COMITE VALMY

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L’Euro-barbare
Par Valentin Martin et Jacques Maillard

mercredi 19 octobre 2016, par Comité Valmy


Les cartes des barbaries nazie et de l’UE se superposent.

L’Euro-barbare

Certains pensent aujourd’hui que le terme de « barbare » est en France réservé à une sorte particulière de citoyens, par exemple à ceux qui kalachnikovisent d’autres citoyens occupés à siroter un apéritif en terrasse, ou à ceux qui écrabouillent des familles contemplant le bouquet final du feu d’artifice du 14 juillet, ou encore à ceux qui assassinent des journalistes et dessinateurs peu à leur goût, ou enfin pour remonter un peu loin dans le temps, à ceux qui séquestrent et torturent de jeunes gens dans les caves d’une cité (gang éponyme).

Erreur.

Et c’est l’Obs, qui nous l’apprend. Emmanuel Macron, ici, comme en d’autres domaines, a innové, en recevant à Bercy (1) un groupe de jeunes entrepreneurs baptisés les « Barbares qui veulent débloquer la France » . La barbarie ne serait-elle pas exclusivement réservée à la pègre de banlieue, et fascinerait-elle jusque dans les hautes sphères de l’économie ?

On savait depuis Nietzsche (2) que le barbare, « superbe bête blonde avide de proie et de victoire » , faisait des émules dans certains cercles littéraires et philosophiques de l’Europe, mais d’ici là le ministre de l’économie parmi les barbares tout de même ?

On savait aussi que Paul Ricoeur, celui qui a « rééduqué Macron sur le plan intellectuel » (sic), et qui avait débuté sa carrière de philosophe international dans la revue vichyssoise L’unité française (printemps 1941) et au Cercle Pétain en tant que conférencier pour les prisonniers de guerre en Allemagne, n’était pas contre une certaine nouvelle appréciation du passé. Dans Histoire et Civilisation, il écrit que les apports barbares ont constitué une « réinvention » de l’Antiquité .

Y aurait-il un charme discret de la barbarie dans les cercles de Rotschild, de Bilderberg et de l’Union européenne ? Macron « l’Européen » comme l’a baptisé la presse (Le Point, Les Echos, Challenge...) y aurait-il cedé ?

L’historien britannique Brian Ward Perkins dans la Chute de Rome, fin d’une civilisation (4) nous apprend que les historiens financés par l’Union Européenne et les Etats-Unis cherchent à peindre les invasions barbares du IV è siècle comme un progrès. Le barbare devient sous leurs plumes un « sympathique migrant » attiré par les territoires prétendument abandonnés et dépeuplés du « Bas-Empire », pour redonner vie à une société prétendument ruinée. Ces travaux, explique Perkins dans un savoureux chapitre consacré aux « Euro-barbares », visent à faire des Barbares les « précurseurs de l’Europe » .

Que chaque peuple dominant cherche à redorer le blason de ses ancêtres, comme ont pu le faire les historiens et philosophes allemands, on le comprend volontiers.

Mais les barbares, tout de même ?

Les touristes ayant un peu sillonné les routes de France gardent en mémoire la trace des flammes allumées par les Germains sur le splendide théâtre d’Orange, ils gardent en mémoire la destruction totale de la coquette ville de Glanum par les Alamands, la destruction de l’aqueduc de Nîmes et du splendide Pont du Gard par les Wisigoths. D’une manière générale, ils se souviennent peut-être de tous les édifices publics gallo-romains, thermes, bains, forum, théâtres, qui équipaient la quasi-totalité des villes de Gaule dont les murs furent détruits par les Mérovingiens pour construire, avec les pierres qu’ils n’étaient même plus capables de tailler, des sépultures.

De nombreux auteurs se sont également émus des ravages laissés par les invasions barbares. Par exemple, dans son livre Chute et déclin de l’empire romain, Gibbon s’interrogea sur les centaines de villes de la Péninsule ibérique disparues et qui existaient avant l’arrivée des barbares.

Mais au sein des cercles dirigeants de l’Europe y aurait-il une fascination secrète pour les œuvres de destruction ?

Plusieurs économistes, après Marx, ont vu dans la « destruction » l’essence même du capitalisme. Pour reproduire ses cycles, le capital a besoin que l’objet produit soit très fréquemment détruit, soit par la consommation, soit par la sur-consommation, soit par la destruction pure et simple comme c’est par exemple le cas dans les guerres. Pour progresser, l’entrepreneur capitaliste a en permanence besoin d’innover, c’est-à-dire de détruire, d’anciens produits, d’anciennes manières de consommer et d’anciennes manières de produire. Marx écrit que ce système destructeur donne naissance à des périodes de « barbarie », dans lesquelles il devient même nécessaire de détruire les forces de production, c’est-à-dire les travailleurs .

Schumpeter, lui, estime que cette destruction est « créatrice », c’est-à-dire que globalement les systèmes détruits sont remplacés par des systèmes plus performants.

C’est sur cette théorie de la « destruction créatrice » que s’appuient aujourd’hui toutes sortes de néo-conservateurs et de néo-libéraux, qui sponsorisent diverses « révolutions » politiques et économiques, notamment en Europe. Ces dernières années nous ont fourni un riche échantillon d’exemples de « destructions créatrices » dont seul l’euro-barbare a le secret.

Poussé par sa foi en divers projets révolutionnaires, « le transhumanisme », « l’économie numérique », ou « l’économie collaborative » :

- L’euro-barbare détruit les trains, mais créé des auto-bus.

- L’euro-barbare détruit les transports en commun, mais créé des taxis déréglementés, et, dans les centres villes touristiques, des pousse-pousse.

- L’euro-barbare détruit les centrales nucléaires, mais crée des moulins à vent et des poëles à bois.

- L’euro-barbare détruit les écoles, mais crée l’e-learning.

- L’euro-barbare détruit les industries, mais crée le « développement durable ».

- L’euro-barbare détruit l’art, mais crée les « cultures urbaines »...

La liste n’est pas exhaustive car l’euro-barbare prétend toucher à tous les domaines de la vie courante.

Si ces destructions sont effectivement créatrices de valeur pour les « innovateurs » concernés, elles sont durement ressenties par la majorité des Français. Dans la réalité, cette « révolution » engendre pour les travailleurs explosion du chômage, précarité, disparition des emplois qualifiés et des savoir-faire, et pour les consommateurs hausse des prix, baisse de la qualité de vie, fermeture de services publics etc.

Tout l’effort de l’euro-barbare consiste alors à présenter comme un progrès ce qui constitue une régression de civilisation, sa grande crainte étant de devenir la proie à une hostilité grandissante et généralisée.

Car, en général, le peuple n’aime guère les barbares...

Valentin Martin et Jacques Maillard
Du Bureau national du Comité Valmy

Notes

(1) http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20141219.OBS8415/quand-macron-invite-les-barbares-de-l-obs-a-sa-table.html

(2) Les barbares, écrit le philosophe allemand, « jouissent de l’affranchissement de toute contrainte sociale, ils se libèrent comme dans une jungle de tension qui résulte de leur long emprisonnement, de leur séquestration dans la paix de la communauté, ils retournent à l’innocence du fauve, comme des monstres triomphants venus peut-être d’une suite abominable de meurtres, d’incendies, de viols et de tortures, l’âme sereine et exubérante, comme s’il ne s’était agi que d’une farce d’étudiants, convaincus qu’ils ont fourni une fois de plus au poète une matière à chanter et à célébrer. Au fond de toutes les races aristocratiques, il y a à ne pas s’y tromper le fauve, la superbe brute blonde avide de proie et de victoire ; de temps en temps ce fond caché a besoin de se libérer, il faut que le fauve sorte, qu’il retourne à son pays sauvage... Ce sont les races aristocratiques qui ont laissé partout où ils sont passés le concept de « barbare », même à l’apogée de leur culture, ils en sont encore conscients et même fiers... ». (Généalogie de la Morale, 1ère partie, par. 11)

(3) « Ce sont en particulier les apports chrétiens puis les apports barbares qui ont provoqué les deux premières réinventions de l’Antiquité. Le Bas-Empire est une première synthèse. La féodalité en est une autre où le monde barbare apporte un élément tout nouveau. (Histoire et civilisation, Le chrétien et la civilisation occidentale)

(4) Ward Perkins, La chute de Rome, la fin d’une civilisation, Ed. Alma, 2014, Oxford, p.290.

(5) « Dans ces crises, une grande partie, non seulement des produits déjà créés, mais encore des forces productives existantes est livré périodiquement à la destruction. Une épidémie sociale éclate qui, à toute autre époque, eût semblé absurde : l’épidémie de la surproduction. Brusquement la société se voit rejetée dans un état de barbarie momentanée ; on dirait qu’une famine, une guerre de destruction universelle lui ont coupé les vivres... » Le manifeste communiste, Pléaide, p. 167

(6) Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, Payot, Londres, 1990, chapitre « La destruction créatrice »


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