l’on change ces valeurs qui ont été créatrices, on change de civilisation. Avec le remplacement que fait Emmanuel Macron du concept de « civilisation » par celui de « peuple », l’auteur de l’article se dégage des enseignements que nous donnent les anthropologues sur les racines des civilisations et sur l’évolution de celles-ci. Emmanuel Macron nous plonge ainsi dans le doute, et cela lui permet de plaider pou un univers mouvant où rien ne se perpétue. L’auteur veut nous accoutumer à l’idée que l’on s’achemine inéluctablement vers une civilisation mondiale où les peuples perdront leur identité et seront indifférenciés.

Soyons donc prudents pour ne pas tomber dans le piège ainsi tendu. Le philosophe Guy Coq, fondateur de la revue Esprit a expliqué qu’une civilisation devait avant tout « veiller aux causes internes de sa propre destruction ». La thèse défendue par Emmanuel Macron dans son article est pernicieuse : elle relève de ces courants qui conduisent à la destruction d’une civilisation. Souvenons nous de cet avertissement lancé au XVIIIème siècle par le philosophe italien Giambatista Vico : « L’adhésion aveugle à des convictions fausses présentées sous le couvert de vérités est la principale cause du déclin d’une civilisation ».

Puisse cet avertissement être entendu par les princes qui, demain, nous gouverneront.

Claude Sicard
22 mars 2017


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