COMITE VALMY

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Source : RIA Novosti

La diplomatie a l’éprevue de l’Iran - par Dmitri Kossyrev

lundi 24 mai 2010, par Comité Valmy

"Moscou et Pékin ont réussi à trouver un terrain d’entente avec les États-Unis et d’autres membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU quant au léger durcissement des sanctions contre l’Iran à propos de son programme nucléaire"... Nous dit Monsieur Kossyrev.

Ce constat peut être ressenti comme étant inquiétant et ambigu.

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a critiqué l’attitude des grandes puissances envers l’accord nucléaire conclu avec l’Iran, condamnant les plans d’adoption de nouvelles sanctions contre Téhéran actuellement à l’étude à l’ONU.

"D’aucuns ne veulent pas que l’Iran accepte la proposition qu’ils avaient eux-mêmes avancée (…). Celle-ci a cessé de leur plaire", a estimé jeudi le numéro un brésilien à l’issue d’une tournée internationale.

Selon M.Lula da Silva, l’accord avec l’Iran sur l’échange de combustible nucléaire représente "un progrès incroyable". "La vérité réside dans le fait que l’Iran, qui a été présenté au monde comme un mal qui refuse de négocier, s’est mis à la table des négociations", a déclaré le président brésilien.


Monument de la Liberté - Téhéran

Par Dmitri Kossyrev, commentateur politique pour RIA Novosti 24/05/2010

Moscou et Pékin ont réussi à trouver un terrain d’entente avec les États-Unis et d’autres membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU quant au léger durcissement des sanctions contre l’Iran à propos de son programme nucléaire. Cet événement est d’autant plus intéressant qu’il coïncide pratiquement jour pour jour avec une date anniversaire. En effet, il y a quatre-vingt dix ans, le 20 mai 1920, la Russie et l’Iran concluaient un accord de reconnaissance mutuelle. Jour mémorable.

Si l’on observe les événements survenus ultérieurement dans le domaine des relations entre la Russie et l’Iran, on arrive à la conclusion plutôt étonnante que presque chaque date anniversaire ressemble à l’actuelle. Cela donne l’impression que l’Iran est pour notre diplomatie une épreuve envoyée par les forces célestes afin de la fortifier et de lui donner une leçon à tirer. Cela vaut aussi, apparemment, pour notre société.

Mais parlons d’abord de l’accord en question : il avait été conclu afin d’instaurer un pouvoir soviétique à Bakou en Azerbaïdjan à un moment précis, et le commerce iranien exigeait de la part des autorités de lui laisser les mains libres. L’Iran a reçu de la part de son nouveau partenaire de Moscou un cadeau inattendu, dès 1917 : l’accord sur la division de la Perse (Iran) a été rompu et détruit par la nouvelle Russie. Après l’accord du 26 février 1921, la Russie a signé un contrat avec l’Iran, selon lequel elle renonçait solennellement à toute trace matérielle de la colonisation russe de l’époque de la monarchie. Les traces matérielles, ce sont les ports, les routes, les banques et bien d’autres choses encore. Et si l’Angleterre, l’acteur principal en Iran, éprouvait quelque chose à l’égard de Lénine et de Trotsky, ces tendres sentiments ont disparu à la suite d’une telle action de propagande anticoloniale.

Mais vingt ans plus tard (date ronde), l’Iran refusait de coopérer avec l’Allemagne hitlérienne. C’est alors qu’en 1941 l’Iran est devenu une base utilisée pour la préparation des opérations en direction du Caucase et le regroupement des armements importés, le pays regorgeait d’espions. En 1941, la Russie se voit obligée d’occuper l’Iran de pair avec son ennemi juré, l’Angleterre. C’est la raison pour laquelle la fameuse conférence de novembre-décembre 1943 a eu lieu en Iran, quand la coalition antihitlérienne a été constituée de façon pratique.

Il est difficile d’admettre que, suite à tous ces événements, la Russie est devenue la meilleure amie de l’Iran. Voilà que vingt ans après cet accord la Russie et l’Iran se retrouvent à nouveau opposés de part et d’autre de toute ligne de démarcation possible. Au lieu de conclure un accord d’amitié et de non-agression avec l’URSS, l’Iran signe un accord similaire avec les États-Unis, un accord franchement militaire. La rupture avec la Russie semble alors proche. Quand la situation est devenue critique en 1962 - c’était l’époque de la crise cubaine et de la diplomatie de Khrouchtchev -, l’Iran a refusé d’héberger sur son territoire des bases de missiles américains et de permettre de mener une agression contre l’URSS via son territoire. Bref, si vous aimez les montées d’adrénaline, menez des négociations avec l’Iran...

Par la suite tout s’est arrangé. De nouveau la date anniversaire approche (1980) mais l’Iran avait changé après la révolution un an déjà auparavant, et l’URSS est devenue le « petit Satan » occupant la deuxième place derrière le « grand », c’est-à-dire les États-Unis. C’était le signal que le monde bipolaire est en train de disparaître. Ce genre de choses ne se remarque que de loin, mais avec l’Iran il a fallu tout recommencer à zéro.

La date anniversaire approche de nouveau (1990) quand l’Iran condamne à mort l’écrivain britanno-pakistanais Salman Rushdie pour son roman antimusulman Les versets sataniques. Or maintenant l’autre pays est maintenant de notre côté de la frontière, et la condamnation à la peine de mort pour une œuvre littéraire, apparu partiellement en URSS précisément en 1990, a vraiment déplu ici à un très grand nombre de gens.

Les événements de 2000 sont tout autant intéressants. Cinq ans avant, la Russie avait rompu tout contact militaire avec l’Iran (conformément aux accords Gore – Tchernomyrdine) mais quand, en 1999, la guerre éclate en Yougoslavie, Moscou connaît aussi des changements. Le maréchal Sergueïev se rend à Téhéran et signe un accord sur le rétablissement de la coopération militaire et technique.

Il ne nous reste qu’à s’exclamer, comme disait l’écrivain Gaïdar : « Quel pays, quel pays étonnant ! ... », pays avec lequel tout va toujours de travers. Comme, par exemple, dans la situation actuelle, où Moscou a protégé pendant des années l’Iran des assauts des anciennes administrations américaines au risque de s’attirer des ennuis. Or, l’ennui principal, au moins pendant le mandat de George Bush, aurait pu être la perspective d’une guerre irano-américaine, autrement dit une catastrophe géopolitique en mer Caspienne et en Asie centrale. Tout le reste était secondaire. Aujourd’hui la situation est différente et l’Iran semble faire exprès de se créer le plus de problèmes possible.

Mais revenons à la citation de l’écrivain. Il est possible que le fond du problème soit précisément lié à ce pays étonnant. Premièrement, les relations diplomatiques, en d’autres termes, les relations entre les diplomates, entre les secrétaires généraux, entre présidents et shahs. Deuxièmement, ce qui compte, c’est le pays lui-même, l’Iran, vieux pays. C’est un pays réellement étonnant et l’avenir de nos relations ne se fera qu’en passant outre les subtilités des relations entre leurs gouvernements. Nous vivons dans une ère de relations entre peuples, et non plus seulement entre États.

C’est alors que la société russe découvrira beaucoup de choses intéressantes. Par exemple, que l’Iran est l’une des trois civilisations les plus anciennes avec l’Inde et la Chine, à avoir existé sans discontinuer. L’Iran existait déjà en 3000 av. J.-C. quand l’Europe était calme et vide. Pour cette raison un voyage touristique en Iran est un grand bonheur et en général les relations avec la population d’une culture ancienne diffèrent beaucoup de celles qu’on peut avoir avec des pays à l’histoire récente. Les Iraniens ont contribué à l’émergence des religions du monde. Ils ont créé un système de division administrative et de secteurs d’activité. De plus, nulle part ailleurs on n’a pu observer une telle concentration de poètes aussi talentueux dont les traductions, oui, sont en vente. Pour terminer, les perruques longues jusqu’à la taille et autres innovations à la mode du temps de Pierre Ier faisaient assez bon effet. Quant à la tenue vestimentaire plus ancienne, quelle qu’elle fût, curieusement elle était désignée unanimement d’un mot persan : kaftan, sarafan (une robe d’été) ?

Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur.


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