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Inondation à Draguignan - Denis Gorteau

lundi 21 juin 2010, par Comité Valmy

De Draguignan, le témoignage et l’appréciation de notre ami Denis Gorteau à propos de l’inondation de la région.

Voir en ligne : entretien avec Jacques Blamont (membre du CNES, auteur)

Draguignan après l’inondation

1. Mon récit des évènements

Tout a débuté mardi 15 dans l’après-midi : j’étais au collège quand les pluies ont redoublé. Malgré une alerte météo dite « orange » je ne me suis pas inquiété, mais vers 15h30 le Principal a annoncé que les élèves étaient libérés et qu’on attendait les parents car les bus scolaires ne circulaient déjà plus.

Mais vers 17h00 que faire ? Il restait encore des élèves à encadrer (il en restera 7 pour la nuit) : des collègues ont filé et sont passé, mais d’autres ne pouvaient déjà plus atteindre le haut Var alors même que la situation à Draguignan était floue. Aux Arcs la situation était déjà catastrophique, tout le centre inondé…

Vers 17h30 nous sommes partis en convoi vers Draguignan, tout se passa bien jusqu’à l’arrivée de la ville où un bouchon nous a bloqué, c’est alors qu’un minuscule cours d’eau a gonflé et a charrié des voitures vers un torrent de plus en plus violent. Sur les conseils d’un inconnu qui courait en sens inverse j’ai intimé l’ordre aux collègues de faire demi-tour et de nous garer au plus haut. Une fois cette chose faite nous nous sommes réfugiés chez un ami qui habitait non loin. Tout ça sous une pluie battante et avec des portables en dérangement vu le nombre d’appel et les pannes de réseaux. En parallèle plusieurs camions de pompiers arrivaient avec des barques à moteur. Il y aura en tout 3 000 secouristes de la moitié sud de la France.

Sans électricité nous avons passé la nuit là-bas, j’ai dormi par terre en me demandant comment allaient finir nos véhicules…

Au petit matin la pluie a cessé et la décrue s’était amorcé, mais les dégâts près du torrent étaient énormes, un classique des inondations. Nos voitures étaient saines et sauves, garées en sécurité juste avant l’axe de l’inondation qui a ravagé des dizaines de véhicules. En fait, toute la partie basse de Draguignan a été touchée, surtout la zone économique bâtie sur du plat.

Nous avons décidé de retourner au centre à pied puis en voiture vu que les axes n’étaient pas très fréquentés. Je me suis garé au centre et j’ai continué à pied jusque chez moi. J’ai même du passer par les bois pour arriver à mon domicile il n’y avait raucun dégât.

Mais en remontant j’ai constaté les dégâts dans la zone industrielle, tout est atteint y compris la prison, évacuée.

Les villages du Muy, les Arcs, Trans sont très touchés. Aux Arcs la place du village a été soulevée par un torrent souterrain. Bref, une mini catastrophe qui m’a fait mené une vie de demi réfugié, surtout avec la quête de l’eau potable ou encore pas mal de déplacements à pied.

2. Causes d’un désastre

Le centre var en général et la Dracénie en particulier sont des zones tranquilles. Des îlots de Provence presque authentique en retrait d’une côte passablement bétonnée du côté de Toulon.

Draguignan c’est à peine plus de 40 000 habitants avec autour des villages peu peuplés comme Le Muy sur la N7 ou encore Trans-en-Provence, Taradeau, Les Arcs, etc. Bref, un tissu urbain léger qui est aux antipodes de la surpopulation des Alpes-Maritimes voisins ou même des concentrations touristiques de la côte varoise (Carqueiranne, Saint Tropez…).

Pourtant l’inondation du mardi 15 juin 2010 restera dans les mémoires par le nombre de ses victimes (sans doute plus de 30) et par l’ampleur des dégâts qui ont littéralement ravagé la zone économique de la ville ou encore le centre des Arcs, des dizaines de villas étant noyées vers Fréjus, sans compter les centaines de véhicules emportés ou endommagés…

On retrouve là un désastre digne de celui qui a touché Vaison-la-Romaine (Vaucluse) en 1992 avec 40 morts. Pourquoi un tel bilan et une telle catastrophe si soudaine ? Dans les deux cas des pluies inhabituellement fortes ont convergé dans les rares axes où l’eau pouvaient s’écouler. Négligé depuis des décennies les ralentisseurs naturelles des crues (forêts, berges, etc.) n’ont pas joué leur rôle ancestral et les berges du cours d’eau d’ordinaire si tranquille ont été mités d’habitations, cibles faciles d’une crue inhabituelle…

De plus, depuis les années 1970 le sud français attire. Des milliers de néo-provençaux viennent prendre leur retraite dans le sud-est et n’ont aucune connaissance des sites et de leurs risques. Elevés dans le mythe du pavillon individuel ils achètent tout et n’importe quoi et ne redoutent aucunement les rez-de-chaussée. A Draguignan au moins deux personnes sont mortes dans les « Florentines » une charmante résidence toute neuve où l’eau a noyé entièrement les plus bas niveaux…

Le sud-est de la France, maison de retaite de l’Europe des nantis...

Même peu peuplé le centre var a accueilli des milliers de nouveaux habitants incapables de se loger sur la côte. Les prix de l’immobilier ont flambé et les « programmes neufs » se sont multiplié pour accueillir cette nouvelle population forcément peu habituée aux risques locaux (inondation mais aussi incendies…).

A des précipitations d’une intensité inconnue depuis 1827 (sic) il faut donc rajouter un urbanisme peu conséquent et programmé sur le moyen terme, soit généralement 10 ans (durée de la garantie décennale). Le centre de Draguignan ou des autres communes victimes étant saturés, les nouveaux habitants nichent sur les collines ou encore dans les zones plates à proximité des cours d’eau peu ou pas surveillés.

La gestion de Draguignan est digne des communes voisines, des équipes locales favorisent assez logiquement le moyen terme et cherche à loger le plus d’habitants possibles. Les liens entre les PME du bâtiment local et les maires ne sont plus à démontrer. Sans tissu industriel épais le bâtiment est la seule activité qui active la Dracénie. Se remettant péniblement du départ de la préfecture dans les années 70, Draguignan a lentement remonté la pente en s’étendant par et pour le béton, tout ça sur fond de mignon décor provençal…

Aujourd’hui les espaces construits depuis les années 70 sont les premiers à avoir été balayés par la vague…

2. Demain

Reste à savoir quoi faire à présent ? Est-il envisageable de rentre les espaces risqués inconstructibles ? Ce fut le cas à Vaison-le Romaine. Mais plus grande et vivant de cette zone économique Draguignan ne pourrait s’en passer. On retombe sur la question des « zones noires » vendéennes, jamais touchées et pourtant ravagées… La zone inondée est d’ailleurs le seul espace plat du secteur, c’est là qu’on a bâtit une maison de retraite, la prison, une clinique et des dizaines d’habitations individuelles ou collective… Au XIX°s on n’y trouvait que des vignes ponctuellement inondées !

Ailleurs, les villages touchés l’ont été en plein centre, les contreforts des collines jadis cultivés étant bétonnés, les eaux ont convergés vers les centres bâtis au XIX°s, seuls les très vieux centres médiévaux ont été épargnés car perchés.

Reste les solutions habituelles face au risque d’inondation : le contrôle, l’aménagement et l’entretien des berges. Draguignan et les communes voisines étaient visiblement négligentes en la matière. Que faire désormais dans les zones inondées ?

L’argent manque dans cette région sans grosses activités économiques. La commune de Draguignan est même très endettée à cause de ses revenus modestes et de par une gestion calamiteuse au début des années 80. Et la rigueur sarkozienne ne va rien arrangé ! La commune et ses voisines ne pourront guère financer des travaux proportionnels à l’ampleur des dégâts et une logique prudence nouvelle freinera sensiblement l’augmentation de la population, dès lors sur quelles ressources pourra compter la ville ? Si on prend en compte le risque des inondations la ville n’est-elle pas tout simplement surpeuplée ? A Vidauban, commune voisine, le nouveau collège a même été construit en zone partiellement inondable faute de place.

De plus, si le réchauffement climatique se confirme ce type d’évènements se multipliera. L’Europe actuelle est déjà très touchée par des accidents météorologiques « centenaires » (Espagne en 2009, Pologne en 2010, etc.).

Surpopulation d’espaces encaissés et fièvre immobilière mettent en danger des milliers de gens qui sont alors directement menacés en cas de confluence des évènements rares (forte précipitations et mauvaise gestion du risque).

En Dracénie c’est la fin d’une époque, celle de la croissance tranquille en retrait de la côte d’Azur, la fin de l’insouciance de néo-provençaux séduits par la douceur locale. Que se passera-t-il demain ? Un exode de la population et la ruine de la ville ou la poursuite du peuplement y compris là où c’est dangereux ?

VIDEO crue aux Arcs sur Argent


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