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Les risques d’une crise internationale en août 2016 - par Samir Saul, Professeur d’histoire à l’Université de Montréal et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERIUM)

lundi 11 juillet 2016, par Comité Valmy


Photo : Vanderlei Almeida Agence France-Presse

Exercice de sécurité au Village olympique de Rio. Ces dernières années, on a vu des points de tension se transformer en conflits en période de… Jeux olympiques.

Les risques d’une crise internationale en août 2016

Il est des moments propices à l’éclatement de crises internationales. Aux causes latentes se joignent les circonstances particulières. Ces dernières années, on a vu des points de tension se transformer en conflits en période de… Jeux olympiques. Pour qui veut passer à l’offensive, la kermesse sportive procure une diversion idéale.

Géorgie et Ukraine

Qu’on y pense : une guerre se déclare en Géorgie le 7-8 août 2008, jour de l’ouverture des Jeux de Beijing, et un conflit majeur est déclenché en Ukraine le 22 février 2014 à la fin des Jeux de Sotchi. L’adrénaline monte-t-elle aux frontières de la Russie à l’unisson de celle sécrétée dans les stades ? Plus vraie serait la reconnaissance que les coups de force bénéficient d’un meilleur camouflage quand les regards sont tournés ailleurs.

En Géorgie, un président, homme lige des États-Unis mis en selle par une « révolution colorée », lance l’assaut en Ossétie du Sud et se retrouve dans un face à face désastreux avec une Russie décidée à ne plus plier l’échine. En Ukraine, l’attention étant fixée sur Sotchi, les protestations à Maidan prennent un tour violent, avec l’apparition de formations paramilitaires et de tireurs embusqués, artisans d’un coup d’État au profit de courants russophobes.

Jeux olympiques et jeux guerriers

Les Jeux de Rio (5 au 21 août 2016) se dérouleront dans un contexte de pressions exercées contre la Russie et qui vont en crescendo. Bruits de bottes, cliquetis des armes, démonstrations de force dans la mer Baltique, exercice militaire d’une ampleur sans précédent par 24 pays aux portes de la Russie, positionnement de forces d’action rapide, mise en place de dépôts d’armes offensives et de systèmes antimissiles facilitant une première frappe, le tout au mépris de l’Acte fondateur conclu en 1997 par la Russie et l’OTAN.

Le branle-bas s’accompagne d’insistants procès d’intention alléguant une agression russe appréhendée et une invasion prochaine des pays baltes, « The Russians are coming », disait-on aux États-Unis à l’époque de la guerre froide. Faire peur et se faire peur pour arriver à ses fins sont des méthodes éprouvées. Tout ce qui est russe est sous-entendu comme menaçant. Il n’est pas jusqu’aux partisans russes de football aux prises avec des hooligans éméchés à Marseille qui ne sont affublés du qualificatif de « terroristes », sans doute faute de pouvoir les présenter comme l’avant-garde des blindés de Poutine dans l’invasion imminente de l’Europe.

Cette semaine se réunit à Varsovie un sommet de l’OTAN pour entériner le déploiement de forces de combat à la frontière russe et leur stationnement permanent dans les pays limitrophes. Après l’intégration dans l’OTAN des pays de l’ex-pacte de Varsovie, c’est le changement le plus important depuis la fin de la guerre froide. Américain, britannique et canadien, trois des contingents-fer de lance font revivre le bon vieux temps de la famille « anglo-saxonne ». Le Canada aura l’insigne honneur de se retrouver aux avant-postes de l’affrontement avec la Russie. Le quatrième contingent est allemand : fâcheux symbole que de faire traverser la Vistule à des troupes allemandes pour les camper à la lisière de la Russie 75 ans après Barbarossa.

Chercherait-on délibérément noise aux Russes qu’on ne pourrait faire mieux. La pente vers les conflits est lubrifiée de « dissuasion » provocatrice, d’hystérie calculée, de paranoïa autoréalisatrice. C’est peu dire que la Russie ne débouche pas la vodka pour accueillir ces nouveaux voisins armés. Doit-on rappeler qu’elle est une puissance nucléaire dotée d’un arsenal atomique équivalent à celui des États-Unis ?

Une conjoncture inquiétante

Deux autres facteurs pointent vers une intensification de l’orientation antirusse. Le premier est américain. Dans la désespérante campagne présidentielle entre Trump-la-xénophobie et Clinton-la-guerre, le premier peut exploiter les attentats et l’islamophobie, la seconde les tensions internationales et la russophobie. Les soutiens néoconservateurs de Clinton n’hésiteraient pas à lui fournir une crise, idéalement avec la Russie. Le second facteur est européen. L’un des buts de l’acharnement américain contre la Russie est de creuser un fossé entre elle et l’Europe. Rompre les liens naturels de complémentarité menant à un ensemble économique eurasien empêche l’Europe de se soustraire à la tutelle américaine et aide à l’enserrer dans un ensemble transatlantique. La diabolisation de la Russie est en partie une politique de subordination de l’Europe. Fragilisée par Brexit (et peut-être d’autres « exits » à venir), celle-ci semble encore plus à la merci de la politique antirusse des États-Unis.

Des événements qui seraient aussitôt mis sur le dos de « la Russie de Poutine » ne sont donc pas à exclure le mois prochain. Sans tirer la sonnette d’alarme, on serait bien avisé de rester attentif à une conjoncture qui présente de troublantes analogies avec 2008 et 2014. S’il est avéré que l’histoire ne se répète pas, il ne l’est pas moins qu’elle admet les emprunts.

7 juillet 2016
Samir Saul - Professeur d’histoire à l’Université de Montréal et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERIUM)


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