COMITE VALMY

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Les enjeux des négociations de paix sur la Syrie
Par Eric Zuesse

mercredi 8 mars 2017, par Comité Valmy


Les enjeux des négociations de paix sur la Syrie

Les pourparlers de paix en Syrie ont pour but de mettre fin à une horrible guerre, commencée il y a six ans, mais il s’agit davantage d’une guerre internationale menée sur les champs de bataille de la Syrie, que d’une guerre civile en Syrie elle-même.

Ce fait est souvent ignoré par la presse, mais en vérité, les pourparlers de paix concernent plutôt les puissances étrangères que leurs mandataires qui se tuent entre eux – avec les civils – en Syrie. Ces pourparlers de paix sont internationaux parce que les protagonistes de cette guerre sont internationaux. Et, parce que les principes sont internationaux, les principes qui sont combattus le sont aussi – ils sont si fondamentaux, que le résultat final de ces négociations ne sera pas seulement un genre de nouvelle paix, mais une sorte de nouvelle Constitution pour la Syrie : vraiment une nouvelle nation en Syrie.

Les principales questions qui sont en cours de négociation lors des pourparlers de paix syriens, qui ont repris le 23 février à Genève, sont de nature constitutionnelle : la Syrie doit-elle être régie par la loi de la charia – le Coran –, ou plutôt par une démocratie multiethnique. La charia est soutenue par les États-Unis, la Turquie et les familles royales arabes, qui incluent l’Arabie saoudite, le Qatar, le Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït et l’Oman, qui sont tous des sunnites fondamentalistes. Le parti de la démocratie multiethnique est soutenu par Bashar al-Assad , le leader actuel de la Syrie, la Russie et l’Iran.

Certains partisans de la charia préconisent que la Syrie soit divisée en au moins trois nations, définies ethniquement, qui seraient alors kurdes, sunnites et chiites, dont chacune serait gouvernée uniquement par son appartenance majoritaire, tout comme Israël est gouverné par son ethnie majoritaire, qui dans le cas d’Israël est juive. Un autre exemple récent est l’apartheid en Afrique du Sud, sauf que dans ce cas particulier, c’est la minorité blanche qui a gouverné la majorité des Noirs. Bien sûr, ces lois raciales ont pris fin lorsque les Noirs ont été autorisés à voter.

Essentiellement, la polarité contestée dessine l’avenir de la Syrie comme dictature ethnico-religieuse, par opposition à une démocratie multi-ethnique – y compris multi-religieuse.

Tous les sondages effectués auprès du peuple syrien, même pendant la guerre actuelle et même réalisés par des officines de sondages occidentales, montrent une forte préférence des Syriens pour une démocratie multiethnique, entièrement non-sectaire. En outre, lorsqu’ils sont interrogés quant à savoir s’ils croient que cela est encore possible pour la Syrie, une majorité solide répond par l’affirmative. D’une manière générale, ils accusent surtout le gouvernement des États-Unis d’être derrière l’afflux de dizaines de milliers de djihadistes du monde entier en Syrie, pour renverser et remplacer le gouvernement Assad. Peut-être ne blâment-ils pas autant les alliés islamistes américains pour cette invasion par les djihadistes, parce que les Saoud sont musulmans et surtout arabes, comme les Syriens eux-mêmes.

Ces dernières années, les résultats de la principale firme de sondage, WIN / Gallup, peuvent être vus ici : 2014 2015 2016.

Les Syriens sont la nation la plus laïque de tout le Moyen-Orient. Les efforts des États-Unis et de leurs alliés pour imposer un gouvernement djihadiste n’emportent pas l’adhésion du peuple syrien.

En préparation de la présente série de négociations de paix syriennes parrainée par l’ONU, une conférence préliminaire de paix a eu lieu à Astana au Kazakhstan, où les participants étaient la Russie, l’Iran, la Turquie et la Syrie. Il en est issu une forte déclaration en faveur d’une démocratie multi-ethnique et multi-religieuse, en Syrie. La Russie a également produit, pour examen futur par le peuple syrien, un projet de Constitution de ce type, qui sera discuté et finalement voté par les Syriens.

L’Agence France Presse a signalé, le 12 février – les textes en gras et les liens sont de moi :

L’opposition syrienne a annoncé dimanche sa délégation de 21 membres, dont 10 représentants des rebelles, pour une nouvelle série de pourparlers de paix, parrainés par l’ONU à Genève, prévue pour le 20 février [reportée au 23].

La délégation sera dirigée par Nasr Al-Hariri , un membre de la Coalition nationale, remplaçant Assad al-Zoabi, qui a dirigé l’opposition à plusieurs rounds précédents de négociations à Genève l’année dernière.

Le négociateur en chef de la délégation, Mohamed Sabra, a été nommé, c’est un avocat qui faisait partie de l’équipe technique de l’opposition lors des négociations à Genève en 2014.

Il remplace Mohamad Alloush, un rebelle de la puissante faction Army of Islam.

Alloush a servi de négociateur lors de trois séries de pourparlers de paix à Genève, ainsi que lors des négociations dans la capitale kazakhe Astana en janvier, organisées par la Turquie et la Russie.

Ni Allouch, ni l’armée de l’Islam n’ont été inscrites comme membres de la délégation à Genève, bien qu’on ne sache pas si le groupe boycotte les pourparlers ou sera représenté par d’autres délégués.

Aucune raison n’a été donnée pour la décision de remplacer Zoabi ou Allouch.

Allouch avait été choisi par la famille Saoud, et a donc été rejeté par la Russie, l’Iran et la Syrie, lors de la conférence d’Astana. À cette conférence, la Turquie a proposé Sabra, et les autres ont accepté ; ce dernier dirige le Parti républicain syrien, parti créé en 2008 simplement pour critiquer Assad, devenu actif uniquement après avoir reçu un financement important de la Turquie puis « fondé » publiquement à Istanbul, en 2014, par des membres du Parti de la justice et du développement en Turquie. Donc, maintenant, au lieu que Assad négocie avec un agent de la famille Saoud (Allouch), comme cela avait été le cas lorsque les États-Unis ont mené les préparatifs du processus de paix – processus que le président américain Barack Obama a saboté le 17 septembre 2016, entraînant ainsi son arrêt –, Assad négocie cette fois avec un agent de la famille Erdogan (Sabra), et la Russie, au lieu des États-Unis, mène les préparatifs du processus de paix, actuellement en cours à l’ONU à Genève.

La Coalition nationale a été créée le 12 novembre 2012 par la famille Saoud et son Conseil de coopération du Golfe de toutes les familles royales d’Arabie, qui incluent, en plus de l’Arabie saoudite, le Qatar, Bahreïn, Koweït et Oman. Nasr al-Hariri, qui représente ainsi ces familles, dirige la délégation des « groupes d’opposition syriens » au nom desquels négociera le turc Mohamed Sabra. Donc, en fait, Assad négociera face aux représentants de tous les dirigeants des nations sunnites du Moyen-Orient.

En outre, «  Nasr al-Hariri a sélectionné 21 délégués de l’opposition lors d’une réunion de l’opposition syrienne à Riyad, en prévision des pourparlers », et ainsi tout le processus de sélection des membres de l’opposition syrienne s’est fait sous les yeux vigilants – et avec l’argent – des Saoud.

Magnanime, un représentant de la Coalition Nationale, parlant du fait que Russie avait permis que les groupes d’opposition syriens soient sélectionnés par la Turquie, les Saoud et les autres puissances sunnites du Moyen-Orient, « l’a qualifié de sacrifice que la Russie, qui soutient le régime syrien, a offert à la Turquie dans l’espoir qu’en retour elle obtiendrait des concessions sur la plate-forme dite de Moscou, nommée ainsi d’après les partis syriens qui sont sous l’influence politique du Kremlin ». Ce sont généralement les plus forts partisans d’une Syrie unifiée laïque et démocratique.

Cependant, il a été rapporté le 24 février que «  Hariri a répété, dans sa conférence de presse, que la priorité de l’opposition était d’entamer des négociations sur une transition politique avec un organe directeur transitoire, suggérant qu’il ne reviendrait pas sur sa demande que le chef du régime syrien Bashar al-Assad démissionne ». Les États-Unis et l’Arabie Saoudite ont refusé que la personne majoritairement choisie par les Syriens – la personne qui était préférée par plus de 50% du peuple syrien – Bachar al-Assad, soit admise à se présenter à l’élection présidentielle syrienne. Ils ont refusé d’autoriser la démocratie en Syrie. Ainsi, les puissances sunnites (qui incluent également les États-Unis comme bras militaire principal) sont toujours aussi fermes, dans leur volonté de renverser et de remplacer le gouvernement non-sectaire de la Syrie. Et ils ont tous blâmé la principale nation chiite, l’Iran, pour tous les problèmes : « L’Iran est le principal obstacle à tout type d’accord politique », a déclaré Hariri. Pour eux, c’est vraiment une guerre pour conquérir l’Iran. C’est comme la Guerre de Trente ans de la chrétienté en Europe, dans les années 1600. Mais, bien sûr, c’est aussi ce que Robert F. Kennedy Jr. a, de façon appropriée, appelé « une autre guerre du pipeline en Syrie ». Elle est enracinée à la fois dans la religion et dans l’économie.

Le 24 janvier, à l’issue des pourparlers préparatoires à Astana pour les négociations de paix actuelles à Genève devant mettre fin à la guerre en Syrie, a été publiée une « Déclaration conjointe de l’Iran, de la Russie, et de la Turquie » affirmant que tous :


Réaffirment la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale de la République arabe syrienne en tant qu’État multi-ethnique, multi-religieux, non confessionnel et démocratique, comme l’a confirmé le Conseil de sécurité de l’ONU.

La Russie était la seule de ces trois nations qui a également proposé un projet de Constitution spécifique pour la Syrie d’après-guerre. C’est peut-être parce que la Russie est le seul de ces trois pays dont le gouvernement et la Constitution sont entièrement laïques. Ainsi, l’agent clé de la Turquie lors des pourparlers actuels à Genève, Mohamed Sabra, aurait, selon le journal égyptien Al-Ahram en date du 17 novembre 2016, soit deux mois après que les États-Unis aient mis fin à leur participation au processus de paix en Syrie – notamment critiqué les propositions de la Russie visant à « essayer d’isoler des groupes islamiques qui ne sont pas d’accord avec les principes d’un État démocratique et laïque et les exclure du processus politique. Cela conduira à un réajustement des forces, à changer l’essence du conflit militaire en Syrie et à semer les germes de la guerre civile dans le pays », a déclaré Sabra. En supposant que le principal journal d’Égypte était en train de paraphraser et de traduire exactement ce que le négociateur en chef de l’alliance des États-Unis et des sunnites disait en réalité, la Russie était critiquée pour avoir insisté sur le fait que ce qui suit après la guerre de Syrie doit être entièrement contrôlé par le peuple syrien. Sabra, le négociateur en chef au nom de l’alliance américano-sunnite, s’est effectivement exprimé publiquement là-bas contre l’engagement envers « les principes d’un État démocratique et laïc ».

C’est vraiment approprié : deux fois en une journée, le Secrétaire général de l’ONU a critiqué la position des États-Unis pour leur opposition à la démocratie en Syrie.

Eric Zuesse
– Le 28 février 2017

Traduction le Saker Francophone

– Source


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