COMITE VALMY

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Des tortures de la CIA au rapport Chilcot :
la technologie en guise de démocratie
par Karine Bechet-Golovko

vendredi 8 juillet 2016, par Comité Valmy


Des tortures de la CIA au rapport Chilcot :
la technologie en guise de démocratie

Le Royaume-Uni vient de sortir un rapport accablant sur l’incongrüité des interventions britannique et américaine en Irak. Ce rapport sort lorsqu’il ne présente plus aucun danger, ni intérêt, puisque chacun est au courant. Un peu comme le rapport sur l’utilisation de la torture par la CIA. Et ces rapports n’ont eu aucunes réelles conséquences ni juridiques, ni politiques. Ils n’ont rien changé de fondamental. Ils entrent simplement dans une technologie de parodie démocratique, par ailleurs fort bien construite.

Le rapport Chilcot est censé apporter la paix dans les foyers britanniques, justice est faite. Amen. Revenons un peu sur la chronologie de cette parodie grotesque.

Le 24 septembre 2002 est publié un rapport rapidement très controversé sur la composition de l’arsenal irakien.

Suite à cela, l’intervention en Irak commence en mars 2003 au son de Venez sauver le Monde d’une guerre chimique que s’apprête à lancer Saddam Hussein, même si l’intéressé n’était manifestement pas au courant de ces/ses intentions.

En 2004, les journaux anglais dévoilent la tentative faite par le nouveau chef du MI6, John Scarlett, de truquer le rapport du groupe de surveillance sur l’Irak, faisant attribuer à ce pays des armes de destruction massive qu’il n’a jamais possédé.

Selon ce membre de l’ISG, John Scarlett affirmait dans son courriel que le régime de Saddam Hussein avait un programme secret de développement du virus de la variole, des laboratoires mobiles permettant de développer des armes chimiques et un dispositif permettant de tester une arme nucléaire.
"Tout ce que Scarlett voulait que nous ajoutions était basé sur de vieux documents que nous avions patiemment décortiqués et qui s’étaient révélés faux",

Et de continuer :

A l’époque où il a envoyé ce courrier électronique, John Scarlett était encore chef du Comité conjoint des services de renseignement britanniques, le JIC, un organisme chargé de servir d’interface entre les différentes agences de renseignement britanniques et les services du Premier ministre à Downing Street.

Ensuite, il est devenu chef du MI6, sa tâche a donc été facilitée. Et pour cause :

Selon un reportage de la BBC du 29 mai 2003, le gouvernement de Tony Blair avait insisté pour rendre ce document "plus sexy", pour le "gonfler", et ce contre l’avis de plusieurs membres des services de renseignement.

Finalement, tout était donc connu en 2004. Mais il a fallu attendre 2009 pour qu’un rapport officiel soit demandé.

En 2010 à nouveau tout est répété, tout est clair.


L’invasion, le 20 mars 2003, de l’Irak par la coalition menée par les États-Unis fut en effet une immense partie de poker menteur qui se solda par plusieurs centaines de milliers de morts. Dix ans plus tard, le bilan fait honte à une bonne partie des Américains eux-mêmes. L’Irak est loin, très loin, d’être cette démocratie rêvée par George W. Bush et ses éminences grises, ces néoconservateurs qui se refusent toujours à lever le voile sur les coulisses de ce conflit : le vice-présidentDick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld ou bien son secrétaire adjoint Paul Wolfowitz…

Pas de liens entre l’Irak et Al-Quaïda, même selon Condolezza Rice, mais la CIA lance l’idée fausse d’une association entre Hussein et Ben Laden. En 2010, déjà, on peut lire toutes ces conclusions dans la presse. Il ne reste pas grand chose de caché.

Pourtant, il a fallu attendre 7 ans pour que ce rapport soit réalisé. Evidemment, tout ce qui était déjà connu de chacun ne sera que confirmé.

En mars 2003, il n’y avait pas de menace imminente de Saddam Hussein

Autrement dit, la coalition menée par les Etats Unis et la Grande Bretagne ont envahi illégalement un pays qui ne présentait pas une menace pour la communauté internationale, sans mandat de l’ONU. De fait, ils ont destabilisé durablement toute la région, causé la mort de centaines de milliers de personnes, détruit des pays et favorisé le développement de terrorisme contre lequel il nous faut lutter aujourd’hui.

Cela rappelle le fameux et fumeux rapport des Etats Unis sur les tortures commises par la CIA sorti en décembre 2014. Il est difficile de dire que ce rapport faisait le jour sur des pratiques que nuls ne connaissaient, je n’aurai pas assez de temps pour faire la liste même des films américains normalisant ces pratiques dans l’esprit public. Il ne restait que les naïfs et les agents pour encore soutenir le contraire. Finalement, ce rapport aura été détruit "par erreur" :

L’un de ses employés aurait supprimé "par inadvertance" l’unique copie détenue par l’agence du rapport du Sénat sur les techniques de torture qu’elle mettait en œuvre lors de ses interrogatoires. (...) Les "accidents" se sont poursuivis après la disparition de la version électronique du document. Le même employé a détruit, également "par inadvertance", tout un disque dur où avait été conservé le rapport.

Décidemment, quelle malchance ...

Peu importe, le jeu démocratique a été joué, mais aucunes conséquences ne doit avoir lieu. C’est le principe de cette technologie. Contenter l’opinion publique en sauvant les apparences, faire quelques mea culpa qui n’engagent en rien et continuer son travail.

Ces rapports n’ont finalement aucun intérêt s’ils ne sont pas utilisés - et ils ne le seront pas. C’est de la mise en scène. Il serait tellement plus intéressant aujourd’hui de faire un rapport officiel de quelques milliers de page sur le soutien apporté par les Etats Unis, l’OTAN et la "coalition démocratique" aux groupes terroristes en Syrie ou aux extrémistes en Ukraine. Mais un peu de patience, dans une dizaine d’années, lorsque l’intérêt stratégique sera déplacé ailleurs, une commission se mettra en place, mènera une enquête qui n’apportera rien de nouveau et vous révèlera ce que vous savez déjà. Alors, vous vous inquiéterez de massacres commis ailleurs, d’atrocités nouvelles, et cela ne vous perturbera pas plus que le temps d’un long soupire. La démocratie sera sauve.

Amen.

Karine Bechet-Golovko
jeudi 7 juillet 2016

Russie politics


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