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Le traquenard Mélenchon

L’insoumis-chèvre mi-chou
par Pierre Lévy

mercredi 2 août 2017, par Comité Valmy


L’insoumis-chèvre mi-chou


Admettre ses erreurs, c’est bien ; en tirer les leçons, ça serait mieux. Faute de quoi, la candidature Mélenchon risque de s’avérer plus dangereuse que toutes les autres, car elle peut réanimer des illusions que MM. Hollande, Juppé, Sarkozy et consorts ne sont plus capables – et c’est tant mieux – de porter .

Combien de Tsipras faut-il à l’« insoumis » Mélenchon pour abandonner l’illusion qu’on pourrait faire tourner l’Europe dans l’intérêt des peuples ?

L’Union européenne connaît la plus profonde crise de son histoire. Mais, par delà les drolatiques péripéties pré-électorales françaises, tant le PS que Les Républicains continuent de partager ce mantra qui leur sert de programme commun subliminal : « l’Europe est notre avenir ». Dans la perspective des scrutins du printemps prochain, ils s’efforcent cependant de rester discrets sur ce thème tant il devient de plus en plus repoussoir.

Le Front national, quant à lui, cultive pour l’heure l’ambiguïté. Alors que beaucoup d’électeurs pensent utiliser ce vote pour exprimer leur refus de Bruxelles, des responsables de ce mouvement plaident pour adoucir une image « trop anti-européenne » jugée susceptible d’effrayer certains électeurs.

Or qui prétendrait conduire des choix tranchant avec les orientations actuelles sans rompre avec l’intégration européenne est soit un naïf, soit un imposteur. La remarque vaut pour tous les candidats. Arnaud Montebourg développe ainsi une certaine schizophrénie en proposant de désobéir à l’UE... en payant des amendes plutôt que d’imaginer quitter la galère.

Pour sa part, Jean-Luc Mélenchon lançait le 16 octobre sa nouvelle mouvance baptisée La France insoumise. Une formulation d’apparence prometteuse. Encore faut-il s’assurer de sa portée concrète, car rien n’est pire que de se payer de mots. Or le candidat libre redoublant à la magistrature suprême propose de « sortir des traités européens ». Mais pourquoi ne pas dire tout simplement « sortir de l’UE » ?

L’eurodéputé n’a-t-il pas quelque mal à lâcher les rêves qu’il a nourris des décennies durant ? Car il reprend désormais la formule mi-chèvre mi-chou : « l’Europe, on la change ou on la quitte »... ce qui redonne une once de crédibilité à l’hypothèse « on la change ». Pourtant, depuis des lustres, il n’a pas manqué de responsables politiques pour aligner les rodomontades promettant de « changer », d’« infléchir », de « réorienter », de « refonder » l’Europe... Sans autre résultat que de soumettre toujours plus les peuples au carcan communautaire.

François Hollande s’était ainsi engagé, en 2012, à « renégocier » immédiatement le traité imposant la gouvernance économique, pour finalement y renoncer dès sa deuxième rencontre avec Angela Merkel ; le Grec Alexis Tsipras était arrivé au pouvoir en janvier 2015 après une campagne promettant de tenir tête à Bruxelles – on connaît la suite.

Combien de Tsipras faut-il à l’« insoumis » Mélenchon pour admettre cette réalité : l’Europe n’a été conçue et ne peut fonctionner que dans l’intérêt de l’oligarchie ; et pour abandonner l’illusion qu’on pourrait la faire tourner dans l’intérêt des peuples, alors que son but fondamental est d’aliéner la liberté de ceux-ci ?

Il continue imperturbablement de suggérer un « plan A » visant une « sortie concertée » ; et un « plan B » menaçant d’une sortie unilatérale, sortie qu’un forum européen (où Jean-Luc Mélenchon côtoie notamment... Yanis Varoufakis) caractérisait ainsi en septembre 2015 : « si l’euro ne peut pas être démocratisé, s’ils persistent à l’utiliser pour étrangler les peuples, nous nous lèverons, nous les regarderons dans les yeux et nous leur dirons : ‘essayez un peu, pour voir !’ »...

Mais dans quel monde vit l’ex-président du Parti de gauche ? Laisser entendre qu’il pourrait se dessiner une coalition européenne de gouvernements – actuels ou futurs – susceptibles de s’inscrire dans le sillage de cette « France insoumise », c’est ignorer la réalité politique et juridique de l’UE.

« L’Europe de nos rêves est morte » se désole le candidat. Il devrait revenir sur terre : les Français – les classes populaires en particulier – n’ont jamais majoritairement rêvé d’Europe. Lui-même en revanche fut un farouche défenseur du traité de Maëstricht en 1992, avant d’admettre s’être trompé ; il fut un supporter fervent de Syriza, avant de prendre quelques distances...

Admettre ses erreurs, c’est bien ; en tirer les leçons, ça serait mieux. Faute de quoi, la candidature Mélenchon risque de s’avérer plus dangereuse que toutes les autres, car elle peut réanimer des illusions que MM. Hollande, Juppé, Sarkozy et consorts ne sont plus capables – et c’est tant mieux – de porter.

Par son refus d’énoncer un objectif facilement intelligible par tous – « Frexit veut dire Frexit » pour paraphraser nos amis anglais – le vote proclamé « insoumis » pourrait bien, fût-ce involontairement, apporter une nouvelle caution « de gauche » au principe de l’intégration.

Et constituer ainsi l’ultime roue de secours de Bruxelles en déroute.

Pierre LEVY

Éditorial paru dans l’édition du 25/10/16 du mensuel Ruptures

3 Messages de forum

  • L’insoumis-chèvre mi-chou

    21 novembre 2016 15:06, par Comité Valmy

    Visiblement pas facile de trouver le candidat idéal. l’auteur trouvera toujours à redire quel que soit le candidat. Qui plus est si le candidat ouvertement de gauche peut faire plus de 10 %.
    rester dans l’opposition stérile est plus confortable que d’accéder au pouvoir et essayer de changer les choses ;
    Critiquer le seul vraiment à gauche susceptible de réunir des millions de voix fait le jeu de la droite et de Marine. même si tout n’est pas parfait, une meilleure stratégie serait de l’appuyer largement et faire valoir demain sa sensibilité pour éviter tout dérapage . Mais ça...
    Eric Bartaux

    — Envoi via le site COMITE VALMY (http://www.comite-valmy.org/) —

    • L’insoumis-chèvre mi-chou 21 novembre 2016 15:20, par Comité Valmy

      Réponse à Eric Bartaux

      Bien que le clivage gauche-droite existe toujours, il est en fait actuellement relativisé, traversé par l’affrontement entre patriotes et nouveaux collabos européistes. La ligne de fracture est en effet aujourd’hui liée à la question de l’Europe. Elle se situe entre les partisans du renoncement national et de l’Europe supranationale et les citoyens de plus en plus nombreux, qui combattent pour la reconquête de l’indépendance nationale et de la souveraineté peuple - nation nécessaires à la démocratie. Aujourd’hui celle-ci est transformée en France et en Europe, en une coquille vide. L’Union européenne est une entité dictatoriale et tyrannique. Deux camps antagonistes s’opposent en France, celui des européistes de l’UMPS/PR et de ses satellites contre celui des républicains patriotes que le Comité Valmy invite à constituer un front uni progressiste, à l’exemple du Conseil National de la Résistance dont le programme devrait être actualisé.
      Mélenchon peut-être qu’il a été formé par l’OCI trotskiste adepte du nihilisme national, dont on ne sait pas s’il s’est émancipé, ne parvient pas, malgré quelques progrès tactiques, à rompre clairement avec le camp européiste.
      Le Comité Valmy est entièrement d’accord avec cet article de Pierre Lévy et sur l’idée que « la candidature Mélenchon risque de s’avérer plus dangereuse que toutes les autres, car elle peut réanimer des illusions que MM. Hollande, Juppé, Sarkozy et consorts ne sont plus capables – et c’est tant mieux – de porter. » Faire de Mélenchon une sorte de Mitterrand – bis serait selon nous, une aventure extrêmement dangereuse.

    • L’insoumis-chèvre mi-chou 21 novembre 2016 22:35, par Comité Valmy

      Eric Bartaux dans les commentaires a écrit :

      " ...même si tout n’est pas parfait, une meilleure stratégie serait de l’appuyer largement et faire valoir demain sa sensibilité pour éviter tout dérapage."

      Mais nous avons déjà une large expérience de l’illusion qu’est : "faire valoir sa sensibilité" : enfin quoi, justement l’expérience cruelle de la Grèce montre l’échec de cette tactique !

      —  Isabelle Voltaire


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