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Source : HORIZONS le blog de Malakine

Emmanuel Todd, l’hibernatus du protectionnisme européen - par Malakine

jeudi 13 mai 2010, par Comité Valmy


Il fût un temps où Emmanuel Todd ironisait sur le pessimisme culturel de ses anciens amis, les nationaux-républicains auxquels il reprochait leur posture nostalgique et purement réactionnaire, incapable de proposer un débouché politique, faute de s’être converti à la thèse du protectionnisme européen.

Aujourd’hui, on est en droit de se demander s’il n’encoure pas le même reproche à force de répéter en boucle la même profession de foi depuis des années sans être capable de la moindre actualisation au regard de la progression de la crise.

Son analyse de la situation économique et sa doctrine qui n’a pas évolué d’un millimètre depuis des années est en voie de fossilisation, au point de pouvoir désormais être reprise par n’importe quel représentant de la gauche ou de la droite molle, y compris probablement par Sarkozy lui-même !

Comme il semble loin le temps où Emmanuel Todd apparaissait comme un prophète qui avait toujours 10 ans d’avance sur la compréhension des évènements …

Emmanuel Todd vient en effet de publier avec son ami Hakim El Karoui dans La Tribune un texte d’une monumentale faiblesse conceptuelle intitulé « L’Europe la Burqa et la crise »

Je passerais rapidement sur la dénonciation de toutes les formes d’ennemis intérieurs qui servent de boucs émissaires ou d’échappatoires pour éviter de parler des vrais sujets et en particulier de l’absence de stratégie économique des pays européens en général et de la France en particulier. Je partage en effet totalement ce point de vue. L’analyse n’a rien de nouveau chez Todd et on peut lui reconnaître d’avoir su nous alerter très tôt sur le danger de l’ethnicisation des rapports de classe, l’instrumentalisation des banlieues ou la montée d’une islamophobie bien pensante et de plus en plus ouvertement décomplexée.

Le texte commence à poser problème dès le premier paragraphe consacré à l’économie, lorsqu’il érige le jugement des marchés financiers comme le juge suprême des politiques publiques : « Le vrai problème, les marchés l’ont bien vu, est simple : l’Europe n’a pas de modèle de sortie de crise » Avec le même type de raisonnement, on peut tout aussi bien aboutir à la conclusion, comme le font tous les chroniqueurs de Slate.fr ou du Monde que les Etats providences sont hypertrophiés, que les Etats sont trop endettés, ou que les pays émergents sont plus compétitifs en raison de salaires plus faibles. Cela aussi, les marchés « l’ont bien vu » !

On lit ensuite l’affirmation plutôt surprenante que le « saint marché » s’attaque désormais au totem national qu’est l’Europe. Pourtant, à ce que l’on sache, aucune des institutions communautaire ni aucune politique commune n’est actuellement mise en défaut. La commission reprend du poil de la bête avec la cagnotte du fond de sauvetage qu’elle aura à gérer. La BCE n’a jamais eu un rôle aussi déterminant et n’a jamais été aussi jalouse de son indépendance. La commission vient même de proposer d’étendre la zone euro à l’Estonie et de s’ériger en autorité de tutelle en procédant à « l’évaluation » des budgets nationaux avant leur adoption. Inutile de s’inquiéter, le « totem » va bien. Cette pseudo-crise de l’Euro (1) risque même fort de service de prétexte à une nouvelle fuite en avant dans l’intégration européenne avec la mise en place d’un « gouvernement économique » qui achèvera de mettre les démocraties sous tutelle.

L’analyse de la crise se poursuit ensuite avec la même simplicité réductrice. Une seule cause de la crise à retenir : le libre échange et la concurrence entre les standards sociaux qui poussent les salaires à la baisse. Voilà donc l’explication ultime à la montagne de dettes publiques et privées accumulée depuis une décennie. Sans remettre en cause l’effet appauvrissant et déflationniste du libre échange sauvage, au moins pour les économies les plus développées et les moins spécialisées, il apparaît évident que bien d’autres causes ont participé au développement de l’endettement public et privé ou à la compression du pouvoir d’achat. On peut en citer au moins quatre :

- Le principe du capitalisme actionnarial qui assujetti les entreprises à l’intérêt exclusif des actionnaires et fait pression sur les investissements et les salaires. Jean Luc Gréau explique par exemple que la financiarisation du capitalisme a précédé et entraîné la globalisation des échanges afin de maximiser les profits. La mondialisation est une conséquence de la financiarisation et non une cause. Si le partage entre capital et travail évolue au détriment du dernier, c’est certes parce que la mondialisation permet la mise en concurrence des classes ouvrières au profit des moins disantes, mais aussi et d’abord, parce que le capital a désormais les moyens d’exiger toujours plus.

- les mécanismes purement financiers (déréglementation, politique monétaire accommodantes des banques centrales, innovations financières type titrisation, crédit hypothécaires gagés sur la valeur des actifs achetés par emprunt …) qui ont eu pour effet d’inonder pendant une décennie l’économie mondiale de liquidités abondantes et bon marché.

- la nomadisation du capital (liberté de circulation des capitaux, paradis fiscaux, concurrence fiscale entre Etats) qui rend impossible la taxation effective de l’hyper richesse qu’elle provienne des profits des multinationales ou qu’elle soit captée par quelques privilégiés. Cette érosion volontaire de la base fiscale (2) a entrainé en décrochage entre les recettes des Etats et la progression des besoins sociaux.

- Le prélèvement opéré sur le pouvoir d’achat des ménages par l’augmentation des du prix des besoins fondamentaux liées à la consommation des pays émergents (matières premières, énergie) ou de l’inflation immobilière (renchérissement du coût du logement)

Il n’est pas sérieux aujourd’hui de faire du libre échange la cause de tous les maux, de même que de faire du protectionnisme la recette magique qui permettra la remontée des salaires, l’accroissement de la demande, la relance de la croissance et des gains de productivités. Autant il était nécessaire et courageux il y a 5 ou 10 ans d’attaquer la nouvelle religion de la mondialisation heureuse, avec son cortège d’âneries professées par les économistes orthodoxes (3) autant au stade de gravité atteint par un système économique à bout de souffle, il apparaît aujourd’hui irresponsable et inopérant de faire du débat “libre échange versus protectionnisme”, l’alpha et l’oméga de l’analyse économique et du combat politique.

Certes Emmanuel Todd avait vu juste lorsqu’il avait annoncé en 1999 dans l’illusion économique que le libre échange entraînerait un déficit de la demande globale, mais depuis bien d’autres problèmes tout aussi structurants sont venus s’ajouter à cette tare du nouvel ordre économique mondial : l’hyperendettement des Etats sous l’effet de la crise, l’emprise des marchés financiers sur ceux-ci, la désindustrialisation avancée des pays occidentaux, l’effet divergent de l’Euro sur les économies européennes, la spirale déflationniste qui se met en place en Europe … Mais surtout, l’évolution suivie par l’Union européenne depuis l’élargissement et celle de l’Allemagne depuis la crise : deux obstacles de premier ordre à la mise en œuvre de toute politique protectionniste à l’échelle communautaire. Il faut être aveugle ou totalement endoctriné pour refuser de le voir !

Nos amis le soulignent fort justement, mais n’en tirent absolument aucune conséquence :

« La crise de la demande est aggravée par une gestion égoïste, nationale, ou devrait-on dire ethnique plutôt qu’européenne, de l’économie allemande. L’Allemagne a fait le choix d’un modèle économique entièrement tourné vers l’exportation - avec une consommation intérieure faible, des gains de productivité et de compétitivité et, depuis dix ans, une réforme drastique de son modèle social - pour accroître ses chances dans la mondialisation. Cette réforme s’est faite dans un esprit non européen, peut-être post-européen : l’aire d’influence de l’Allemagne, dans l’esprit de ses dirigeants, ce n’est plus l’Europe, c’est le monde. »

La politique de déflation salariale allemande ne devrait pourtant pas être une surprise, en particulier pour les toddiens. Dans l’illusion économique en 1999, Todd décrivait déjà un capitalisme de type souche, faiblement consommateur et fortement productif, structurellement ou culturellement exportateur et excédentaire. Quel sens cela peut-il avoir de prétendre vouloir constituer un marché intérieur protégé avec un tel partenaire ? Pourquoi se protéger de l’extérieur si l’on accepte de faire entrer l’ennemi déflationniste à l’intérieur ? C’est tout aussi stupide que si les Etats-Unis proposaient à la Chine de s’allier dans un système de libre échange intérieur protégé par des barrières protectionnistes !

Rappelons en effet que le déficit de la France à l’égard de l’Allemagne représentait en 2008 18,9 Milliards d’Euros (contre 22 pour la Chine, mais avec des productions moins directement substituables) soit plus du tiers du déficit commercial français. S’il y a un pays qui détruit notre industrie et fait pression sur la demande intérieure, c’est d’abords et en premier lieu l’Allemagne !

Jusqu’au milieu des années 2000, il était encore crédible de vouloir faire pression sur l’Allemagne pour la convaincre qu’il était de son intérêt de soutenir ses débouchés commerciaux intra européens par une politique protectionniste de soutien à la demande. Todd recommandait alors de « tordre le bras à l’Allemagne » en la menaçant de quitter l’Euro, menace qui a d’ailleurs très curieusement disparue du texte publiée dans la Tribune.

Ce moyen de pression est en tout état de cause aujourd’hui clairement inopérant et irréaliste. Avec les niveaux d’endettement public d’aujourd’hui, la perspective d’une explosion de l’Euro tétanise tous les dirigeants de la zone euro qui n’anticipent comme conséquence qu’une explosion de l’endettement (suite à la dévaluation qui s’en suivrait) et une explosion des taux d’intérêts (pour attirer des capitaux et équilibrer la balance des paiements) (4) Voilà peut-être pourquoi le texte est devenu muet sur la menace de sortie de l’Euro qui a pourtant toujours constitué dans la doctrine protectionniste, l’alternative à la mise en place d’un protectionnisme européen. Todd et El Karoui ont probablement intégré dans leur raisonnement la lâcheté des dirigeants français, mais de fait, ils la partagent et s’en font les complices.

En outre, l’Allemagne de Merkel n’est plus celle de Kohl ou de Schröder. Sûre de sa puissance et de sa vertu de bon élève, elle conçoit désormais clairement son destin en solitaire. La menace de faire éclater l’Euro n’a plus aucune chance de fonctionner dès lors que l’Allemagne l’envisage elle-même à titre de sanction contre les « Pigs » coupables de laxisme budgétaire et financier, sans comprendre qu’un retour au Deutschemark ruinerait immédiatement sa compétitivité durement conquise principalement au détriment de ses voisins. Comment lui « tordre le bras » dans ses conditions ??

Lors du déclenchement de la crise, Emmanuel Todd, s’appuyant sur sa grille de lecture anthropologique avait annoncé que les pays réagiraient différemment au stress causé par la crise. Dans les années 30, les Etats-Unis avait produit le new deal, la France le Front populaire et l’Allemagne … le nazisme. Il escomptait donc un retour des luttes des classes en France et s’interrogeait sur la réaction qu’aurait l’Allemagne. Rebondissant et développant le propos, comme j’en avais l’habitude à l’époque, j’avais ainsi envisagé que l’Allemagne pourrait s’enfermer dans une attitude raide et psychorigide pour faire cavalier seul, s’en prendre à ses voisins européens, voire à faire exploser l’Europe. C’est exactement ce qui est en train de se passer.

Le sacro-saint couple franco-allemand censé conduire l’Europe est définitivement mort. C’est une chimère qu’il faut avoir le courage d’abandonner au plus vite !

On croît rêver aujourd’hui lorsqu’on lit que « l’Allemagne a trop besoin de nous pour prendre à la légère une telle proposition » ! Mais quand l’Allemagne a-t-elle envoyé le moindre signe exprimant une sensibilité à l’idée de stimulation de la demande ? Mais que fait-elle sinon rigoureusement l’inverse, en exigeant de ses « partenaires » européens un gigantesque tour de vis budgétaire et qu’ils la suivent sur le chemin de la déflation salariale ? Comment a-t-elle réagit aux déclarations de Christine Lagarde critiquant fort justement sa politique non coopérative sinon en envoyant paitre ces français laxistes à la compétitivité déclinante et incapable de conduire la moindre réforme ? : « L’Allemagne n’a de leçon à recevoir de personne ! » Telle fût la réponse ! Et depuis le débat est clos. L’UE est d’ailleurs saisie par la France d’une proposition française d’inspiration protectionniste avec la taxe carbone aux frontières de l’UE. On verra quelle suite elle lui donnera. Personnellement, je crois déjà la connaître …

L’hypothèse du protectionnisme européen conserve tout son intérêt, mais il faut avoir le courage de reconnaître que ses prérequis ont tous disparu : Une Europe de type fédéral capable de conduire des politiques communes actives (et non seulement des non-politiques qui se caractérisent par une abstention à agir), une Europe qui recherche l’intérêt général des peuples européens, une Europe qui cherche à peser dans un monde multipolaire, une Europe socialement et économiquement homogène cherchant à défendre et renforcer son modèle social. Rien de tout cela n’existe plus ! L’Europe n’est plus qu’un agrégat de pays désunis guidés par leur seul intérêt national, qui tentent de tirer individuellement leur modeste épingle dans le grand jeu de la mondialisation, des Etats sous la menace directe des marchés financiers, sous la tutelle de commissaires psychorigides et doctrinaires et la domination d’une superpuissance économique enfermée sur ses dogmes (le modèle exportateur) et ses craintes (l’inflation) Il n’y a plus rien à attendre de l’Union Européenne !!

Envisager un protectionnisme européen suite à une sortie groupée de l’Euro des pays déficitaires, ou dans le cadre d’une « union latine » regroupant tous les pays situés au sud et à l’ouest du Rhin, des Pays-Bas au Portugal, oui, cela reste possible. Mais sans l’Allemagne et ses satellites d’Europe centrale, sans la commission de Bruxelles, et en dehors des traités européens désormais inamendables à 27 ! Défendre une voie protectionniste exige aujourd’hui au préalable de faire le deuil de l’Union Européenne, de l’Euro et du partenariat Franco-Allemand, ce qui exige un courage et une radicalité dont manifestement Emmanuel Todd n’est pas ou plus capable. Dans le cadre actuel, un protectionnisme européen a autant de chance de voir le jour qu’une régulation sérieuse de la finance décidée par une gouvernement mondial en forme de G20, ou une réévaluation du Yuan décidée par la Chine suite aux supplications des Etats-Unis. Tout cela n’est que discours et postures.

Comment réagirait-on aujourd’hui si on lisait sous la plume d’un éditorialiste libéral-mondialiste que la hausse du chômage ne traduit qu’un phénomène de transition entre des emplois d’hier et des emplois de demain, ou qu’elle est la conséquence d’une trop grande rigidité du marché du travail ? Ou sous la plume d’un éditorialiste de gauche que l’Etat doit aujourd’hui stimuler la croissance par un grand plan de relance de la demande ? On se demanderait si ces types ont passé les trois ou quatre dernières années sur la planète Mars. On se demanderait s’ils sont débiles, inconscients, ou tellement enfermés dans leurs certitudes qu’ils ne sont plus capables que de dérouler mécaniquement une pensée fossilisée. C’est exactement l’impression que laisse ce texte de Todd et d’El Karoui. A quelques mots près, il aurait pu être écrit à l’identique avant la crise, en 2005 ou 2006 !

Toute famille de pensée encoure le risque de rigidification doctrinale en transformant ses convictions en dogmes intangibles. Les néorépublicains, protectionnistes ou souverainistes doivent veiller à ne pas suivre le même chemin que les socialistes qui continuent à tout attendre de l’Etat providence et de la redistribution fiscale, ou des libéraux qui s’évertuent à croire au caractère régulateur et infaillible des marchés. La réflexion sur la régulation des échanges commerciaux ne peut plus aujourd’hui être isolée des autres questions économiques qui participent à l’écrasement de la demande globale et contribuent à l’appauvrissement collectif, les questions monétaires (devenir de l’Euro, rôle du dollar…) des structures du néocapitalisme (dictature de la finance), de la création monétaire (pouvoir insensé des banques sur les Etats) mais aussi de la problématique de la souveraineté politique nécessaire pour conduire la moindre alternative (avenir de l’UE) Et dans l’ordre des priorités, ce n’est certainement plus le protectionnisme qui doit être mis en avant, mais désormais davantage la question du financement de la dette publique par des moyens publics (prêt direct aux Etats par les banques centrales à taux nul) et le recouvrement de la souveraineté monétaire (sortie de l’Euro, conjointe ou solitaire) afin de pouvoir dévaluer et redonner de l’air à l’appareil productif, ce qui constitue d’ailleurs la plus sûre des mesures protectionnistes.

***

Emmanuel Todd a eu un rôle déterminant dans le débat public de ces deux dernières décennies et essentielle dans la construction politique de nombre d’entre nous. Il nous a fait comprendre l’inconscient politique français et ses différences avec les systèmes de pensée allemands ou anglo-saxon. Il nous a expliqué la nature impériale et prédatrice des Etats-Unis. Il a réhabilité l’idée de Nation et décrit le phénomène de sécession des élites et leur rejet du peuple. Il a dénoncé le libre échange avant même que la mondialisation entre en pleine puissance. Il nous a proposé un mode d’emploi, à la fois exigeant et tolérant pour appréhender les phénomènes migratoires. Son œuvre est immense. Il ne faudrait pas qu’aujourd’hui, par fatigue ou paresse intellectuelle, il fasse perdre du temps au débat public et égare ceux qui le reconnaissent comme un inspirateur en défendant des propositions dont il est certainement parfaitement conscient de leur caractère chimérique.

Si l’analyse économique l’ennuie, qu’il retourne donc à ses travaux d’anthropologie et ses analyses sociologiques et laisse Jacques Sapir ou Frédréric Lordon, les deux seuls intellectuels hétérodoxes encore actifs sur le front des idées, décrire le chemin à suivre pour nous sortir de l’inquiétante spirale dépressive qui se met en place et qui nous conduit inexorablement au chaos social et à la violence politique la plus inouïe. On aimerait pourtant l’entendre actuellement analyser comme il sait si bien le faire, la séquence présente de la crise en termes de rapports de classes, les menaces qui pèsent contre la démocratie, ou simplement traiter des tensions communautaires et les replis identitaires, qui quoiqu’il en dise, existent et progressent. Mais sur ce sujet aussi, on attend autre chose de lui que son discours angélique lénifiant sur le mode du « Circulez, y a rien à voir »

Malakine 13 mai 2010

(1) qui en réalité est une attaque du pouvoir financier contre les Etats les plus faibles et les plus déficitaires comme un avertissement adressés à tous signifiant que le système n’a aucunement l’intention de faire le deuil des milliards prêtés aux Etats.

(2) dont on a encore eu un avatar l’an passé avec la suppression de la Taxe Professionnelle, et ce après le fameux bouclier fiscal ou la méga niche fiscale d’exonération des plus-values sur ces cessions d’actifs par les holdings.

(3) Rappelons quelques unes des âneries entendues depuis 10 ans : la désindustrialisation amènera l’avènement d’une économie de la connaissance, les délocalisations ne manifestent qu’une transitionsdes emplois d’hier vers des emplois de demain, l’occident conservera une avance sur le reste du monde en matière de conception et l’innovation, la croissance chinoise « tire » la croissance mondiale, le libre échange sort des millions de personnes de la pauvreté, la mondialisation a fait connaître au monde une période de croissance jamais connue ect …

(4) Jacques Sapir a pourtant clairement répondu à ses objections dans plusieurs textes dont notamment "Un an après" daté du 15 septembre 2009 et "l’Horizon de la présidentielle de 2012 ou le piège de la personnalisation du débat" du 11 Février 2010, que l’on peut retrouver ci après en téléchargement. Téléchargement Enjeux 2012 Sapir février

2 Messages de forum

  • Bon, d’accord, Emmanuel Todd est monomaniaque et il n’y a pas que le libre-échange dans la vie ! Mais il a tout de même raison de rappeler en permanence sa responsabilité dans la mise en concurrence des travailleurs mondiaux (ayant des productivités, des rémunérations et protections inégales), alors que tous les politiciens "de gouvernement" (c’est à dire UMPS), feignant d’ignorer les dumpings (social, fiscal et environnemental), ne jurent que par lui.

    Il est vrai aussi qu’il ne faut pas oublier comme causes à la crise : la libre circulation non seulement des marchandises et services mais également des facteurs de production (capitaux et main d’oeuvre), la financiarisation de l’économie privée (qui met même les patrons, autrefois tout puissants chez eux, à la merci des prédateurs) et publique (du fait de l’interdiction récente faite aux banques centrales de prêter aux Etats à taux zéro), et la perte de la souveraineté monétaire des Etats.

    Donc oui, il faut prendre TOUT cela en compte et riposter sur TOUS ces fronts. Mais là n’est pas la vraie faiblesse du raisonnement de Todd et El Karaoui. Car leur objectif derrière le protectionnisme (nécessaire, en autres choses) est de relancer la "croissance" par la demande intérieure.

    Or "Pour croire qu’une croissance infinie est possible dans un monde fini, il faut être un fou ou un économiste". Et Emmanuel Todd n’est pas économiste...

  • D’accord, Emmanuel Todd et cela depuis plusieurs années, ne dit rien de bien neuf (au mieux) et écrit n’importe quoi (au pire). Et j’ajouterai que des gens dont je fis partie ont dénoncé le libre échange (que nous dénommions "l’échange inégal") il y a plus de trente ans. Il a plutôt repris à son compte et popularisé des thèses qui n’avaient guère accès au monde médiatique, ce dont je lui suis par ailleurs reconnaissante, en ajoutant toutefois qu’il aurait pu citer ses sources et ne point trop se parer des plumes du paon... Je ferai aussi remarquer qu’à l’heure actuelle d’aucuns exigent un plan de relance, même si vous et moi ne les considérons pas comme de gauche.

    Mais alors que nous ne savons pas jusqu’où va aller la catastrophe écologique du Golfe du Mexique , pire , à mon, avis, que Bhopal, Seveso, Tchernobyl et toutes les marées noires réunis, je m’étonne que cet article ne pose pas le problème de la sortie du modèle PRODUCTIVISTE en général. Basé sur l’exploitation effrénée des ressources naturelles pour en tirer un maximum de profit à court terme, le productivisme- pour reprendre ce que disait un capitaliste du capitalisme- n’est ni amendable ni réformable. L’un comme l’autre sont mortifères et si nous voulons sauver un maximum d’êtres humains, il est plus que temps de renoncer aux deux. Nous ne vivons pas une crise économique, mais une crise de civilisation, à mon avis le plus grand bouleversement depuis le néolithique.

    J’espère que nous n’attendrons pas qu’il soit trop tard. Mais mon robuste optimisme commence à m’abandonner sérieusement. Vous rappelez-vous qui a écrit voici plus de trente ans "l’utopie ou la mort" ? Il avait aussi prédit que si le nombre de Terriens dépassait 6 à 7 milliards, nous allions vers des catastrophes invraisemblables. Or de fait nous n’aurions jamais atteint ce nombre sans le productivisme mondialisé.

    Je prie pour ceux qui viennent et viendront après moi. J’ai honte en songeant à eux.


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