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Les appels à négocier avec Bachar al-Assad se multiplient…
Par Frédéric Delorca

L’Envers des Cartes du 21 septembre 2015

jeudi 24 septembre 2015, par Comité Valmy


Les appels à négocier avec Bachar al-Assad se multiplient…

La présence croissante de l’armée russe en Syrie, à la demande du gouvernement légal de Bachar al-Assad, et en accord avec l’Iran qui avait envoyé l’un de ses généraux à Moscou début août, donne des sueurs froides aux Occidentaux. D’abord révélée par des sources israéliennes fin août, cette implication du Kremlin a été confirmée par divers rapports faisant état de la création d’une base d’intervention aérienne russe à Lattaquié qui pourrait précéder l’envoi de Mig 29, voire de troupes au sol russes contre Dae’ch.

Le 6 septembre dernier, le secrétaire d’Etat américain John Kerry faisait savoir qu’il avait eu une conversation téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov dans laquelle il lui avait fait part de son inquiétude de voir l’engagement russe « entraîner la perte d’un plus grand nombre de vies innocentes, augmenter le flot des réfugiés et le risque de confrontation avec les forces anti-Dae’ch qui opèrent en Syrie ».

Pourtant cette intervention pourrait avoir pour effet de modérer les élans unilatéralistes des principales puissances militaires occidentales.

Fin août, le mystérieux afflux de réfugiés notamment irakiens et syriens aux portes de l’Europe a relancé les doutes sur la stratégie de bombardement aérien menée par les occidentaux depuis un an. Exploitant notamment l’image de la mort de l’enfant de trois ans d’un réfugié de Kobané – Aylan Kurdi -, des journaux conservateurs britanniques comme « The Sun » et le « Daily Mail » n’ont pas hésité à solliciter une implication plus grande de leur pays. « 52 % des gens disent : bombardez la Syrie maintenant ! » titrait « The Sun on Sunday » du 6 septembre, tandis qu’en France un institut de sondage mettait, lui aussi en avant le soutien majoritaire de l’opinion à l’option d’une intervention au sol. Lundi 7 septembre, le gouvernement britannique répondait à ces pressions en révélant qu’il utilisait des drones tueurs en Syrie dont un avait éliminé deux jihadistes britanniques. Le même jour, le président François Hollande annonçait l’envoi d’avions de reconnaissance au dessus de la Syrie. L’un et l’autre maintenant la position selon laquelle Dae’ch et Assad étaient l’un et l’autre les ennemis à abattre.

L’activisme des Russes pourrait bien aujourd’hui inverser cette tendance.

Contre toute attente, le principal contre-feu est venu de Berlin où le ministre des affaires étrangères Franck-Wakter Steinmeier a réagi aux déclarations françaises et britanniques en estimant que cet engagement militaire sans concertation avec la Russie ne ferait que compromettre les efforts diplomatiques pour mettre un terme au conflit syrien. Appuyant ses dires, samedi 12 septembre, la chancelière Angela Merkel déclarait que l’Allemagne et d’autres pays de l’Union européenne devraient travailler avec la Russie et les Etats-Unis pour résoudre la crise syrienne. La veille, Franck-Wakter Steinmeier s’était même offert une tribune dans le New York Times pour dire que l’accord nucléaire entre l’Iran et les six grandes puissances mondiales (P 5+1) ouvrait la voie à une possibilité de débloquer la situation en Syrie : « En moins d’un mois après l’accord nucléaire avec l’Iran, observait-il, la Russie a fait preuve d’une coopération rare en co-patronnant avec les Etats-Unis deux résolutions sur la Syrie. Mais il y a des signes préoccupants indiquant que les chances de progrès en Syrie tendent à disparaître (…) Il serait inexcusable que le monde laisse cette chance historique filer ».

De petits pays européens avaient ouvert la voie de cette option diplomatique quelques jours auparavant.

Au cours de sa visite en Iran, le ministre des affaires étrangères espagnol José Manuel García Margallo, le 7 septembre, n’avait pas hésité à déclarer : « ma position, c’est que la paix s’obtient toujours en négociant avec l’ennemi, comme Nixon l’a fait en Chine et Reagan en Union Soviétique ». « Que Bachar al-Assad plaise ou ne plaise pas », avait-il ajouté, « il est le gouvernement syrien qui siège à l’Assemblée générale des Nations Unies », et d’offrir les bons offices de l’Espagne pour servir d’intermédiaire. Lui emboîtant le pas, le ministre autrichien des affaires étrangères déclarait, vendredi 11 septembre : « l’Occident devrait impliquer Bachar al-Assad et ses alliés l’Iran et la Russie dans le combat contre les rebelles de l’ « Etat islamique » qui cherchent à progresser en Syrie et à établir un ‘califat’ islamique au Proche-Orient ».

Aujourd’hui les gouvernements les plus virulents contre le Kremlin et le président syrien doivent affronter, chez eux, des mouvements d’opinion favorables au dialogue avec le gouvernement légal de Damas. Au Royaume-Uni, Jeremy Corbin, nouveau candidat du parti travailliste au poste de premier-ministre prône le dialogue avec le gouvernement syrien et s’oppose à toute intervention qui ne recevrait pas l’aval des Nations unies. En France, l’ancien président Nicolas Sarkozy – dans une interview accordée au Figaro le 10 septembre 2015 – appelait à réintégrer la Russie dans le G8 pour l’associer, entre autres, au règlement de la crise syrienne. Plus franchement encore, son ancien premier-ministre François Fillon déclarait dans une lettre ouverte au premier ministre actuellement en fonction, le 15 septembre : « il faut sortir de la diplomatie virtuelle et revenir aux réalités géopolitiques. Il y a les Russes, il y a les Américains, il y a les Saoudiens, il y a les Iraniens. C’est avec eux et tous ceux qui ont une influence sur les forces sur le terrain qu’il faut discuter et bâtir une vraie coalition internationale. »

Ces appels au réalisme ne sont certes pas nouveaux. Le général Lord Dannatt, ancien chef d’Etat major britannique, avait lancé – par exemple en août 2014 – un appel à la concertation avec le régime de Bachar al-Assad pour garantir l’efficacité des frappes aériennes contre Dae’ch. Mais cette fois-ci les appels à l’entente avec les Russes et avec le gouvernement de Damas émanent de chancelleries alliées et de leaders d’opinion de grande envergure. Seront-ils entendue par les partisans de la ligne dure, anti-Assad et anti-russe, à qui appartient encore la décision à Londres et à Paris (voire à Washington, quoique la position attentiste d’Obama soulève en ce moment beaucoup d’interrogations) ?

On voit mal comment, avec une présence militaire russe appuyée sur le terrain, les capitales occidentales pourraient prétendre faire cavalier seul, en s’appuyant sur la fantomatique « opposition islamiste modérée » qu’invoque souvent M. Fabius, voire sur Al-Qaïda, comme l’a suggéré dernièrement l’ancien patron de la CIA David Petraeus, et marcher directement sur les plates-bandes du Kremlin sans concertation avec lui, au risque de provoquer des « dégâts collatéraux », par exemple parmi ses conseillers militaires, dans le cadre d’opérations de bombardements non coordonnées.

L’espoir est donc désormais permis (voir notre Editorient). Franck-Wakter Steinmeier pourrait bien cette fois avoir raison : nous avons peut-être une chance qu’enfin le réalisme finisse par prévaloir dans les chancelleries occidentales… grâce à l’implication constructive de Moscou… A n’en pas douter, les négociations de couloirs de la prochaine Assemblée générales des Nations unies à New York vont être déterminantes !

Frédéric Delorca 21 septembre 2015

Proche&Moyen-Orient.ch
Observatoire Géostratégique


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