COMITE VALMY

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L’euroscepticisme,
la nouvelle normalité européenne
Par Gareth Harding

mardi 9 août 2016, par Comité Valmy


L’euroscepticisme,
la nouvelle normalité européenne.

Si l’euroscepticisme n’était qu’une maladie britannique et le vote du Royaume-Uni pour quitter l’Union son remède – comme le correspondant de Libération, Jean Quatremer, le suggérait dans un article récent – alors la bande des adeptes de l’UE pourrait dormir confortablement en sachant que la contagion anti-européenne reste maîtrisable.

Malheureusement pour eux, l’hostilité britannique envers l’UE a déjà contaminé le continent où l’euroscepticisme est maintenant devenu une nouvelle normalité.

Une enquête auprès de 10 États de l’UE par le Pew Research Center, publiée mardi 7 Juin, suggère que 51 % des citoyens de l’UE ont une opinion favorable de l’Union et 47% défavorable. Cela montre que près de 70 ans après sa création, de nombreux Européens ont d’énormes doutes quant à savoir si l’UE est capable de fournir la paix et la prospérité qu’elle a promis.

Au lieu de rejeter ces doutes – comme le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, l’a fait le mois dernier quand il a dit « celui qui ne croit pas en l’Europe, qui doute de l’Europe, celui qui désespère de l’Europe, devrait aller visiter les cimetières militaires européens » –, les dirigeants européens devraient écouter le cri de désespoir des peuple qu’ils sont censés représenter.

En ce qui concerne les différents pays, la Grèce – sans surprise étant donnée la façon sordide dont elle a été traité par ses partenaires de l’UE – est de loin le pays le plus hostile, avec 71 % des sondés ayant une opinion défavorable de l’Union.

L’État suivant le plus eurosceptique des 10 nations interrogées – qui représentent ensemble plus de quatre cinquième de la population et du PIB de l’UE – n’est autre que la France, membre fondateur de l’Union européenne et moteur de l’intégration européenne, tant saluée par Quatremer dans son article exhortant les Britanniques à quitter le club européen. Environ 61 % des Français sont mécontents de l’UE et seulement 38 % en ont une opinion positive, en baisse de 17 points par rapport à 2014.

Alors que les Britanniques restent plus eurosceptiques que la plupart, ils ne sont pourtant pas loin de la moyenne, avec 44 % ayant une opinion favorable de l’UE et 48 % une opinion défavorable. Ces chiffres sont presque identiques à l’Allemagne et aux Pays-Bas – deux autres membres fondateurs de l’UE – et l’Espagne, où le soutien à l’Union a baissé de 15 points dans les deux dernières années.

Ceux raillant les pays d’Europe centrale et orientale pour leur manque de valeurs européennes pourrait être intéressés par le fait que l’Union européenne semble être la plus populaire dans les deux seuls États post-communistes interrogés, la Pologne et la Hongrie.

La raison pour laquelle l’UE est si impopulaire et la question de savoir pourquoi il est si difficile de persuader les Anglais de rester des membres du club tient au fait que l’Union échoue sur les deux sujets les plus importants pour la population européenne, l’immigration et l’économie.

Dans tous les pays étudiés, une majorité écrasante des répondants ont dit qu’ils étaient mécontents de la gestion de la question des réfugiés en UE – avec 94 % des Grecs, 88 % des Suédois et 77 % des Italiens qui désapprouvent. L’approbation la plus élevée vient des Pays-Bas avec 32% de la population soutenant la politique migratoire européenne.

En ce qui concerne les questions économiques, seulement 6 % des Grecs, 22 % des Italiens et 27 % des Français approuvent la gestion économique de l’UE. L’Allemagne et la Pologne sont les deux seuls pays où plus de gens approuvent qu’ils ne désapprouvent les politiques économiques de l’UE.

Ces chiffres sont un acte d’accusation accablant pour une Union ayant échoué vis-à-vis de son peuple sur les questions qui lui importent le plus. En effet, si l’UE avait été un gouvernement, il aurait déjà été viré il y a longtemps.

Oubliez la réduction des frais de roaming et les subventions aux étudiants voulant passer un semestre à l’étranger, les électeurs européens sentent avec raison que si l’UE ne peut pas résoudre les problèmes majeurs auxquels ils sont confrontés, alors les partis pro-européens ne méritent pas leurs votes et l’on ne devrait pas accorder plus de pouvoir à l’UE.

En effet, moins d’un citoyen sur cinq (20%) pense que les gouvernements nationaux devraient transférer plus de pouvoirs à l’UE, alors que 42 % estiment que certains pouvoirs doivent être rendus aux capitales nationales.

Cela met l’Union face à un paradoxe – tout le monde reconnait que pour que l’euro fonctionne, une union fiscale, économique et politique réelle est nécessaire. Mais cela impliquerait un transfert massif de pouvoir des capitales nationales vers Bruxelles – alors que les Européens y sont totalement opposés.

Les dirigeants européens font donc face à un choix douloureux : forcer l’union politique et risquer une réaction brutale de la part des électeurs et peut-être un éclatement du bloc en noyaux durs et mous, ou continuer à patauger et risquer la désintégration progressive des projets les plus chers de l’Union comme l’espace Schengen et l’euro.

Comme le sondage le suggère, il y aurait une troisième voie, le retour de certains pouvoirs aux gouvernements nationaux. Cela pourrait impliquer le démantèlement de l’euro, qui n’a apporté ni la croissance ni l’emploi promis et a déchiré les nations européennes plutôt que de les réunir. Ou il pourrait signifier la rétrocession aux capitales du droit à établir les budgets nationaux et de garder les frontières – deux des fonctions les plus élémentaires de tout État souverain.

Dans un club qui ne conçoit pas de marche arrière, dont la solution à tous les problèmes est plus d’Europe, et qui a une vue résolument déterministe de sa progression future vers une union sans cesse plus étroite, l’idée de moins d’Europe est un anathème. Mais quel que soit le résultat du référendum britannique, c’est une option que les dirigeants européens devront examiner si l’UE veut survivre.

Gareth Harding
– Le 9 juin 2016 – Source EU Observer

Traduction : le saker francophone


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