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Débat

Belgique :prendre en Compte l’Histoire – par Denis Griesmar

Réponse à l’analyse « Belgique : du risque d’éclatement aux graves effets domino possibles » de Georges Gastaud

samedi 1er mai 2010, par Comité Valmy

Le risque d’éclatement que connaît actuellement la Belgique fait débat. Certains de nos amis tel Denis Griesmar, considèrent que la dislocation de la Belgique est inscrite dans le mouvement et la logique de l’Histoire, ce pays ayant été constitué artificiellement pour affaiblir le poids de la France qui devrait donc à terme réintégrer la Wallonie, si sa population le souhaite.

« Rien n’interdit que la Wallonie soit un jour rattachée à la France » estime Pierre Hillard qui ajoute cependant : "Mais il faut d’abord que notre pays retrouve sa souveraineté politique et rompe les liens avec tous les organismes politiques favorables au supranational »…

L’hypothèse de cette dissociation de la Belgique est étayée par le développement d’un nationalisme identitaire flamand relevant de la définition allemande de la nation, basée sur le sol, la langue et le peuple et qui recherche la rupture d’avec la Wallonie, de qui viendraient tous les problèmes.

En réalité, dans la situation géopolitique actuelle caractérisée par le déni des souverainetés populaires, l’éclatement de la Belgique s’inscrirait dans la vision et les ambitions des tenants de l’Europe fédérale des Länder et de la Commission européenne. Elle favoriserait la décomposition des Etats et des nations au profit de l’intégration européenne dans l’Europe fédérale des régions et des ethnies.

Fleurus.


Voir en ligne : Belgique : du risque d’éclatement aux graves effets domino possibles - par Georges Gastaud

Je n’adhère pas à la présentation de la question "belge" développée par Georges Gastaud, même si je connais les dangers d’une exploitation impériale de la situation. En effet, cette présentation a-historique pèche par ignorance du temps long, et par un essentialisme qui enferme les "Belges", fussent-ils des camarades, dans une "belgitude" controuvée. En réalité, il faut comprendre que cette crise (qui couve depuis le début de l’Etat "belge") n’est pas celle d’une Nation en proie à des communautarismes triomphants, et que l’on pourrait assimiler à ce qui se passe un peu partout, mais le retour du refoulé de deux Nations (ou parties de Nations) opprimées, et il serait infiniment regrettable qu’une partie de la gauche française fasse un mauvais diagnostic, par incapacité d’articuler la question sociale avec la question nationale. Il y a un siècle, le député Jules Destrée disait déjà au roi des Belges, dans une lettre restée fameuse : "Sire, il n’y a pas de Belges ! ...

" Et l’incontournable réalité est là : il n’y a pas de nation belge, il n’y a pas de peuple belge. Il y a, pour peu de temps encore, un Etat (si peu) belge (quésaco ?), création de l’Angleterre et de la Sainte-Alliance après Waterloo, uniquement conçue comme un accessoire par rapport à un principal (la France), uniquement conçue pour affaiblir la France, et qui se sera appuyée sur une construction idéologique (le belgicanisme) abracadabrante. Ce n’est pas pour rien le pays de Magritte et du surréalisme ! Il nous faut ici des critères de vraisemblance, parmi lesquels le rasoir d’Occam paraît le plus pertinent. On pourrait certes continuer de soutenir que le soleil tourne autour de la Terre ; simplement, les équations seraient plus compliquées ... Raisonnons par l’absurde : si, comme l’indique le Liégeois Pierre-René Mélon (auteur de l’excellent "Petit glossaire de la sous-France", aux éditions Talus d’approche), l’Angleterre avait gardé l’Armagnac, de son empire colonial aquitain du Moyen-Âge, on trouverait des gens pour dire que l’Armagnac, ce n’est pas tout à fait la France ; on aurait trouvé un Henri Pirennac pour faire la théorie de "l’armagnacisme", etc.

Il arrive un moment où il faut simplement reprendre les choses à la base. Au commencement était la Gaule, qui était, nous dit Jules César, "omnia divisa in partes tres" ... dont la "Belgica", laquelle n’avait ni plus ni moins de réalité que la Lyonnaise. A cette époque, la Belgique, capitale Durocortorum (Reims), n’est que la Gaule du nord. Et si César nous dit que "parmi tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves", il pense en particulier aux Bellovaques, habitants du Beauvaisis, Belges parmi les Belges, qui furent les derniers à lui résister. Il n’y a donc aucune prédestination "belgicaine" là-dedans. Ensuite arrivent les invasions germaniques. Les Flamands sont donc bien des envahisseurs, qui s’étendent un moment jusqu’à "Bonen" (Boulogne), mais ceci ne veut pas dire que la majorité de la population parle un dialecte germanique dans toutes les régions temporairement submergées. La Gaule dans son ensemble résiste et reste de culture romane, et la frontière linguistique s’établit de façon stable au nord des forêts, suivant une ligne allant de Maëstricht à Dunkerque.

Le problème commence à se poser différemment lorsque le grand corps gaulois subit les divisions imposées par les règles de dévolution successorales des princes germaniques, qui ne tiennent évidemment aucun compte des réalités ni des voeux des populations. La Francia occidentalis, première dénomination de notre pays, se voit coupée, pour faire des parts égales entre princes germaniques, d’une création ex nihilo, la "Lotharingie", s’étirant de la Hollande à l’Italie, dont la Lorraine tire aujourd’hui son nom et dont la "Belgique" n’est que le résidu croupion. Peu après, autre tour de passe-passe, la Lotharingie passe à l’Est, et il faudra mille ans aux rois de France pour réparer les dégâts de ces arrangements entre amis impériaux ... A l’époque, et jusque très récemment (il faut se garder de tout anachronisme), il n’y a ni "Flandre", ni "Wallonie" au sens actuel. Il y a diverses principautés, comtés et duchés, ou domaines ecclésiastiques, relevant soit du roi de France, soit du Saint-Empire, selon des critères n’ayant rien de linguistique et découlant tout simplement du partage remontant au traité de Verdun. Le comté de Flandre, où se parlent majoritairement des dialectes bas-allemands non unifiés, mais qui comporte une partie de langue romane, relève du royaume de France.

Une grande partie de la "Flandre" actuelle appartient au duché de Brabant, capitale Louvain, et qui s’étend loin vers le nord, dans les Pays-Bas actuels (région de Bois-le-Duc), mais qui comporte également une partie de langue romane. Le reste de la "Wallonie" (le terme date en réalité du 19ème siècle) est divisée entre le Hainaut, le comté de Namur, l’importante principauté ecclésiastique de Liège et le comté de Luxembourg, sans compter divers petits territoires comme la principauté de Sedan-Bouillon, celles de Salm, de Malmédy ou de Stavelot. Et le roi de France, soumis en permanence à la pression de l’Empire, cherche à faire son "pré carré" - en s’appuyant sur les milices populaires - et à éviter les dangers d’invasion et de morcellement. C’est le sens de la victoire de Bouvines (1214), première manifestation du patriotisme français au Moyen-Âge, contre une coalition - déjà ! - d’Anglais, de Flamands et d’Allemands ... Ensuite, au cours de la Guerre de Cent Ans, l’Angleterre réussit à dresser contre la France une création nouvelle, la "Bourgogne", qui tire son origine d’un apanage donné à un prince cadet de la Maison de France, mais qui, très vite, remet ses roues dans les ornières de la "Lotharingie" et entretient une terrible guerre civile. Période de souffrances épouvantables pour le peuple français, dont notre pays sort épuisé, mais finalement rassemblé pour l’essentiel sous l’égide de Louis XI. Celui-ci aura cependant commis une erreur au cours de son règne : il aura, une seule fois, fait confiance à Charles le Téméraire, sera devenu un temps otage, et obligé de marcher contre Liège ...

C’est à cette époque que grandit Bruxelles, ville de création relativement récente, et dont l’essor doit être compris - et il est fort peu compris aujourd’hui ! - non dans un rapport quelconque avec une "Flandre" et une "Wallonie" qui n’existent pas, mais dans son rôle de capitale de la "Bourgogne" des Grands Ducs d’Occident, Bourgogne qui est, rappelons-le, une création anti-française, et qui aura longtemps retardé, poussée sans cesse par l’Angleterre, l’unification de notre pays. Cependant, cette "Bourgogne" est gouvernée en français, parce que la France, pays le plus peuplé du continent, donne le ton à l’ensemble de la "chrétienté" (plutôt que d’une "Europe" qui n’existe pas non plus), notamment pour des raisons littéraires et culturelles (primauté de l’université de Paris). La langue de culture du continent aura été, pendant des siècles, pendant les siècles cruciaux où se forgent les identités des peuples, le français après le latin. Il n’était évidemment pas question que la cour de Bruxelles adopte un dialecte flamand (lequel ? ...) Mais il faut comprendre, dans ce contexte historique, que l’accusation de "linguicide" lancée aujourd’hui par les Flamingants est totalement dépourvue de sens ... et que la "Bourgogne" est gouvernée, en français certes, mais par des dynasties anti-françaises ! Pour fixer les idées, on serait aujourd’hui parfaitement justifié, du point de vue historique, à baptiser "Belgique" la région de Picardie, "Basse-Bourgogne romane" la région de Wallonie, et "Basse-Bourgogne thioise" la région de Flandre ! ... L’ère moderne, de la fin du Moyen-Âge à la Révolution, est marquée par la lutte entre la France et l’Empire. Et la fragilité de la frontière, voulue par les puissances germaniques (y compris l’Angleterre !) fait que le risque d’invasion est toujours présent : "Eh quoi ! dira le bon roi Henri IV, Paris frontière ! ".

En 1636, les Espagnols sont devant Corbie, sur la Somme, comme le seront les Allemands en 1914 ... A la fin du règne de Louis XIV, l’invasion sera arrêtée de justesse, à Malplaquet et à Denain. Et la survivance des "Pays-Bas belgiques" (il s’agit d’un adjectif) ne tient qu’à l’acharnement des puissances germaniques impériales à remuer le couteau dans la plaie, d’autant que Louis XV ne sait pas profiter de la victoire de Fontenoy, et travaille en réalité "pour le roi de Prusse". Cette région passera donc sous la domination espagnole, puis autrichienne ... Si l’Ancien Régime avait duré plus longtemps, on aurait peut-être vu des Pays-Bas danois, mongols, mexicains ! ... Il s’agit en réalité, pour l’Empire et ses valets, d’empêcher la France de compléter son unité. Les Wallons sont ensuite partie prenante de la Révolution. Présents à la Fête de la Fédération, ils partagent le destin de la France jusqu’à la chute de Napoléon. La région est divisée en départements : Jemmapes (chef-lieu Mons), Sambre et Meuse (chef-lieu Namur), Ourthe (chef-lieu Liège), sud du département de la Dyle (chef-lieu Bruxelles), et département des Forêts (dont le chef-lieu est à l’époque Luxembourg). Les Flamands sont dès cette époque moins enthousiastes, et tirent sur les soldats français en retraite lors de la déroute de Napoléon ...

Le Congrès de Vienne, sous l’égide de l’Angleterre et de la Sainte-Alliance, arrache, contre leur volonté, les Wallons à la France, et crée le Grand Royaume des Pays-Bas, sous le règne du souverain hollandais ... avec garnisons aux frontières française (Bouillon) ... A Luxembourg, la garnison est prussienne ... Il faut bien comprendre une chose, que les historiens relèvent rarement : si la frontière française, après 1815, semble n’avoir pas bougé depuis 1789, en réalité, le rapport de forces est tout différent, et cette frontière est encore fragilisée, pour deux raisons principales :

La principauté de Liège, "petite France de Meuse", et dont les habitants se sentent français (et célèbrent encore aujourd’hui le 14 juillet) a disparu ;

La Rhénanie a été donnée en cadeau ( ! ) à la Prusse ... contre la volonté de ses habitants ... donnant ainsi à la Prusse les bases d’une formidable puissance industrielle et militaire. Noter qu’on a ainsi, dans les faits, appliqué un "principe de nationalité" ... contre la volonté des Rhénans, qui ne voulaient pas devenir Prussiens ... alors que l’application de ce principe de nationalité était refusée à la France ... Dans les faits, si l’on regarde la carte, on se demande bien quel caractère "national" pourrait permettre de distinguer entre Lille et Tournai, entre Valenciennes et Mons, entre Goegnies-chaussée et Gognies-chaussée, où l’on traverse une frontière en changeant de trottoir, entre Rocroi et Chimay, entre Sedan et Bouillon, entre Stenay et Virton ... Cependant, il apparaît bientôt que le congrès de Vienne a poussé le bouchon anti-français un peu trop loin, et que le roi hollandais cherche à néerlandiser le sud de son royaume. C’est alors la révolution de 1830 ... mais l’Angleterre oppose son veto à la réunion avec la France. Nouveau veto face au souhait exprimé d’avoir au moins un Prince français, un fils de Louis-Philippe ... L’Angleterre va chercher un prince de Saxe-Cobourg Gotha, qui ne parle qu’allemand ... Curieuse dynastie : et pourquoi pas Mamelouk-Chulalongkorn-Monomotapa ? ...

C’est alors que se produit la première révolution industrielle. Le sol est riche, les hommes sont entreprenants, et le succès est énorme ... avec sa contrepartie, l’apparition d’un immense prolétariat ouvrier dans le "U industriel wallon" ... Mais on voit bien que le but de l’Angleterre est atteint : empêcher une France ayant inclus la Wallonie de faire jeu égal avec l’Angleterre ou l’Allemagne ... Mais l’Angleterre, omnubilée par le "danger" napoléonien français, et préparant la "guerre d’avant" comme l’Etat-Major français de 1940, n’a pas davantage vu la Prusse derrière la France que, de nos jours, les Etats-Unis n’ont vu la montée de l’Iran derrière l’Irak ... Le succès de la bourgeoisie de ce nouvel Etat (cette bourgeoisie étant francophone des deux côtés de la frontière linguistique) amène donc la création d’une entreprise de justification idéologique : le "belgicanisme" ou "pirennisme", du nom de son principal "historien", Henri Pirenne, prétendant rétroactivement retrouver un déterminisme belgicain depuis la préhistoire (il est piquant de remarquer que, dans les musées belges, on parle de "période belgo romaine" ... alors qu’on ne parle nullement, en France, de période "lyonno-romaine"). Il y a donc là une fantastique entreprise de réécriture de l’Histoire ... dans un sens anti-français. C’est là une chose que les Français ont du mal à comprendre. Car ladite "Belgique" se sent en permanence obligée de justifier son existence, et donc sa non-francité, réelle ou supposée ... Et le plus important est que ladite "Belgique", au XIXème siècle, préfigure bien "l’Europe" des XXème et XXIème siècles : un collage, un bricolage de Nations, collage impuissant par construction, et objectivement à la botte de la puissance anglo-saxonne dominante du moment : l’Angleterre au XIXème siècle, les Etats-Unis aujourd’hui !

Cependant la masse du peuple flamand, restée de langue thioise, prend peu à peu conscience de sa situation de peuple sans Etat, et aspire à une existence nationale. Le problème est que le mouvement flamingant, dès le début, présente, à côté d’une aspiration légitime, certains caractères ethnicistes empruntés aux traits les plus troubles du romantisme, puis du pangermanisme allemand ... Et que les mesures de justice donnant sa place à la langue néerlandaise (en devenir, et qu’il s’agit d’unifier) s’accompagnent de discriminations envers les Francophones de Flandre (appelés "Fransquillons") et peu à peu dépouillés des droits humains les plus élémentaires (comme l’auront constaté, plus tard, les enquêteurs du Conseil de l’Europe à propos de la banlieue de Bruxelles) ... Ainsi, lorsque l’université de Gand est flamandisée, cette mesure s’accompagne-t-elle d’une interdiction de tout enseignement en français dans la ville. Et chacun se souvient que, dans les années 1960, les Francophones furent chassés à coups de pierres de l’université de Louvain ! ...

L’accession de la Flandre au rang d’Etat indépendant, aspiration légitime si telle est la volonté du peuple, ne justifie donc pas n’importe quoi ... Bref retour sur l’Histoire du XXème siècle : En 1914, Joffre est dans la situation d’un général en chef qui a déjà perdu une grande bataille, avant qu’un seul coup de fusil n’ait été tiré. Si la Wallonie (car c’est la Wallonie qui est stratégique - il faut savoir lire une carte) avait été française, pas de Plan Schlieffen. Pas de bataille désastreuse de Charleroi - mais une bataille du Rhin, ou mieux, une dissuasion d’attaquer, du fait de la présence de l’Armée française sur les hauteurs couvrant les forts de Liège. Il aurait fallu à l’Allemagne, soit violer la neutralité hollandaise, et prêter le flanc à une contre-attaque sur des lignes exagérément étirées jusqu’à l’Escaut, soit percer à travers la trouée d’Arlon, qu’il n’aurait pas été au-dessus des forces de militaires, même moyennement doués, de fortifier solidement. Oui, vous avez bien lu : l’analyse permet de dire que l’existence même de la "Belgique" aura coûté des centaines de milliers de morts dans les deux Guerres mondiales ! Cela indépendamment du caractère sympathique de la majorité des "Belges" ... Ce piège monté par l’Angleterre continue donc de fonctionner avec la Deuxième Guerre mondiale.

Après avoir dénoncé l’alliance française, envoyé un télégramme de félicitations à Hitler pour son anniversaire ... le roi Léopold III masse la moitié de ses troupes face à la France ... Là encore, on peut estimer que si la Wallonie avait été française, la direction de l’attaque nazie serait apparue plus tôt, donnant ainsi un délai crucial pour éviter de tomber dans le piège tendu par Manstein et Guderian, même avec le préjugé initial considérant les Ardennes comme "infranchissables". Mais on peut également estimer qu’une dissuasion aurait joué si la France, encore une fois, n’avait pas eu cette fragilité de sa frontière (relevée par exemple en 1918 par un député français, Fernand Engerand, dans son livre "Le secret de la frontière - Charleroi" - consultable à Beauboug, ou pouvant être commandé sur Internet ... puis par De Gaulle, dans son étude sur les fortifications françaises ...) Noter que le déséquilibre démographique entre la Flandre et la Wallonie, déséquilibre permanent, car organisé par la Sainte-Alliance avec le découpage artificiel des frontières de cet Etat artificiel, est aggravé par le fait que les Allemands libèrent immédiatement les prisonniers flamands, et retiennent les wallons ... Noter également que si les collaborateurs ont existé, côté francophone, avec le mouvement rexiste dirigé par Léon Degrelle, la collaboration est beaucoup plus étendue et plus profonde en Flandre (comme elle l’aura été dans la Première Guerre mondiale, avec le Grand Conseil de Flandre). On en trouvera un écho chez Jacques Brel (pourtant d’origine flamande), et dans le film de Delvaux, "Femme entre chien et loup" ... Après la Libération, et la régence du prince Charles, apparaît donc la "question royale", en 1951, car le roi Léopold III veut remonter sur le trône.

La Wallonie se soulève, la grève est insurrectionnelle (on chante la Marseillaise comme l’Internationale, on voit apparaître des drapeaux français). Les troupes royales tirent sur le peuple. Mais les Wallons ont gain de cause. Ce sera la dernière fois. Noter encore que, dès 1945, le Congrès national wallon (mais le mot "national ne doit pas faire illusion : la Wallonie n’a aucune conscience nationale, la Nation en question est la France) adopte une résolution demandant la réunion à la France ... avant de se rallier, in extremis, à la solution d’un fédéralisme lâche qui se révélera illusoire). De plus en plus, Flandre et Wallonie divergent. Il est clair qu’il s’agit de deux peuples différents, qui n’ont pas la même notion de la citoyenneté, qui ne lisent pas les mêmes journaux, qui ressentent chaque événement différemment, qui font des choix politiques différents. Et la Flandre abuse de sa position "majoritaire" automatique, et accapare les investissements. Le port de Zeebrugge, l’aéroport de Zaventem, sont nationaux belges lorsqu’il s’agit de les payer, et nationaux flamands lorsqu’il s’agit d’en profiter ... La Flandre "désosse" peu à peu l’Etat belge à son profit, comme le remarque Claude de Groulart, dans son ouvrage "De Gaulle : vous avez dit Belgique"...

Dans ce contexte, la Wallonie industrielle ne reçoit pas les investissements qui auraient pu préparer sa reconversion. Le prolétariat wallon est abandonné à son sort. Une agglomération comme Charleroi est sinistrée : la Bande dessinée ne suffit pas pour donner des emplois à tout le monde ... Il est inutile de poursuivre la démonstration : la coupure a été faite au mauvais endroit en 1830, et chacun des deux peuples prisonniers de cette "petite prison des peuples" qu’aura été la Belgique est parfaitement justifié à se rendre maître de son destin. Reste la question de Bruxelles. Bruxelles a été construite au XIème siècle sur les marais de la Senne, à quelques kilomètres (quelques kilomètres seulement) au nord de la frontière linguistique. Petite ville au début (la capitale du duché de Brabant était Louvain - Leuven), elle s’est développé, comme nous l’avons dit plus haut, dans la perspective d’une "Bourgogne" anti-française ...

... Et l’on peut rappeler ici le projet de Roosevelt de créer, entre la France et l’Allemagne, un Etat tampon, prélevé uniquement sur la substance française, et réunissant l’Alsace-Lorraine, la Wallonie et le nord de la France ...

Bruxelles, donc, administrée en français par des dynasties anti-françaises, devient naturellement une ville francophone, grossie par des apports tant wallons que flamands dans des proportions impossibles à quantifier avec précision, même si certains bas quartiers de la ville seront restés assez longtemps néerlandophones.

Mais aujourd’hui, de par la simple évolution de la vie moderne, l’agglomération s’est étendue, d’autant que la spéculation immobilière aura chassé une partie des habitants d’un centre ville bétonné. Et les politiques, au début des années 1960, ont concocté, derrière le dos du peuple, une délimitation très restrictive de la région bruxelloise : 19 communes, auxquelles s’ajoutent 6 communes "à facilités", dans lesquelles les habitants ont le droit - que conteste de façon répétitive la Flandre - d’être administrés en français. Au-delà - et ceci est d’une extrême importance - existe ce qu’on appelle le district BHV (Bruxelles Halle Vilvoorde) dans lequel les habitants ont le droit de voter, s’ils le désirent, pour des listes francophones, et aussi d’être jugés en français. C’est aujourd’hui ce district que les Flamands, mus par une conception ethniciste et communautariste de la Nation, veulent scinder ... sans demander l’avis de la population !

L’importance de BHV se mesure au fait que c’est la seule unité administrative qui chevauche les limites par ailleurs rigides des régions linguistiques belges, et que la jurisprudence internationale transforme, sinon, les limites administratives en frontières d’Etat. Il est donc crucial d’exiger un référendum pour demander aux habitants des communes à facilités, et à ceux des communes de BHV (et en tenant également compte des remaniements et regroupements de communes auxquels la Flandre a procédé pour s’efforcer de "noyer" les Francophones) à laquelle des entités ils veulent se rattacher : Flandre, ou Wallonie-Bruxelles (les communes à majorité francophones établissant une continuité territoriale entre Bruxelles et Wallonie - anathème pour les nationalistes flamingants).

A cela il faut ajouter que la région des Fourons, limitrophe des Pays-Bas au sud de Maëstricht, et dont les habitants ont toujours voulu se rattacher à la province de Liège (ou département de l’Ourthe), s’est vue rattacher de force au Limbourg néerlandophone, en "compensation" du rattachement de Mouscron (voisin de Lille-Roubaix-Tourcoing) à la province du Hainaut. Ce rattachement des Fourons à la Flandre s’est accompagné de manipulations éhontées : droit de vote accordé (au nom de "l’Europe") aux Néerlandais de Maëstricht venus s’établir côté belge parce que les impôts locaux étaient plus faible, construction de maisons de retraite et de casernes de pompiers néerlandophones pour faire basculer la majorité : il y a là également déni de justice ... mais les représentants de la population sont encore aujourd’hui inaudibles, car leurs protestations sont versées dans un amalgame d’ "histoires belges" ...

En résumé, au-delà des détails d’une histoire apparemment complexe, les faits sont simples : tout aura été bon, depuis des siècles, à l’Empire, pour empêcher la France de parfaire son unité. Il y a en "Belgique" deux peuples : le peuple flamand, qui aspire à une existence étatique, et les Wallons, qui sont des Français empêchés, mais qui ont tellement intégré, depuis longtemps, le fait qu’ils sont en réalité dépendants de puissances étrangères, qu’ils sont atteints par une sorte de "syndrome de Stockholm" collectif, et croient encore, vaguement, que la "Belgique" est leur pays - mais cela n’a aucun sens, dès lors que la majorité des "Belges" ne se définissent que comme "Flamands", et qu’ils suivent des politiques dont le mot d’ordre est "België bärst ! " ("Crève, Belgique !" )

Le dernier Premier ministre francophone fut M. Leburton, il y a très, très longtemps. Et il est inutile de s’illusionner : les "solutions" du genre "circonscription unique" ont toutes été refusées par les Flamands. Et les politiques flamands sont bien représentatifs de leur peuple. Cela n’a aucun sens de répéter, de façon éculée, que "les problèmes des vrais gens" sont autres ... Et l’on voit poindre, derrière toutes ces propositions, le bout d’une certaine oreille, flamingante, ethniciste, communautariste, pangermaniste et impérialiste. Le pire étant peut-être les magouilles de M. van Parijs qui cherche par tous les moyens à noyer l’immense majorité francophone de Bruxelles ... C’est bien dans ce cas, en vérité, qu’on aboutirait à un déni de démocratie et à une anglicisation de ce qui est une des grandes métropoles francophones du monde ... Et l’extrême-droite flamande, aux scores électoraux effarants, poursuit ses objectifs avec une obstination d’insecte ...

Les péripéties actuelles, et l’énorme pression exercée par les Flamands pour scinder BHV, aboutissent à une prise de conscience accélérée. La France, évidemment, n’a aucune envie d’annexer une population contre sa volonté, mais chacun sait que pour que la démocratie s’exerce, le peuple doit pouvoir s’informer de façon contradictoire ... ce qui n’est pas encore vraiment le cas en "Belgique" ... même si les "Frunkeupheunes", de plus en plus, se rendent compte que la Belgique de papa est morte, et que le moment de vérité approche.

Et c’est une mauvaise analyse que celle qui verrait obligatoirement, dans l’inévitable scission de la "Belgique", le risque de création d’un "territoire fédéral" "européen" (sic). La réalité est que la Wallonie ne doit pas, dans son évolution, être freinée par Bruxelles (qui, aujourd’hui, s’appuie sur elle pour faire contrepoids à la Flandre). Bruxelles qui suivra inéluctablement la Wallonie. Il ne faut pas se laisser impressionner par les sirènes de l’Empire. D’un Empire qui se disloque. Mais maintenir l’exigence de la démocratie, et de la consultation du peuple (francophone à plus de 90 % dans l’agglomération de Bruxelles) sur son destin. Bruxelles doit choisir entre le destin de Lille et celui de Dantzig. Or la Wallonie, surtout du fait du sous investissement évoqué plus haut, n’est pas économiquement viable. Et n’a pas de conscience"nationale" (mais une conscience régionale).

Et la France n’a aucun intérêt à voir s’établir à ses frontières un Etat croupion réinventant le belgicanisme en plus riquiqui (on voit un groupuscule wallingant ultra-minorataire, d’inspiration trotskyste et post-soixante-huitarde, décréter que le "wallon" serait une langue romane distincte du français ...)

On voit bien où mène tout cela : à l’affaiblissement de la France, de la République, et de la notion de Nation. Il est donc crucial de bien analyser ce qu’est la "Belgique", et de ne pas se laisser aller à des amalgames trompeurs. La sécurité, la pérennité de la France sont à ce prix. Et là encore, comme au Québec, il nous appartient de rattraper les gaffes de Louis XV. Ceci, sans agresser quiconque, mais dans la pleine conscience de ce que représente l’unité française dans l’Histoire.


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