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Lugansk : assassinat du dernier commandant indépendant Mozgovoï
par Karine Bechet-Golovko

jeudi 28 mai 2015, par Comité Valmy


Lougansk : assassinat du dernier commandant indépendant Mozgovoï

Le 23 mai à 17h50, en sortant de Mikhaïlovka sur la route Lugansk-Altchevsk, la colonne de voitures dans laquelle se trouvait Alexeï Mozgovoï est tombée en embuscade et a sauté sur des mines. En plus, de nombreuses traces de tirs à l’arme automatique ont été relevées. Les hommes chargés du travail savaient exactement où il se trouverait, à quelle heure. Il n’avait aucune chance de survie. Avec lui sont morts encore 6 personnes.

Vidéo du lieu + 18 ans :

Et la question qui se pose est qui a bien pu faire ça ? 4 versions sont aujourd’hui avancées. Les moins solides : une opération criminelle locale et la main du Kremlin. Les deux les plus argumentées : une des conséquences des règlements de comptes internes à la République populaire de Lugansk (RPL) ou une opération spéciale sous couvert ukrainien. En tout cas, la revendication par le groupe ukrainien TIENN ne tient pas.

Cet article est fondé sur l’énorme travail fait par Colonnel Cassad ici ici et ici

L’impossible implication criminelle locale

Une opération de cette ampleur impose un travail en amont considérable : repérage, récupération d’informations ... L’on peut douter de telles capacités de la part de bandits locaux. De même, la manière dont le travail a été réalisé fait plus penser à des professionnels qu’à des amateurs.

L’incontournable Kremlin

Dès qu’une personne est tuée en Ukraine, Kiev accuse Moscou, voire directement V. Poutine. Ici il ne sera pas fait exception à la règle. Mais la patte du Kremlin semblerait se croiser avec celle de groupes de la RPL qui auraient passer un accord pour écarter le gêneur A. Mozgovoï. Si l’on écarte le folklore ukrainien en la matière, un aspect de la question pourrait, à première vue, prêter à discussion.

Et lorsque l’on parle de la Russie, l’on parle du business, donc des oligarques. Il faut ici attirer l’attention sur l’oligarque local qui essaie de tirer son épingle du jeu, en tout cas de ne pas la perdre, entre tous les remouds politiques de la région. Il s’agit d’Akhmetov. Akhmetov a réussi à obtenir un certain soutien de groupes à Moscou, comme pouvant être une sorte d’oligarque qui pourrait servir d’intermédiaire local et tenir tout ce fourbis. Il ne tient rien, mais il a sauvé son business.

Des négociations avaient été tentées entre lui et Zakhartchenko (République populaire de Donetsk) sur une sortie de crise, mais ces négociations ont échouées. Quelques temps après, Zakhartchenko a été victime d’un attentat, a essuyé des tirs dans les jambes et boite toujours.

Quels sont les liens concrets entre Akhmetov et Moscou, aucune idée. Certains avance l’incontournable Surkov, qui s’occupe dans l’ombre et toujours de sa manière assez torve du dossier. Mais la chaîne d’implication est longue et les liens peuvent être multiples. Toujours est-il que le lien fut assez fort pour bloquer la prise de Mariupole en septembre 2014 et lancer Minsk en urgence. Pourquoi Mariuopole ? Car c’est le seul port maritime qui appartienne à Akhmetov. A côté, c’est celui d’Odessa et il appartient à Kolomoïsky. Si Mariupole est pris par les combattants du Donbass, Akhmetov met son business en péril et ne pourra plus expédier par voie maritime, car une expédition en partance du Donbass et non d’Ukraine risquerait de ne pas être acceptée, sans compter les surfacturation de risques etc pour les livraisons. Le message a été passé, il a convaincu et Akhmetov a gardé son business. Le Donbass a perdu Maruipol et la population a été laissée pour compte.

Evidemment, ce type de décisions ne plait pas énormément à ceux qui font la guerre, non pas dans les bureaux de consultants, mais sur le terrain. Et Mozgovoï en faisait partie. Mais pour être évincé de la sorte, encore devait-il présenter un danger. Et c’est là que le raisonnement blesse. Politiquement, Mozgovoï ne présentait auncun danger, car son poids politique était réduit. Donc sa faculté de nuisance aussi. Ce qui fragilise sérieusement la voie du Kremlin dans ce cas précis.

Un possible règlement de comptes intérieur à la RPL

Même si l’on en parle peu, les règlements de comptes furent assez nombreux dans la jeune république de Lugansk, qui, par manque crucial de professionnalisme, est beaucoup plus enclin au scandale que sa voisine de Donetsk.

En fait, Mozgovoï restait le dernier commandant de brigade indépendant. Il n’est plus. Mais il n’est pas le seul à être tombé dans des circonstances parfois surprenantes.

Mozgovoï était en conflit avec le chef de Lugansk, Plotnitsky, depuis septembre 2014 en ce qui concerne l’avenir de la République de Lugansk. En octobre, sous pression de Moscou, il est tenu de s’associer pour la troïka avec Plotnitsky et l’ataman Kozitsyne. Une fois que Plotnitsky a gagné les élections locales, les nombreux commandants qui étaient dans l’opposition furent écartés les uns après les autres. Il s’agit de Kozitsyne, Dremov, Bednov, Fominov, Bugrov (ancien ministre de la défense de RPL), Ishchenko. Ils furent même accusés de fomenter un coup d’Etat contre Plotnitsky.

Et maintenant où sont ils ? Soit écartés, soit morts, soit arrêtés - parfois même en Russie.

Un violent confit avait éclaté entre Plotnitsky et l’ataman Kozitsyne pour savoir qui avait le plus vendu de charbon au régime ennemi de Kiev, le tout évidemment avec les business man locaux qui en faisaient autant mais au noir. Bref, cela a fait couler pas mal de sang dans le style des années 90.

Début janvier, A. Bednov est assassiné et débute la campagne pour discréditer des commandants de Lugansk, notamment le commandant E. Vanguer. Tout cela va avoir des répercussions sur l’image et la réputation du pouvoir local à Lugansk. Cette vague de discréditation s’est également renforcée avec la manière dont le désarmement des groupes a été conduit, et finalement l’arrestation du commandant Fominov, dont le lieu de détention est encore inconnu.

Le 23 janvier, le commandant I. Ichenko est assassiné à côté de Pervomaïsk, il avait soutenu Dremov contre Plotnitsky et l’accusait de détourner l’aide humanitaire et de pactiser avec Kiev.

En mars, après Debaltsevo, une nouvelle phase de conflit intérieur est activée, cette fois avec les casaques. Le FSB arrête à la frontière l’ataman Kozitsyne, avant qu’il ne soit relâché avec quelques bleus et un autre état d’esprit. Le 1er septembre, Bugrov est arrêté à St Petersbourg pour de la contrebande liée avec l’entreprise de Rotenberg.

Toute cette année 2014 a été soupoudrée par la campagne négative lancée par l’écrivain polémiste russe Kourguinian "catalogué" patriote et ses milieux moscovites afin de salir au maximum l’image des commandants.

Après Debaltsevo, Mozgovoï a été accusé des pertes subies en raison d’erreurs de commandement. Il a pu sauver sa brigade, mais elle a été fortement réduite. Et en mai, il lui fut interdit d’organiser une parade militaire à Altchevsk. Le 8 mai il déclare avoir reçu des menaces d’arrestation et de mort de la part de certaines personnes proches du pouvoir à la RPL.

Donc, le fait que Mozgovoï ait été victime d’un règlement de compte politique interne n’est pas à exclure, l’on se rappellera l’assassinat de "Batmen" en janvier 2015, reconnu par les autorités locales qui ont tenté de la justifier.

La piste ukrainienne

Comme d’habitude, la communication ukrainienne est passionnante. Car toutes les versions, contradictoires, sont avancées simultanément avec un sérieux indécrottable. Alors que la Russie est immédiatement montrée du doigt, un groupe militaire ukrainien, TIENN, s’attribue le mérite de ce fait d’arme, si l’on peut dire.

Théoriquement, il peut y avoir un intérêt certain pour l’Ukraine à se débarrasser de Mozgovoï. Il est un héros du soulèvement du Donbass, un héros charismatique, qui mène une guerre sévère contre Kiev, notamment sur le terrain de l’information en communiquant abondamment. Le pouvoir ukrainien était parfaitement au courant des conflits internes dans la jeune république, pouvait utiliser pour se dédire l’assassinat "estampillé" de "Batmen".

En plus réaliser un tel coup d’éclat, à plus de 50 km à l’intérieur de la zone contrôlée par les combattants, y entrer sans être repéré, obtenir toutes les informations en amont, faire et réussir le coup et ensuite ressortir toujours sans avoir été repéré serait une démonstration de puissance.

Et justement, ici, le bas blesse. Car cette pseudo unité TIENN n’est pas faite pour ce type d’opérations, c’est une unité de propagande. Ca ne cadre pas. Alors le ministère de la défense avance une théorie amusante, après avoir accusé la Russie, disant qu’il s’agit en fait de cette unité qui a voulu sortir de la zone de combat, est tombée nez à nez avec les combattants, n’a pas voulu les payer et a dû tirer.

Pourtant ... Qu’il s’agisse d’une opération spéciale, il n’y a aucun doute. Que cette opération ait pu être réalisée sous couvert de l’armée ukrainienne, cela semble tout à fait logique. Mais "sous couvert" et non "par". Et cela cadre même avec l’évolution récente de la situation en général. Une grande professionnalisation d’opérations pointues et cadrées. Ce qui ne ressemble pas à la stratégie, particulièrement faible, démontrée jusque là par l’armée ukrainienne.

Mais cela cadre tout à fait avec l’arrivée massive de consultants et conseillers militaires étrangers. Bilan : opération coup de poing et 2 soldats russes pris, opération coup de poing et Mozgovoï liquidé avec un doute destructeur qui plane magnifiquement que le pouvoir local de Plotsnitsky non sans raison, et blocage des soldats russes en Transnistrie.

Heureusement que J. Kerry était à Sotchi pour raviver la flamme du discours. Heureusement que V. Nulland s’est froidement arrêtée à Moscou. Maintenant, les cartes se clarifient.

Karine Bechet-Golovko
mardi 26 mai 2015

Russie politics


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