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Le mariage de D. Peskov : première grande faute politique du porte-parole du Président russe
par Karine Bechet-Golovko

jeudi 6 août 2015, par Comité Valmy


Le mariage de D. Peskov : première grande faute politique du porte-parole du Président russe

D. Peskov, porte-parole du Président russe V. Poutine, est habituellement un homme plutôt discret et particulièrement efficace, comme l’exige sa fonction. Pourtant, à l’occasion de son mariage surmédiatisé avec une ex-star du patinage artistique reconvertie dans le glamour, il vient de commettre plus qu’une faute de goût : une faute politique.

Dmitri Peskov vient d’épouser Tatiana Navka, qui fait toujours la une des journaux, mais plus pour ses exploits sportifs. La fête a eu lieu à Sotchi, lieu très à la mode depuis les JO, dans un des plus grands hotels de la ville, le Grand Hotel Rodina, dont le restaurant panoramique surplombe la ville à 2000 m au-dessus de la mer.

Le nom "Rodina" attribué à un lieu totalement glamour est un signe du temps, confirmé par l’événement.

Donc l’on retrouve à ce mariage tout le gratin "mondain", en tout cas tout ce qui brille et veut briller à tout prix - et réellement quel qu’en soit le prix, notamment le bon goût, voire le savoir vivre, un peu de culture politique et allons jusqu’au respect de soi. Oublions. L’on y retrouve la gloire incontournable de la musique "popsa" Kirkorov - bien passé par le lit de l’auproclamée Prima donna (non, le ridicule ne tue vraiment pas nous en avons la preuve) à savoir Alla Pugacheva pour obtenir son statut. L’on y croise des chanteurs d’opéra reconvertis dans le fric et les shows faciles de fin d’année comme N. Baskov. Les époux Mitvol, dont le mari, Oleg Mitvol, dirige le Conseil central du Parti populaire l’alliance des verts. Et beaucoup d’autres, mais cet invité va jouer un rôle amusant dans le spectacle pas tant improvisé que cela.

Bref, entouré de tant de belles personnes, plus riches les unes que les autres, que faire ? Un simple fonctionnaire, certes de haut rang, mais fonctionnaire quand même, ne peut comparer ses revenus avec ces personnes ... donc ses dépenses non plus. Or, il ne peut se permettre de figurer le parent pauvre de cette élite glamour post-moderne. Qui par ailleurs aime tellement son pays. La preuve, l’hotel où se passe la soirée s’appelle Rodina, autrement dit Patrie. Leur choix est donc fait et bien affirmé. Tout doit donc être pardonné, voire autorisé. Rodina...

Et c’est à ce moment culminant de bonheur familial et patriotique que tout dérape. Tout ça pour une montre. Comme l’affirment certains journalistes :

Vladimir Soloviev ‏@VRSoloviev 2 août
Счастливая у нас страна, если все обсуждают исключительно часы Пескова. И это является главной темой дня.

Ainsi, pour le journaliste politique russe Vladimir Soloviev, la Russie est un pays heureux s’il n’y a rien de plus important à discuter que la montre de Peskov.

Certes, l’on pourrait évidemment réagir de cette manière s’il s’agissait d’une montre adaptée au niveau de revenus du porte-parole du Président. Or, justement, l’on est très loin du compte. Et ce qui dérange, c’est que l’affaire a été révélée par Navalny. Cet individu, notamment formé aux Etats Unis, empêtré dans des schémas de corruption qu’il a mis en place dans le cadre de sa lutte justement contre la corruption, commerce plutôt rentable en fait, ce qui ne l’empêche pas de se montrer en "prisonnier politique". Plus d’infos ici.

Mais la montre en question est très loin d’une montre banale :

C’est une Richard Mille RM 52-01, sortie à 30 exemplaires, qui coûte environ 620 000 $. Nous sommes très loin des revenus déclarés et des cadeaux légalement acceptables pour tout fonctionnaire russe. Alors d’où vient l’objet de tous les scandales ?

Et là aussi, la communication s’emballe et se prend les pieds - dans le voile de la mariée. Car il est tout d’abord déclaré, par le marié lui-même, qu’il s’agit d’un cadeau de sa belle ( et riche ) épouse et que donc, décemment, il ne pouvait pas ne pas le porter.

Dans le même temps, oups, un "ami", justement le fameux "grand" politicien glamour Mitvol veut l’aider et raconte à la presse une histoire sans dessus-dessous. Ainsi, en préparant la cérémonie, ils se demandaient tous de quoi les journalistes allaient se souvenir. Alors ils ont décidé de leur jouer "un bon tour". D. Peskov aurait emprunté cette montre à un de ses amis pour la porter juste devant les journalistes.

C’est absurde et d’un goût même plus douteux, simplement très mauvais. Mais tout n’est pas fini, car l’épousée réagit aussi et, reprenant la main, affirme avoir bien offert la montre à son cher et tendre.

Cette histoire tombe quand même très mal. Juste quand l’on rogne sur le budget, juste quand il y a une crise, juste quand les gens se demandent encore combien de temps va durer ce conflit qui ne veut pas porter son nom entre la Russie et l’Occident.

A ce moment-là, le porte-parole du Président s’offre une opération de communication pour rehausser son niveau social, un mariage glamour avec tout ce qu’il faut. Pour celler son nouveau statut social, il reçoit cette montre. Cette fois ça y est, ce n’est pas pour rien qu’il a travaillé dans l’ombre toutes ces années. Ca a fini par payer. Et lorsque ça paie, ça doit se voir et ça doit se dire. Sinon, aucun intérêt.

Alors qu’après les événement de Bolotnaya de la fin 2011, les BOF russes ont été tenus en laisse, à tel point que l’on pouvait presque se dire qu’ils avaient finis - par hasard ou par erreur - à évoluer et que l’on serait enfin débarrassé de ces étalages de mauvais goûts signifiant à quel point ces individus sont encore et surpris par leur réussite et incertains de la tenir.

Et bien non. Avec la vague patriotique qui, à juste titre dans la population, s’est élevée lors du retour de la Crimée et des sanctions qui en suivirent, il semble que finalement tout soit permis. Tout est permis, car le pays est patriotique. Donc l’on peut revenir à ses petites habitudes, les gens ne diront rien, ils aiment leur pays.

Mais ont-ils envie que leur pays ce soit ça ? Ces fêtes glamours décalées ? L’on peut en douter très sérieusement. A l’époque, à une autre époque, à cette époque où les hommes d’Etat dirigeaient les pays en Europe, Charles de Gaulle payait ses factures d’électricité personnelles à l’Elysée. Une autre époque, d’autres hommes. Pas seulement en Russie d’ailleurs ...

C’est donc ici que D. Peskov a commis une faute politique. Pas une faute de goût. Non, une faute politique. Qui rejaillit sur le présidence elle-même.

Que finalement D. Peskov vienne de démontrer que sa culture n’était que superficielle et travaillée pour sa fonction, c’est son problème et celui de sa femme, puisque c’est un "problème" qu’ils ont manifestement en commun, à tous les sens du terme.

Mais il occupe une fonction qui donne aussi le ton. Et donc il affirme par les faits que c’est permis. A nouveau permis. C’est permis de se vautrer dans le mauvais goût et la fausse abondance, il n’y a plus de danger de soulèvement populaire, le pays est pacifié, il est patriotique.

Dans un pays qui fonctionnerait sur le mode politique, une sanction devrait immédiatement être prise. Elle ne le sera pas.

Plus que décevant, c’est surtout inquiétant. Y a-t-il encore beaucoup de "Peskov" ? Combien de personnes estiment encore que la "Patrie" doive rembourser l’avance qui lui a été faite en 2011 ?

Karine Bechet-Golovko
lundi 3 août 2015

Russie politics


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