COMITE VALMY

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illusion altermondialiste ou Résistance sociale, républicaine, patriotique, internationaliste et anti-impérialiste ?

DE LA CONTESTATION MONDIALE BOBO-DOCILE ET DU SOUVERAINISME DE LIBERATION Par Paul-Eric Blanrue

mardi 3 juin 2008, par Comité Valmy

Ce texte de Paul-Eric Blanrue est particulièrement intéressant notamment parce-qu’il dénonce le rôle délétère de l’altermondialisme qui aide grandement à désorienter la résistance populaire. Les "idéologues" de cette mouvance prennent une lourde responsabilité historique lorsqu’ils s’emploient méthodiquement à déconsidérer ceux qui estiment que le fédéralisme européen et supranational est intrinsèquement pervers et que rôle historique de la Nation, du Peuple-Nation, est aujourd’hui révolutionnaire. CB

Bikini Che Guevara Tyler Durden

"Si le mouvement national contemporain ne veut pas se contenter de rééditer les anciennes tragédies amères de notre histoire passée, il doit se montrer capable de s’élever au niveau des exigences de l’heure présente". James Connolly (1868-1916), fondateur de l’Irish Republican Socialist Party

"Donnez-moi un point d’appui et un levier et je soulèverai la Terre." Archimède

"Pensez-vous tous ce que vous êtes supposés penser ?"

"Ce que nous devons conquérir, la souveraineté du pays, nous devons l’enlever à quelqu’un qui s’appelle le monopole. Le pouvoir révolutionnaire, ou la souveraineté politique, est l’instrument de la conquête économique pour que la souveraineté nationale soit pleinement réalisée". Ernesto Guevara.

À chaque époque, ses contradictions. L’une des contradictions majeures de notre temps, se déroulant dans la pratique sociale et politique, se présente sous la forme d’une lutte à mort entre les puissances convergeant vers l’homogénéisation planétaire et les mouvements résistant à ce processus. Largement utilisés depuis les années 1980, les termes de mondialisation et de globalisation traduisent l’action des puissances homogénéisantes.

Qu’est-ce que la mondialisation ? L’intégration croissante des économies dans le monde, au moyen des courants d’échanges et des flux financiers. Elle se définit par les transferts internationaux de main-d’oeuvre et de connaissances, et les phénomènes culturels et politiques que ceux-ci engendrent. Les principales caractéristiques en sont : la concentration de la production et du capital sous forme de monopoles ; la fusion du capital bancaire et industriel ; l’exportation massive des capitaux ; la formation d’unions transnationales monopolistes se partageant le monde ; la fin du partage territorial du monde entre les puissances capitalistes.

La mondialisation actuellement en oeuvre est une forme avancée de l’impérialisme capitaliste apparu au début du XXe siècle. Étant donné ses conséquences constatables et prévisibles (mort des cultures, disparition des particularismes, avènement du positivisme néo-kantien bêtifiant, anéantissement de la pensée critique, massification, dressage cognitif, crises économiques et guerres récurrentes, désintégration des religions occidentales et moralisme morbide subséquent, etc.), la mondialisation apparaît, à sa limite, comme un "holocauste mondial", ainsi que l’a définie Jean Baudrillard.

Du côté de la résistance organisée et spectaculaire - les mouvements altermondialistes et antiglobalisation qui défilent dans les médias - règne la confusion la plus grande. L’ambiguïté de la critique qu’ils adressent à la mondialisation et la limite des solutions qu’ils proposent se révèlent patentes si on les passe au tamis d’une critique impartiale. Pétris de bonnes intentions (remarquons à leur actif un notable appel à voter non au référendum sur le Traité européen), les altermondialistes sont aussi, au fond, les meilleurs alliés de la mondialisation capitaliste.

La diversion altermondialiste

D’abord, les altermondialistes sont des gestionnaires, et non des critiques radicaux. José Bové s’en vante : "A Seattle, dit-il, personne ne brandit le drapeau rouge de la révolution chinoise, ni le portrait du Che, ni la victoire révolutionnaire dans un pays devant bouleverser les autres ; c’est bien fini et c’est porteur d’espoir".

Les altermondialistes vitupèrent en effet le capitalisme, mais n’ont en fait nulle intention de le renverser. Ils désirent seulement l’amender. La taxe Tobin, le prélèvement qu’ils veulent instaurer sur les transactions spéculatives, ne s’attaque en réalité qu’à une infime partie de la spéculation et cache le fait que la crise du capitalisme ne porte pas uniquement sur la spéculation mais sur l’ensemble du capitalisme. La crise générale du capitalisme a pour trait distinctif l’accentuation extrême de toutes les contradictions de la société capitaliste. Et ces contradictions sont aujourd’hui portées à un point d’incandescence jamais atteint.

La campagne pour la suppression des paradis fiscaux, autre thème de campagne des altermondialistes, vise quant à elle à moraliser le capitalisme. Mais, à nouveau, la spéculation et les trafics financiers ne sont nullement la cause de la crise. Ils sont seulement la conséquence directe de l’impasse où est acculé le mode de production actuel. Aucune mesure de ce type n’empêchera jamais la crise de se poursuivre ni d’étendre ses ravages.

Au lieu de proposer une alternative efficace, les altermondialistes militent pour un système de redistribution à l’intérieur du capitalisme : les pays riches doivent partager leur richesse avec les pays pauvres, les patrons avec ceux qu’ils exploitent, etc. Ils espèrent ainsi qu’un capitalisme revu et corrigé sera porteur de justice, perpétuant l’utopie d’un capitalisme viable, à orienter dans un sens favorable. Pourtant, il n’y a pas de société "juste" dans le cadre du capitalisme dont l’essence conflictuelle nourrit des antagonismes en cascade. La seule réponse historique valable est de le dépasser, d’abolir le salariat en développant les luttes contre l’exploitation de la force de travail et les rapports capitalistes de production.

Les altermondialistes croient au soft-capitalisme, au capitalisme à visage humain, comme s’ils avaient lu l’oeuvre de Karl Marx avec les lunettes de plage d’Alain Minc. À l’instar de José Bové, avatar actuel de Proudhon, la plupart d’entre eux voudraient retourner au capitalisme de papa, celui des petits producteurs. Leur rêve est de freiner la concentration monopolistique par des institutions internationales qui superviseraient l’économie mondiale. Mais ils oublient que c’est la libre concurrence, constitutive du capitalisme, qui a depuis plus d’un siècle donné naissance aux monopoles mondiaux. C’est la libre concurrence qui a produit le monopole. C’est la libre concurrence du XIXe siècle qui a accouché de la dictature de deux cents multinationales du XXe siècle. Combattre la dictature des multinationales sans combattre en même temps la libre concurrence et le libre marché capitaliste qui les engendrent est un non-sens.

Comme le monopole, la mondialisation est contenue en germe dans le capitalisme : le capitalisme la porte en lui, c’est son produit inéluctable, sa déduction. Les multinationales, les délocalisations, comme les inégalités sociales et la flexibilité, sont les effets naturels de sa logique, le déroulement d’un processus autodynamique irréversible tant que l’on ne se décide pas à le subsumer.

Poussés par le besoin incessant de trouver des débouchés toujours nouveaux, les marchands ont envahi le monde entier. L’exploitation du marché mondial a du coup donné un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Déplorer le cour sur la main "l’horreur économique" comme Viviane Forrester, scander "no logo" comme Noami Klein , hurler "le monde n’est pas une marchandise" ou manifester sous les murailles des forteresses de Big Brother pour que le monde capitaliste reparte du bon pied, ce n’est pas prendre le problème à la racine : c’est le décentrer. Couper les mauvaises herbes sans désherber, c’est leur permettre de repousser.

Le capitalisme est, par nature, une économie poussant à la mondialisation et à la marchandisation. Or tout est marchandisation en puissance, et puisque Dieu est provisoirement mort, il n’y a plus aucune limite humaine connue à l’expansion universelle de la marchandisation si on la laisse suivre son cours. Les marchands ont tout le temps devant eux, et ce ne sont pas les comités d’éthique officiels qui les empêcheront d’agir. Comme ces institutions spectaculaires nourrissent une pensée théologique coupée du terreau social, les marchands ont raison de prendre patience, car la théologie s’écroule toujours un moment donné de l’histoire, lorsque l’infrastructure la rend caduque.

Pour s’opposer concrètement à la marchandisation du monde, il ne suffit donc pas de minauder sur quelques-unes des conséquences annexes du Système, il faut dénoncer celui-ci dans son ensemble et en son fondement. Il importe en premier lieu de commencer par lui donner un nom, car "ce qui est censé être atteint, combattu, contesté et réfuté", comme disait Carl Schmitt, doit être nommé afin de viser la cible en son coeur : ici, il s’agit du mode de production capitaliste. Et il faut également proposer une alternative radicale, car nuancer, c’est considérer que la mécanique mérite de fonctionner, qu’il suffit de l’adapter et d’y incorporer de menus arrangements régulateurs : c’est au fond rester keynésien et marcher main dans la main avec MM. Attali et Fukuyama. "La compréhension de ce monde ne peut se fonder que sur la contestation, et cette contestation n’a de vérité qu’en tant que contestation de la totalité", écrivait Guy Debord.

Au temps où on évoquait (déjà) les États-Unis d’Europe, un révolutionnaire célèbre avait (déjà) remarqué que les gauchistes - ancêtres des altermondialistes - étaient les meilleurs alliés des opportunistes. Les gauchistes partagent en effet la vision de ceux qui veulent perpétuer le Système à la solde duquel ils vivent. Si l’ex-animateur du Mouvement du 22-Mars, Daniel Cohn-Bendit est devenu le meilleur allié de l’ancien cofondateur du mouvement atlantiste Occident, Alain Madelin, formant ainsi le noyau du libéral-libertarisme, ce n’est pas à cause d’une conjonction astrale fortuite : c’est parce que leurs destins convergents étaient inscrits dès l’origine dans leurs gènes idéologiques. Nous revivons cycliquement cette situation, aujourd’hui avec les altermondialistes, qui ne sont en somme que des antimondialistes de papier.

Les altermondialistes au service de l’oppression

Face la mondialisation du capital, on assiste à une mondialisation des résistances et des luttes. Seulement il ne s’agit pas de courants authentiquement antimondialistes - telle était leur dénomination première, et le changement de terminologie, opéré à leur instigation, est lumineux -, car ils militent de facto pour une "autre mondialisation", comme l’assure et l’assume François Houtart, directeur la revue Alternatives Sud. Susan George, présidente de l’Observatoire de la mondialisation se détermine, elle, en faveur d’une "mondialisation coopérative". Les chefs de file de l’altermondialisme médiatique se veulent ainsi des mondialistes. L’un des livres de Bové s’intitule Paysan du monde. Les altermondialistes revendiquent simplement l’avènement d’un mondialisme plus humain.

Du coup, et ce n’est pas un hasard, les voici réclamant l’avènement de la mondialisation des Droits de l’homme. Lorsque José Bové se rend Cuba, la première pensée qui lui traverse l’esprit, c’est qu’il y a "beaucoup de policiers dans les rues" et "des queues devant les magasins". Ce distrait vient d’oublier les quarante années d’embargo américain. Il aurait pu dire : "La mortalité due à la maternité est dix-sept fois plus basse à Cuba que la moyenne mondiale". Mais il est passé à côté, car il raisonne en métaphysicien, articulant des catégories fixes d’usage obligatoire dans un Système que de telles notions ont pour unique mission de soutenir. Il n’a pas compris que les Droits de l’homme sont devenus l’idéologie par laquelle les pays riches s’ingèrent dans les affaires des pays pauvres (hochet kouchnerien à vocation exterministe, depuis le Vietnam jusqu’à l’Irak, en attendant mieux). Et qu’au final, les Droits de l’homme sont devenus le cheval de Troie des oppresseurs d’aujourd’hui.

Comme l’a démontré Noam Chomsky, c’est en se fondant sur ces principes universels datant de la révolution bourgeoise que les États-Unis ont déclaré toutes leurs guerres depuis cinquante ans. Preuve éclatante de leur manque de logique, MM. Bové et ses amis ne se sont pas demandé qui ferait régner ces Droits précieux sur le monde, ni quelle puissance idéalement autonome parviendrait à lutter contre les diverses influences économiques et politiques pour les appliquer avec impartialité. Ni par qui serait élue cette autorité mondiale suprême. Ni comment elle gouvernerait. Ni quel parti ou quelle tendance de parti la dirigerait. Ni avec quelles forces armées elle se ferait respecter.

La tendance despotique de ce Léviathan serait, de plus, consubstantielle à son existence, puisque l’expérience a prouvé que plus un organisme est éloigné des individus qu’il encadre, plus son déficit démocratique est levé. On peut donc s’étonner que des anarchistes et des gauchistes soutiennent l’édification d’un tel monument d’oppression.

L’utopie des altermondialistes est donc totale. Ils croient en la vertu opératoire de la parole magique : "Monde, ouvre-toi !" , et le trésor des 40 voleurs nous sera acquis. Or le monde est un rapport de forces entre puissances économiques, et il ne suffit pas de vouloir avec détermination, ni de crier à tue-tête que les États-Unis, fer de lance de l’impérialisme, réduisent leur puissance pour que celle-ci décline dans les faits. Croire le contraire relève de la naïveté. Être naïf, c’est se payer le luxe d’être inopérant. Et tout mouvement inopérant encourage nolens volens la persistance du système qu’il prétend combattre.

La nation, comme foyer de guérilla

De glissement en compromis, d’accommodement en complicité objective, les altermondialistes reprennent ainsi dans leurs discours les arguments qui soutiennent le plus puissamment les intérêts des capitalistes. C’est-à-dire qu’ils s’inoculent à haute dose - et inoculent à ceux qui les écoutent - le virus qui justifie l’oppression, en retour.

Le mépris qu’ils affichent pour le fait national, auquel ils substituent un antiracisme formel, sentimental et terroriste, est à ce titre révélateur. Si les peuples désorientés par l’évolution actuelle et le dynamitage des frontières se jettent parfois dans les bras de partis qui semblent ici et là leur proposer un barrage provisoire au mondialisme, ce n’est pas, comme le prétendent les belles âmes de l’altermondialisme, parce qu’ils sombrent dans le fascisme, notion datée et dépassée. C’est d’abord parce que ces populations vivent au quotidien des situations dramatiques et déchirantes, et que nul ne leur propose un avenir digne d’être vécu, les altermondialistes moins que les autres, avec leur programme gauchiste de tabula rasa. C’est sur cette base qu’il faut édifier une réflexion.

A contrario, il est bien sûr parfaitement ridicule de prôner le raidissement identitaire comme solution-miracle. "Le repli sur la tradition, frelaté d’humilité et de présomption, n’est capable de rien par lui-même, sinon de fuite et d’aveuglement devant l’instant historial" écrivait Martin Heidegger. Le désir de rejouer le passé est vain, car "l’histoire ne repasse pas les plats", ainsi que le disait plaisamment Céline. Tout autre est l’affirmation d’une communauté nationale populaire vivante, une communauté de culture et de destin qui entend conserver son indépendance, sa volonté de puissance, sa capacité d’agir sur son avenir en puisant dans un héritage partagé, et qui offrirait la possibilité d’un contrôle populaire réel et conscient sur le pouvoir et l’expression libre des aspirations et des besoins.

La nation, catégorie historique du capitalisme ascendant, demeure en effet, contre de nombreuses prévisions, une réalité à l’époque du capitalisme déclinant. Elle devient même, selon la conception de Fidel Castro, un "bastion", un pôle de résistance révolutionnaire. La défense d’une communauté attaquée dans sa substance s’avère d’autant plus révolutionnaire que l’agression provient d’un système coupeur de têtes et aliénant. Le world-capitalisme a en effet intérêt à trouver devant lui des peuples désagrégés, des traditions mortes, des hommes fébriles et sans attache, disposés à engloutir son évangile standardisé. Ce qui freine la consommation de ses produits mondiaux, ce qui est susceptible de ralentir l’expansion de ses chansons mondiales formatées, de ses films mondiaux compactés, de sa littérature mondiale normalisée, doit disparaître, ou finir digéré dans ses circuits, ce qui revient au même. Le capitalisme est uniformisateur et l’arasement préalable des esprits encourage son entreprise uniformisatrice. Il ravage l’original, les particularismes, sauf ceux qui vont momentanément dans le sens qui lui profite.

Or la communauté, aspiration profonde des hommes, voit dans la forme nationale son actualité la plus aboutie. Passant pour les altermondialistes comme un résidu passéiste, une province pourrissante, un paradoxe historique au temps du cosmopolitisme triomphant, la nation conserve sa justification historique, a minima par le "plébiscite de tous les jours" qu’évoque Ernest Renan. Le patriotisme est un des sentiments les plus profonds, consacré par des siècles et des millénaires. Aujourd’hui, la nation conserve donc un contenu réel, qui, même s’il est épars et dilapidé, est à retrouver et à se réapproprier : "Délivré du fétichisme et des rites formels, le sentiment national n’est-il pas l’amour d’un sol imprégné de présence humaine, l’amour d’une unité spirituelle lentement élaborée par les travaux et les loisirs, les coutumes et la vie quotidienne d’un peuple entier ? ", disait Henri Lefebvre. L’étude du contenu national doit être au cour du programme d’un projet de renaissance.

Évidemment, la démocratie formelle n’a réalisé jusqu’ici qu’une pseudo-communauté abstraite qui frustre la plus grande partie du peuple, à commencer par les couches populaires (classe ouvrière et classes moyennes) sur qui pèse le fardeau le plus lourd. Car le Parlement, fût-il le plus démocratique, là où la propriété des capitalistes et leur pouvoir sont maintenus, reste une machine à réprimer la majorité par une minorité ; la liberté y est d’abord celle de soudoyer l’opinion publique, de faire pression sur elle avec toute la force de la money. La nation telle qu’elle doit être envisagée dans le cadre d’une pensée radicale ne peut qu’aller de pair avec le progrès social et l’alliance internationale avec les forces qui partagent cette ambition subversive totale. L’identité nationale doit être conçue comme une réorganisation sociale sur la base d’une forme élaborée de propriété commune, sous peine de nous ramener à un passé désuet, qui nous conduirait immanquablement au point où nous en sommes.

La nation doit être le cadre de l’émancipation, de l’épanouissement, et non une entité oppressive. C’est seulement comme instrument du progrès qu’elle conserve sa mission historique. Conception qui faisait dire à Lénine : "Nous sommes partisans de la défense de la patrie depuis le 25 octobre 1917 (prise du pouvoir par les bolcheviks en Russie). C’est précisément pour renforcer la liaison avec le socialisme international, qu’il est de notre devoir de défendre la patrie socialiste."

La souveraineté nationale - non pas le souverainisme libéral ou le national-libéralisme, des oxymores dont il faut apprendre à se dépolluer - constitue ainsi, dans le meilleur des cas (exemple frappant du Venezuela bolivarien de Hugo Chávez), un pôle vivant de résistance à l’homogénéisation, une structure servant d’appui à la contestation globale, un foyer possible de guérilla au sens guévarien du terme. Si elle s’intègre dans une lutte émancipatrice au plan national (engagement dans un processus anticapitaliste) et international (retournement des alliances, nouvelle forme d’internationalisme rationnel, et non abstrait ou mystique, c’est-à-dire avec des allés objectifs et partisans), elle ne peut plus être considérée comme un vulgaire sédatif aux luttes sociales, comme elle le fut un temps (le nationalisme bourgeois désunissant les ouvriers pour les placer sous la houlette de la bourgeoisie). Elle devient au contraire l’avant-garde de la radicalité. Sans l’autonomie et l’unité rendues à chaque nation, l’union internationale des résistants au Système (une fraternité, une collaboration et des alliances nouvelles qui ne sont pas à confondre avec la mélasse mondialiste) ne saurait d’ailleurs s’accomplir. C’est lorsqu’un peuple est bien national qu’il peut être le mieux international.

La nation ainsi comprise est tout l’inverse des duperies formalistes à fuir à tout prix : niaiserie sentimentale, chauvinisme étriqué version Coupe du monde, cocardisme sarkozyste à choix multiple, roublardise mystificatrice d’un Déroulède germanopratin digéreant mal l’oeuvre de Charles Péguy, crispation irraisonnée sur les mythes fondateurs, etc. Elle devient l’une des pièces agissantes du renversement du Système. Dans des conditions historiques différentes, Sultan Galiev pour les musulmans, Li Da-zhao pour les Chinois ont en leur temps théorisé une notion approchante, considérant que le peuple musulman, d’un côté, chinois de l’autre, pouvaient, par déplacement dialectique provisoire, être dans leur ensemble considérés comme une classe opprimée en prise avec le Système à renverser. Chaque nation entrant en résistance frontale, pour autant qu’elle s’identifie avec l’émancipation générale, devient ainsi de nouveau historiquement justifiée. On a peut-être une chance de voir alors se produire l’encerclement des villes de l’Empire par les campagnes, les bases arrières et les focos.

Pour un nouveau différentialisme et un souverainisme de libération

Les particularités culturelles, les richesses nationales, individuelles et naturelles sont des armes que le mot d’ordre de world-culture, claironné par les altermondialistes-mondialistes, lors de leurs rassemblements champêtres, désamorce. Plus que quiconque, les artistes - parlons-en - devraient se préoccuper de marquer leurs différences, d’imposer des styles nouveaux et des concepts baroques, d’instiller des idées réactives, de dynamiter les formes étroites dans lesquelles on veut les faire entrer. Eux les premiers devraient se méfier d’instinct de la gadoue musicale qu’on leur propose comme horizon indépassable. Eux les premiers devraient imposer de nouvelles formes poétiques et un style adapté à la lutte contre l’homogénéisation totalitaire qui tend à les émasculer. Leur ouvre est écrasée sous les impératifs de production. La créativité a disparu devant la productivité. Qu’ils se donnent enfin les moyens d’être eux-mêmes : "Que chacun découvre pour la prendre en charge, en usant de ses moyens (la langue, les ouvres, le style) sa différence, écrivait encore Henri Lefebvre, au temps de son Manifeste différentialiste, ajoutant : "Qu’il la situe et l’accentue". Car exister, c’est agir. Et créer.

Dans d’autres domaines, il s’agirait également de repenser la modélisation de la dialectique, le renversement des tabous historiques et idéologiques, la défétichisation des concepts usés jusqu’à la corne par des philosophes ordonnés au Système (ou, pour certains l’ordonnant), de remettre en chantier une théorie de la subjectivité qui ne soit pas subjectiviste, etc. Un laboratoire d’élaboration conceptuelle serait le bienvenu (appelons-le Projet Archimède, du nom du grand scientifique grec de Sicile qui cherchait un point d’appui et un levier pour soulever le monde), sorte de fight-club de la théorie qui se donnerait comme objectif la critique impitoyable de l’existant dans sa totalité. Il faut retrouver l’idée de mouvement, en lui incluant bien sûr une logique de la stabilité qui sied à toute défense identitaire.

Face aux hyperpuissances d’homogénéisation, il est grand temps que l’antimondialisation réelle et efficace présente un front uni et international des différences, un bloc historique constitué par une armada pirate se lançant à l’abordage des vaisseaux de l’Empire.

Avant de réclamer une autre forme de mondialisation, une mondialisation toujours plus ouverte, c’est-à-dire de poursuivre, sur un mode de contestation bobo-docile, la mondialisation capitaliste par d’autres moyens en bradant dès aujourd’hui le monde aux multinationales comme si elles étaient au service de l’Internationale prolétarienne, les mouvements d’altermondialisation-mondialistes-contre-le-capitalisme-sauf-s’il-est-humain doivent prendre conscience que chaque peuple, chaque langue, chaque ethnie, chaque individu, chaque particularité est un reflet de l’universel, un éclat d’humanité. Pour l’avoir oublié, nous sommes entrés dans la norme de la société du "on", où se déploie le Règne de la Quantité annoncé par René Guénon, un monde de grisaille suant la "nullité politique" décrite par Hegel, qui n’est plus régulé que par la seule loi de la valeur capitaliste, l’habitude, l’hébétude et la résignation. Il est temps d’y remettre de la couleur et du mouvement, et, ce faisant, trouver les formes possibles du dépassement de la contradiction actuelle et aider à la prise de conscience de la dialectique de l’histoire présente.

Cette invitation aux particularités ne doit pas se faire de manière parodique ni mimétique, comme nous y invite le Système, mais en Vérité, comme parle l’Évangile, la vérité "révolutionnaire" de Gramsci et celle qui "rend libre" de saint Jean. C’est-à-dire comme un moment essentiel d’un projet de révolution maximale, ayant pour objectif d’inventer un nouveau style de vie. "Tout simplement, je veux une nouvelle civilisation", disait Ezra Pound. C’est bien le moins auquel nous puissions prétendre.

Ce n’est qu’en procédant par étapes que l’on pourra intensifier infiniment la différenciation de l’humanité dans le sens de l’enrichissement et de la diversification de la vie spirituelle, des courants, des aspirations et des nuances idéologiques. Dès à présent, l’internationalisme véritable, au lieu d’être l’idiot utile du capitalisme, doit s’opposer à toutes les tentatives d’homogénéisation mondiale et tendre à défendre sur le mode symphonique les particularismes nationaux, en tant qu’ils peuvent se constituer en fractions d’un souverainisme de libération, mais aussi les particularismes régionaux et individuels. Tel doit être le véritable projet des adversaires du mondialisme. Le reste n’est que bavardage, compromission et désertion en rase campagne.

Que cent fleurs s’épanouissent !

12 Messages de forum

  • Bonjour, Merci infiniment pour cette article qui me donne raison sur ce que je pense et n’arrive pas éxprimer.
  • Est ce bien pertinent de traiter les "altermondialistes" de complices du capitalisme surtout avec tant de virulence ? beaucoup de gens veulent un autre monde mais ne croit plus aux partis "révolutionnaires" existants peut être se trompent ils en cherchant du côté des mouvements altermondialistes mais de telles critiques ne peuvent que les décourager et les renvoyer avec la masse des résignés qui ne luttent plus .
    • Petit rappel : le président du groupe qui a rédigé la Constitution européenne s’appelle Valéry Giscard d’Estaing. C’est lui qui a dirigé et orienté la rédaction de la Constitution européenne.

      Le 1er juin 2005, le peuple hollandais est consulté par référendum. Il doit répondre à une question simple : " Souhaitez-vous l’adoption de la Constitution européenne ? " La quasi-totalité des parlementaires hollandais appelle à voter OUI.

      Le 1er juin 2005, par référendum, le peuple hollandais répond NON à l’adoption de la Constitution européenne.

      Peuple hollandais : 1. Parlement hollandais : 0.

      Deux ans après, Sarkozy et Merkel proposent un nouveau traité : le traité de Lisbonne. Valéry Giscard d’Estaing écrit sur son blog : " Le traité de Lisbonne reprend 98 % de la Constitution européenne. "

      Ce sont ses propres termes : " 98 % ".

      Trois ans après le référendum hollandais, le 5 juin 2008, le peuple hollandais est bafoué.

      Le parlement hollandais vient de faire un coup d’Etat parlementaire.

      Le parlement hollandais vient de faire un putsch parlementaire.

      Peuple hollandais : 1. Parlement hollandais : 1.

      Le prochain match aura lieu en juin 2009 dans les urnes.

      Ou peut-être avant dans la rue, je ne sais pas.

    • Nous ne souhaitons pas plus désespérer la base militante altermondialiste que celle du Parti socialiste en soulignant que leurs dirigeants et idéologues respectifs notamment en prônant le mirage d’une Europe sociale supranationale, ne mettent pas en cause l’existence d’un système totalitaire et atlantiste, au service du capital financier mondialisé. Dans les deux cas nous sommes conscients qu’il y a dans ces mouvances, des militants dévoués et sincères qui se trompent de combat et sont entrainés dans une démarche stérile de diversion. Nous les invitons à une réfléxion politique méthodique et à l’acceptation du débat avec les républicains, que refusent dogmatiquement et avec arrogance leurs chefs autoproclamés mis en scène par la propagande politique et la manipulation des médias domestiqués.CB.
      • La gauche américaine a participé à la dernière réunion du Groupe de Bilderberg !

        Barack Obama et Hillary Clinton y sont allés.

        La gauche américaine bien de chez nous y est allée elle-aussi : Jean-Pierre Jouyet (ministre des Affaires Européennes), Christine Ockrent (épouse de Bernard Kouchner, ministre des Affaires Etrangères), Manuel Valls (député membre du Parti Socialiste), Hubert Védrine (ancien ministre des Affaires Etrangères de Mitterrand) ont fait le voyage de Chantilly, près de Washington.

        Barack Obama et Hillary Clinton se sont rendus à la réunion du Groupe de Bilderberg il y a trois jours : lors de cette réunion, ils ont eu une conversation, mais leurs entourages n’ont pas voulu raconter le contenu de leur conversation aux médias américains. Comme chaque année, le Groupe de Bilderberg se réunit à huis-clos. Les micros sont interdits. Les caméras sont interdites. Les participants n’ont pas le droit de prendre de notes. Toutes les discussions doivent se tenir en langue anglaise. Voici quelques-uns des participants au Groupe de Bilderberg pour l’année 2008 (réunion à Chantilly, près de Washington, du 5 juin au 8 juin 2008) :

        Alexander Keith B. Directeur de la NSA (“ National Security Agency ”)

        Almunia Joaquín, un des 27 commissaires de la Commission Européenne

        Baverez, Nicolas, essayiste, journaliste, chroniqueur de l’hebdomadaire « Le Point »

        Bernanke, Ben S, patron de la Banque centrale des USA

        De Castries, Henri, patron des assurances AXA

        Collomb, Bertrand, patron des Ciments Lafarge

        Fischer, Joschka, ancien ministre allemand des Affaires Etrangères

        Holbrooke, Richard

        Hoop Scheffer, Jaap G. de, secrétaire général de l’OTAN

        Jouyet, Jean-Pierre, ministre français des Affaires Européennes

        Kissinger, Henry

        Kroes, Neelie, une des 27 commissaires de la Commission Européenne

        Mandelson, Peter, un des 27 commissaires de la Commission Européenne

        Margerie, Christophe, patron de Total

        McCreevy, Charlie, un des 27 commissaires de la Commission Européenne

        Montbrial, Thierry de, patron de l’IFRIS (Institut Français des Relations Internationales et Stratégiques)

        Ockrent, Christine, épouse de Bernard Kouchner, ministre français des Affaires Etrangères

        Perle, Richard

        Pérol, François, député, secrétaire général en charge des Affaires Economiques

        Rice, Condoleezza, ministre étatsunienne des Affaires Etrangères

        Rockefeller, David, Chase Manhattan Bank

        Trichet, Jean-Claude, patron de la Banque Centrale Européenne

        Valls, Manuel, député membre du Parti Socialiste

        Védrine, Hubert, ancien ministre des Affaires Etrangères

        Wolfowitz, Paul

        • Bernard Kouchner menace les Irlandais : en cas de victoire du NON, les Irlandais devront revoter !

          Lundi 9 juin, sur RTL, Bernard Kouchner a menacé les Irlandais :

          Les Irlandais doivent absolument voter OUI « pour développer leur commerce, leurs industries florissantes depuis qu’ils sont au cœur de l’Europe ; il faut que l’Europe se développe, qu’elle aille dans le sens du traité de Lisbonne", a-t-il fait valoir, assurant que "l’espoir" à propos de ce référendum pourrait faire place à "une gigantesque incompréhension" si le "non" l’emportait.

          Dans ce cas, le traité ne pourrait "théoriquement" pas être appliqué. La France, à la présidence de l’Union Européenne de juillet à décembre, devrait "continuer, s’acharner" sur les "priorités" définies dans ce cadre, et la France devrait "tenter de convaincre les Irlandais" de "remettre ce traité sur le métier", a expliqué le ministre.

          Mais à Paris, certaines inquiétudes commencent à poindre plus franchement. "En cas d’échec, on est dans la merde la plus totale. Ca va mettre par terre la présidence française" qui commence dans trois semaines, s’alarme en privé un proche du chef de l’Etat. »

          http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/20080609.OBS7711/ue __bernard_kouchner_met_en_garde_les_irlandais.html

  • Je prends comme pseudonyme "jamais d’accord" parce que je ne suis ... jamais d’accord.

    Le texte de P. E Blanrue me fait grand plaisir, parce que je considère aussi que les altermondialisttes ont versé dans la bobo docilité (mais n’est-ce pas qu’ils craignent pour un mode de vie qui est , finalement, le leur ?)

    Je suis en particulier très satisfaite de voir enfin opposer "cosmopolitisme" et "internationalisme." Ce sont deux choses presque antithétiques. Le premier , c’est le rassemblement périodique d’une élite en divers lieux où elle se concerte - et se congratule ; quoi de plus cosmopolite que le G8 ? Le second, c’est le sentiment d’être, là où on se trouve, indéfectiblement lié à tout être humain, là où il se trouve, qui subit les mêmes contraintes , voire la même exploitation ou surexploitation, que soi. C’est le "travailler et vivre au pays" de notre jeunesse, pour tous, et dans des conditions qui ne soient pas infra-humaines, inhumaines, ou tout simplement dégradantes , ni même aliénantes. C’est être partie prenante de toutes les luttes pour un plus-être, où qu’elles se déroulent. N’est-ce pas Jaurès qui disait "Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène" ? Sans parler de la dernière phrase du Manifeste....

    Ceci posé : quels sont les moyens ? Comment, déjà, redonner leur souveraineté aux nations ? Comment convaincre les gens, y compris modestes, que notre civilisation est non seulement infiniment médiocre, mais encore mortifère ? Sans moyens, nous procédons de la même manière incantatoire que vous dénoncez à juste titre chez les altermondialistes. (Sans compter que si je cite souvent la phrase de Céline dont vous faites mention, je pense que ni lui ni Heidegger ne sont vraiment de bonnes références.)

    Je suis persuadée, entre autres, qu’un NON irlandais restera tout aussi lettre morte que le NON néerlandais et français.

    Mais depuis quelque temps j’avoue avoir baissé les bras. Il me semble que tout le monde, sûr d’avoir isolé LE problème et trouvé LA solution, oublie à quel point, plus que jamais, l’espèce humaine (et son environnement écologique !) vi(ven)t en synergie. Amicalement

    • Le journal Le Figaro n’écrit pas le plus important de ce qu’a révélé Bernard Kouchner.

      Le journal Le Figaro n’écrit pas l’expression la plus importante de l’interview de Bernard Kouchner.

      Cette expression, la voici :

      « il faut que l’Europe se développe, qu’elle aille dans le sens du traité de Lisbonne", a-t-il fait valoir, assurant que "l’espoir" à propos de ce référendum pourrait faire place à "une gigantesque incompréhension" si le " NON " l’emportait. Dans ce cas, le traité ne pourrait "théoriquement" pas être appliqué. La France, à la présidence de l’Union Européenne de juillet à décembre, devrait "continuer, s’acharner" sur les "priorités" définies dans ce cadre, et la France devrait "tenter de convaincre les Irlandais" de "remettre ce traité sur le métier", a expliqué le ministre. »

      http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/international/20080609.OBS7711/ue __bernard_kouchner_met_en_garde_les_irlandais.html

      « Remettre ce traité sur le métier. »

      Qu’est-ce que ça veut dire ?

      En clair, ça veut dire qu’en cas de victoire du NON, on demandera aux Irlandais d’organiser un autre référendum, jusqu’à ce que le peuple irlandais vote OUI.

      « Remettre ce traité sur le métier. »

      Lisez cet article du Figaro, vous ne trouverez pas cette expression très importante prononcée par Bernard Kouchner :

      « Bernard Kouchner est-il devenu le meilleur allié des « nonistes » irlandais malgré lui ? Le chef du quai d’Orsay concentrait mardi toutes les critiques de la classe politique irlandaise après ses déclarations menaçantes lundi en cas de victoire du NON au référendum qu’organise jeudi le gouvernement de Dublin sur le mini-traité européen.

      « Les premières victimes seraient les Irlandais. Ils en ont profité [des subventions européennes, ndlr] plus que les autres », avançait Bernard Kouchner au micro de RTL lundi. « Tout le monde va le ratifier. Ce serait très, très gênant qu’on ne puisse pas compter sur les Irlandais qui, eux, ont beaucoup compté sur l’Europe. Un non provoquerait une gigantesque incompréhension », soulignait le ministre des Affaires étrangères. « C’est pas en étant seul qu’on va faire face. Au contraire les Irlandais se pénaliseraient. Pour développer leurs industries florissantes depuis qu’ils sont au cœur de l’Europe, il faut que l’Europe se développe », concluait-il.

      Un avertissement qui a franchement déplu à Dublin, alors que les derniers sondages donnent le « OUI » et le « NON » au coude à coude. « Les propos de Bernard Kouchner sont contre-productifs. Il aurait dû se mêler de ses propres affaires. En Irlande, nous avons prouvé que nous savons prendre nos décisions tout seuls », a vitupéré Mary Harney, ministre de la Santé, sur les ondes de RTE.

      « Les déclarations de M. Kouchner sont mesquines et arrogantes », a renchéri Shane Ross un député indépendant de l’Assemblée nationale irlandaise et un (rare) opposant parlementaire au traité, qui participait lundi soir au dernier débat télévisuel. « S’il nous annonce que nous allons être punis alors que rien n’est décidé, qu’y a-t-il en réserve pour nous lorsque les Français assumeront la présidence de l’Europe le 1er juillet ? » a-t-il poursuivi.

      Les autres partisans du « NON » à cet ultime face-à-face télévisuel ont constamment accusé la France de conspirer pour obtenir une harmonisation des impôts sur les sociétés en Europe. Une réforme qui mettrait fin au très faible régime de taxations en vigueur en Irlande, qui a permis de rendre l’île si attractive aux investisseurs, et qui a nourri la vigueur du « Tigre Celtique ».

      La sortie de Bernard Kouchner clôt une campagne que le gouvernement irlandais avait voulu libre de toute pression et apport extérieurs. Dublin s’était bien gardé de demander à ses voisins européens de l’aider à promouvoir le « OUI ». Seules figures européennes à avoir été autorisées à promouvoir le traité, José Manuel Barroso , président de la Commission Européenne et la chancelière allemande Angela Merkel, qui a tenu une conférence dans la capitale irlandaise en avril.

      Sur le web, on trouvaient plusieurs commentaires d’électeurs courroucés, qui se disaient déterminés (ou du moins confirmés dans leur décision) à voter non après l’ « intervention » de Bernard Kouchner. « Je dois admettre que les propos du type français m’ennuient vraiment, j’étais hésitant avant mais maintenant c’est NON », proclame Petey sur le site de l’Irish Independent. « Tout ce que nous voyons maintenant ce sont des tactiques d’intimidation, désolé cher ministre, je ne cède pas aux petites brutes, pour ça je voterai NON », embraye Jeff Rudd.

      Les propos de Bernard Kouchner arrivent dans un climat très tendu. Un sondage publié vendredi a provoqué un vent de panique en Irlande et dans le reste de l’Union européenne, en donnant pour la première fois le « NON » en tête, 35 % contre 30 % au « OUI ». Un ultime sondage publié dimanche donnait une courte avance au « OUI », mais le grand nombre d’indécis, un Irlandais sur cinq, et la volatilité de l’électorat rendent tout pronostic hasardeux. Signe d’une nervosité croissante du gouvernement irlandais, les trois principaux partis politiques irlandais s’étaient assis autour de la même table lundi pour plaider ensemble en faveur du « OUI ». L’Irlande, par sa constitution, est le seul pays de l’UE obligé d’approuver le traité par un référendum.

      http://www.lefigaro.fr/international/2008/06/10/01003-20080610ARTFIG00612-referendum-quand-kouchner-agace-les-irlandais.php

  • Je ne sais pas si vous avez refusé mon commentaire ou si j’ai fait une fausse manoeuvre- je me risque.

    Je partage votre critique de l’impasse où se trouve l’altermondialisme et de son caractère « bobodocile. ». Je salue tout particulièrement la distinction que vous faites entre « cosmopolitisme » - cette communion idéologique transfrontalière d’élites en général autoproclamées, qui se concertent et se congratulent lors de réunions plus ou moins régulières et festives- et « internationalisme » , dont je pense que nous avons la même définition : se sentir, de là où on vit, solidaire de tout être humain, en particulier de ceux qui subissent les mêmes contraintes, la même aliénation, voire la même (sur)exploitation que soi, et partie prenante de toutes les luttes pour s’en libérer. Dont Jaurès, je crois, disait « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène. » Auquel appelle la dernière phrase du Manifeste. Qui exige « (qu’on soit) d’un temps et d’un pays, (si l’on veut être) de tous les temps et de tous les pays. »

    Mais quels moyens avons-nous de faire prévaloir les aspirations du grand nombre, et même la souveraineté des nations ? Comment ferons-nous comprendre à nos contemporains, même en situation précaire ou (très) difficile, que notre mode de vie est à la fois l’aboutissement inéluctable du capitalisme et la condition absolue de sa survie ? Comment même leur rendrons-nous perceptible l’immense médiocrité de ce mode de vie, et son caractère aliénant, à tous les sens du terme (jamais, du plus loin qu’il me souvienne, nous n’avons été moins libres) ? Qui croit encore que la richesse est aliénante et la sobriété libératrice, et que nous sommes presque tous riches en Occident, même les pauvres ? Quel enfant préfère encore un livre à une visite à Disneyland ? Quel adulte est capable de regarder la mer ou le soleil couchant, durant le quart d’une mi-temps de match de foot ou d’une émission de Desperate Housewives ?

    C’est pourquoi j’ai baissé les bras. Un NON au référendum irlandais, même si une satisfaction est toujours bonne à prendre, aura-t-il l’impact que n’a pas eu le double NON de la France et des Pays-Bas- tous deux membres fondateurs de l’UE, gros contributeurs nets et bien plus peuplés que la verte République d’Eire ? J’en doute plus que fortement.

    Si nous ne prenons pas conscience, chacun d’entre nous, que personne n’a isolé LE problème ni trouvé LA solution, parce que l’espèce humaine (et sa niche écologique !) vi(ven)t en synergie, je plains ceux qui nous survivront.`

    Amicalement

    • Quand un traité n’est pas signé par tous les pays concernés, ce traité ne peut entrer en vigueur. Cette règle est simple. C’est une règle de base du droit international.

      Hans-Gert Pöttering est le président du Parlement européen. Hans-Gert Pöttering est un des membres de l’aristocratie européenne. Il regrette que le peuple irlandais ait voté NON aux réformes du traité de Lisbonne.

      Mais il ajoute aussitôt qu’il garde l’espoir que les réformes puissent entrer en vigueur avant les élections européennes de juin 2009 !

      En clair, l’aristocratie européenne fera tout pour que le traité de Lisbonne entre en vigueur avant juin 2009 !

      En clair, l’aristocratie européenne prévient qu’elle ne tiendra pas compte du résultat du référendum irlandais ! Ecoutons Hans-Gert Pöttering :

      « La majorité des Irlandais n’a pas été convaincue de la nécessité de cette réforme de l’Union Européenne : c’est naturellement une grande déception pour tous ceux qui voulaient davantage de démocratie, d’efficacité, de clarté et de transparence des décisions dans l’Union Européenne. Mais nous ne devons pas oublier que l’Union Européenne a souvent traversé des crises et des temps difficiles. Aujourd’hui encore, nous devons garder la tête froide.

      Le refus du texte du Traité dans un pays membre de l’Union Européenne ne doit pas signifier que les ratifications accomplies dans 18 pays de l’Union Européenne ne sont pas valables. La ratification dans les autres pays européens est à respecter tout autant que le vote irlandais. C’est pourquoi le processus de ratification doit se poursuivre dans les pays qui n’ont pas encore ratifié le Traité.

      De son côté, le gouvernement irlandais, avec les partenaires européens, devra faire des propositions sur les manières d’aller de l’avant dans cette situation. Le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la semaine prochaine à Bruxelles devra prendre en compte la situation après le référendum en Irlande et donner l’occasion au gouvernement irlandais de dresser un bilan et de faire, de son côté, des propositions.

      Nous devons maintenant réfléchir dans le calme à la manière d’avancer. La réforme de l’Union Européenne est importante pour les citoyens et les citoyennes, pour la démocratie et la transparence dans l’Union Européenne. C’est pourquoi j’espère qu’il sera possible de trouver une solution, afin que les réformes puissent entrer en vigueur avant les élections européennes de 2009. »

      http://www.europarl.europa.eu/news/public/story_page/008-31670-168-06-25-901-20080613STO31667-2008-16-06-2008/default_fr.htm

      • Jean-Pierre Jouyet est le secrétaire d’Etat chargé des Affaires Européennes. Le site 20minutes.fr donne des extraits de l’interview de Jean-Pierre Jouyet sur Europe 1. Que dit-il dans cette scandaleuse interview ? Il dit ceci : la seule solution, c’est que les Irlandais revotent !

        http://www.20minutes.fr/article/237145/Monde-Traite-de-Lisbonne-pas-d-autre-solution-qu-un-nouveau-vote-des-Irlandais.php

        A vote gênant, nouveau vote ? Comment faire pour que « l’incident irlandais ne devienne pas une crise », selon l’expression de Nicolas Sarkozy, qui s’exprimait samedi lors d’une conférence de presse commune avec George W. Bush ?

        Alors que la France doit prendre la présidence de l’Union européenne le 1er juillet, son gouvernement commence à chercher comment sortir de la crise institutionnelle créée par le « non » irlandais.

        Et il n’y a « pas d’autre solution » pour sauver le traité européen de Lisbonne qu’un nouveau vote des Irlandais, selon le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, interviewé samedi 14 juin sur Europe1.

        Mais ce vote pourrait avoir lieu après une « adaptation » du texte pour ce pays. « Il faut que le processus de ratification aille jusqu’à son terme, et pendant ce temps-là, il faut laisser le temps de la réflexion aux Irlandais, savoir si moyennant quelques médiations ou une demande de leur part ils peuvent revoter. » « Il est trop tôt pour savoir ce qu’ils vont nous demander », a affirmé Jean-Pierre Jouyet, ajoutant qu’un Conseil européen prévu les 19 et 20 juin pourrait être l’occasion pour le Premier ministre irlandais de faire part de son « analyse ».

        L’hypothèse de cette « médiation », qui interviendrait « au terme du processus de ratification » des 26 autres pays membres de l’UE, est que l’on « se mette d’accord avec les Irlandais sur une demande a minima qui ne rouvre pas le dossier des institutions », a dit le secrétaire d’Etat français.

        « Les Irlandais ont un statut neutre, ils peuvent demander à être exonérés par exemple véritablement de ce qui est la politique européenne de sécurité et de défense dans le cadre du traité de Lisbonne », a-t-il expliqué. Ce serait « une adaptation marginale qui ne concerne que les seuls Irlandais », a-t-il souligné.

        « Soit ils revotent au terme d’une médiation, soit nous continuons à travailler dans le cadre actuel », a-t-il conclu.


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