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L’Arabie dans les sables mouvants du Yémen
Par Samer R. Zoughaib

lundi 14 septembre 2015, par Comité Valmy


L’Arabie dans les sables mouvants du Yémen

En dépit des gigantesques moyens militaires qu’elle déploie dans les airs comme au sol et son alliance non déclarée avec « Al-Qaïda dans la péninsule arabique » (AQPA), l’Arabie saoudite s’enfonce petit à petit dans les sables mouvants du Yémen.

L’Arabie saoudite et ses alliés peinent à enregistrer des victoires décisives sur le terrain yéménite susceptibles de modifier à leur avantage les rapports de forces. Le plan d’invasion terrestre mis au point par le royaume wahhabite consistait à masser des troupes dans la province de Maareb, considérée comme le verrou bloquant l’accès à la capitale, Sanaa, et vers le Nord du Yémen en général. Les troupes sont acheminées d’Arabie saoudite via la province de Hadramout, le principal fief d’« Al-Qaïda dans la péninsule arabique » (AQPA). Tout semblait bien se passer jusqu’à ce que l’armée yéménite, Ansarullah et les comités populaires décident, le 4 septembre, de lancer une attaque d’envergure contre les concentrations de troupes ennemies. Les combats ont fait des dizaines de tués dans les rangs des soldats des armées du Golfe engagées sur le sol yéménite. Les Emirats arabes unis ont admis la mort de 45 soldats, les Saoudiens de dix et Bahreïn a reconnu avoir perdu 5 militaires. Le véritable bilan serait bien plus élevé. Ce revers essuyé par les Saoudiens et leurs alliés à Maareb vient incarner l’enlisement d’une guerre débuté il y a près de six mois et que Riyad pensait pouvoir remporter en quelques semaines seulement. Les pétromonarchies du Golfe ne se sont pas encore remis de cette hécatombe. Le projet de se déployer dans la province de Maareb en prévision d’une offensive sur Sanaa est sérieusement compromis.

Contradictions entre alliés

Pour tenter de remonter le moral de ses troupes et de son opinion publique, l’Arabie saoudite a annoncé le déploiement, sur le terrain, de quatre bataillons égyptiens et de troupes d’élite soudanaises. Le Caire et Khartoum ont cependant démenti ces informations. Ce fait démontre l’existence de contradictions entre Riyad et certains de ses alliés, qui sont très réticents à s’embourber dans un conflit dont l’issue parait lointaine et incertaine.

Certes, l’armée yéménite, Ansarullah et les comités populaires ont perdu du terrain dans le sud et le centre du pays, après cinq mois d’intenses raids aériens et le débarquement de milliers de mercenaires sénégalais, pakistanais et des soldats du Golfe. Mais le terrain perdu n’a pas été récupéré par les partisans -très peu nombreux- de Abed Rabbo Mansour Hadi. Preuve en est que le président démissionnaire ne s’est toujours pas installé à Aden après sa « libération ». Or l’objectif affiché par la coalition conduite les Saoudiens était de rétablir la légitimité du gouvernement emmené de Hadi. Mais ce dernier apparaît largement hors-jeu et sera bien incapable de reprendre la main. Le journaliste Laurent Bonnefoy souligne que « parmi les populations du sud, d’où il est originaire, il ne bénéficie pas d’un soutien manifeste ».

Al-Qaïda persécute les soufis

En fait, Aden est en grande partie contrôlée par « Al-Qaïda », qui a hissé ses drapeaux sur de nombreux bâtiments administratifs. L’organisation a commencé à imposer ses lois aux habitants et multiplie les exactions. Le quotidien libanais Al-Akhbar rapporte que des membres d’« Al-Qaïda » ont pris d’assaut, jeudi, la Zawiyat (Lieu de rassemblement) al-Ahmadiya, et y ont arrêté 150 Adenites appartenant à un courant soufi, qu’ils ont conduits vers une destination inconnue. Des hommes armés relevant vraisemblablement de l’organisation terroriste ont également investi une mosquée fréquentée par des soufis dans le district de Cheikh Othman, avant de s’emparer de dizaines de livres et d’ouvrages et de fermer le lieu de culte sous la menace des armes.

Près de six mois après son lancement, « il est devenu indéniable que les objectifs de la guerre n’ont pas été atteints, écrit Laurent Bonnefoy. Reconnaître l’échec de la stratégie saoudienne et des grandes puissances qui la soutiennent est un impératif si l’on souhaite conserver le mince espoir de voir le Yémen échapper à un destin similaire à celui de la Syrie ».

Les Saoudiens et leurs alliés savent pertinemment qu’en cas d’offensive vers Sanaa, les combats seront d’une grande intensité. L’hypothèse d’un enlisement est alors réel, notamment parce que, contrairement à Aden et Taez, la population de la capitale est pour une part significative acquise aux houthis. À cet égard, les bombardements de la coalition depuis mars 2015 ne semblent pas avoir affecté la capacité de mobilisation d’Ansarullah auprès des populations du nord, souligne Laurent Bonnefoy.

Devant ces réalités, l’Arabie saoudite a autorisé Hadi à négocier. Ses représentants rencontreront à Masqat, dans les jours qui viennent, des délégués d’Ansarullah et du Congrès populaire de l’ancien président Ali Abdallah Saleh. Une preuve supplémentaires que l’option militaire a atteint ses limites.

Samer R. Zoughaib
12 septembre 2015

Source : french.alahednews


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