COMITE VALMY

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Richard Labévière,
La face cachée de la mondialisation
Par Ammar Belhimer

samedi 4 mars 2017, par Comité Valmy


La face cachée de la mondialisation

Il faut absolument lire le dernier ouvrage de Richard Labévière « Terrorisme face cachée de la mondialisation »(*).

L’auteur sait de quoi il parle. Après plus de vingt ans de reportages de terrain, d’enquêtes et d’analyse, il parvient à démonter les rouages du terrorisme moderne avant d’avancer des propositions pour en combattre la fatalité. Comme le rappelle Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE, dans sa préface à l’ouvrage, le mal remonte à une décision de l’exécutif américain d’instrumentaliser « les forces politico-militaires fondamentalistes sur le plan religieux pour faire face à « l’impérialisme athée » de l’Union soviétique et pour déstabiliser les régimes locaux suspects de lui être favorables ». Par la suite, les volontaires du djihad anticommuniste « se sont autonomisés en autant de dérives autoreproductrices ».

Labévière déclare dès l’introduction entreprendre un « devoir d’inventaire, prolégomène à toute compréhension du terrorisme actuel » afin de fixer plus particulièrement « le terrorisme de la misère et ses faux-fuyants métaphysiques ». Cet exercice est jugé d’autant plus indispensable que « la misère du terrorisme, ses attributs et ses modes cherchent à déconstruire les illusions rassurantes du terrorisme de la misère ».

Le concept de misère du terrorisme postule, aux yeux de Labévière, « l’ouverture d’un chantier de déconstruction critique : le terrorisme moderne ne doit plus être analysé selon les termes d’une crise pathologique, ni d’une poussée extraordinaire de fièvre inexplicable, mais selon ceux d’un Etat qui s’est imposé comme une normalité, au cœur même de notre histoire présente et à venir. Désormais ses modes opératoires sont intégrés aux logiques économiques, politiques et sociales ; il fonctionne comme un conatus, une énergie vitale et consubstantielle à la dérégulation généralisée de la mondialisation contemporaine ».

Il se propose alors de mettre à nu le terrorisme comme « normalité inhérente à la mondialisation devenue folle » et non pas comme « exception anormale, accident, crise passagère ou dysfonctionnement ponctuel ».

La thèse centrale est que « le terrorisme contemporain n’est plus un accident mais s’est imposé comme une énergie vitale – un conatus – irradiant » ; il est « la misère suprême de la mondialisation contemporaine ».

Elle est parfaitement illustrée par « une gouvernance sécuritaire qui remplace l’Etat providence et protecteur » et pour laquelle la guerre contre le terrorisme est du pain bénit car « elle précipite et nourrit une montée aux extrêmes qui accompagne la destruction de la démocratie ».

La barbarie de l’Autre réside dans le terreau social des « fabriques de ressentiment et de haine » inspiré par Les Démons de Fédor Dostoïevski.
L’extrémisme religieux est aussi le produit de ce ressentiment et de cette haine : « Deux tiers de la population carcérale (française) sont de confession musulmane au sein de laquelle se pratique un islam minimaliste permettant de nouer des mécanismes de survie contre les gardiens, contre la prison et, en dernière instance, contre la société en général. »

Le capitalisme offre au terrorisme un terreau idoine à sa reproduction. Pour ne fixer que des périodes récentes, Labévière rappelle la mythologie de la Terreur jacobine qui a inspiré les populistes et nihilistes russes qui ont fait de l’assassinat et du sacrifice « le moyen le plus sûr pour en finir avec le tsarisme » et sa vieille société féodale. Des terrorismes à prétentions territoriales apparaîtront plus tard, comme les guérillas qui ont déstabilisé la Sublime Porte depuis le début du XIXe siècle, ou encore les guerres des Boers contre les Britanniques (16 décembre 1880/23 mars 1881 – 11 octobre 1899/31 mai 1902) et, bien plus tard encore, le retour de l’Islam politique, « convergence de l’idéologie des Frères musulmans et du wahhabisme saoudien ». Ce dernier connaîtra plusieurs vagues.

La première est dite « proche et moyen-orientale : 1970-1990 », avec pour épicentre le conflit israélo-palestinien, amplifié par la guerre froide.

La deuxième vague (1990-2003) mettra en vedette Oussama Ben Laden, créature de la CIA (la filiation ne souffre aucun doute) et héros de la guerre d’Afghanistan. L’auteur trouve trace des contacts entre lui et la centrale américaine jusqu’en juillet 2001. Le 7 de ce même mois d’été, « le représentant local de la CIA qui a rendu visite à Oussama Ben Laden à l’Hôpital américain de Dubaï s’appelle Larry Mitchell. » Le chef terroriste souffrait d’une infection rénale qui se propageait au foie.

La troisième vague prend forme avec l’avènement de Daesh (2006-2016).
Elle est le résultat d’un schisme survenu au sein de la mouvance qaidiste, « fruit de trois dynamiques :
1) les conséquences de la deuxième guerre du Golfe anglo-américaine du printemps 2003 ;
2) les guerres civiles d’Irak qui débutent à l’été 2003 et de Syrie à l’été 2011 ;
3) enfin, les crises économiques, sociales et politiques qui affectent les régions dans lesquelles cette organisation prend pied, se développe et agit ».

La proximité entre le terrorisme islamique et les centres de décision de l’empire américain donne raison à Vladimir Poutine lorsque, le 25 décembre 2015 à New York, devant la 70e Assemblée générale des Nations-Unies, il déplore les faibles résultats inscrits à l’actif des actions militaires entreprises contre Daesh par Washington et la coalition internationale : « Celui-ci (le bilan) n’est guère satisfaisant et montre que la menace terroriste a été plus gérée et canalisée que proprement stoppée et éradiquée. »

Labévière s’appesantit sur l’émergence d’une école néoconservatrice française (« les néo-cons français ») et sur l’histoire de son hold-up sur le Quai d’Orsay et une partie du ministère de la Défense. Elle commence par une tragédie en trois actes.

Le premier acte est celui de la Première Avenue, le 14 février 2003, lorsque Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères, prononce devant les quinze membres du Conseil de sécurité, un discours d’une intensité exceptionnelle justifiant le veto français à une guerre au Proche-Orient et expliquant la nécessité de poursuivre les inspections sur une illusoire force de frappe nucléaire attribuée à une armée irakienne surdimensionnée pour la circonstance.
Les Américains multiplient alors les initiatives « partout où cela leur est possible, afin de punir la France, afin de lui faire payer – le plus cher possible – son insupportable sursaut d’indépendance ».

Le deuxième acte date du 1er au 3 juin 2003, lors du sommet du G-8 à Evian ; il correspond à ce que Labévière qualifie de « grand retournement » de la diplomatie française au Proche et Moyen-Orient. Il culmine avec l’adoption de la résolution 1559 par le Conseil de sécurité le 2 septembre 2004 par laquelle Jacques Chirac renonce à la notion cardinale d’un « règlement régional global » au profit d’une grille d’analyse néoconservatrice qui perdure jusqu’à nos jours.

Le troisième acte correspond à la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN et l’alignement de la politique étrangère de la France. Une politique dévolue à ce que Labévière appelle sans détour « la Meute » pour désigner « les nouveaux petits Marquis du ministère des Affaires étrangères ».

Tels sont désormais les artisans indétrônables d’une diplomatie française « néoconservatrice, unidimensionnelle et irresponsable ». François Hollande ayant « non seulement confirmé les orientations de son prédécesseur, mais il fait pire ».

Mardi 20 décembre 2016

Ammar Belhimer
ammarbelhimer@hotmail.fr

(*) Richard Labévière, La face cachée de la mondialisation, Editions Pierre Guillaume de Roux, Paris 2016.


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