COMITE VALMY

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Après les élections régionales :

Le message essentiel, c’est l’abstention - Philippe Guibert.

Point de vue de Marianne

vendredi 26 mars 2010, par Comité Valmy


Retour du FN, victoire de la gauche, droite en ruine, et tout est dit des régionales ? On risque de manquer le message essentiel de cette élection : le sens de l’abstention nous dit le consultant Philippe Guibert.

Reconnaissons-le : au deuxième tour, le FN a bien signé un retour électoral. Le premier tour était moins probant. Son total en voix, en pourcentage et en nombre de qualifications régionales pour le 2ème tour était en assez net retrait par rapport à 2004 : 3 points de moins, 1,3 millions de voix en moins, 5 régions de présence en moins au 2ème tour. Cette présence réduite, sur une base moins solide qu’avant, constituait néanmoins la surprise de la soirée du 1er tour. Car les commentaires se font par rapport aux anticipations des sondages… Du coup, par cette amplification médiatique qui n’était pas pleinement justifiée, le FN a retrouvé son statut fondateur de trouble fête.

Sa présence a bien accru la participation dans les 12 régions où il concourait au 2ème tour : la progression du vote y a été deux fois plus forte, en moyenne, que dans les régions à duel. Si le FN n’est plus le pôle de mobilisation qu’il a été – l’abstention, même dans les régions à triangulaire, est très supérieure à 2004 – il a retrouvé une capacité d’attraction.

Avec ce petit surplus d’électeurs en une semaine, sa progression entre les deux tours est de 1 à 2 points dans 6 régions, mais surtout elle est très nette dans 4 régions : Haute Normandie (+2,5), Picardie (+3,5), Nord pas de calais (+4), Languedoc Roussillon (+5). Précisons qu’en PACA, Le Pen père obtient un pourcentage égal à l’addition de son score et de celui de J. Bompard, sur fond de mobilisation forte (+7,4 points de participation) ; ce qui signifie que Le Pen a attiré plus d’un nouveau votant sur 5 entre les deux tours. La confirmation et même l’amplification du score du FN dimanche dernier montrent que les électeurs du FN n’ont pas donné un simple avertissement de 1er tour à la droite sarkozyste, pour venir en renfort au 2ème : le FN ne s’effrite que dans deux des douze régions (Centre et surtout Alsace).

Comparé à au 2ème tour de 2004, le FN égale ou parfois dépasse son score dans la moitié de ces 12 régions, mais dans l’autre il recule. Avec l’abstention, cela veut dire au total une baisse en termes de voix par rapport à 2004. 390 000 voix en moins sur 12 régions, pour être précis, dans les 12 régions où il est le plus fort. Le FN signe un retour, mais n’échappe pas, lui non plus, au violent reflux de la mobilisation qui frappe tous les acteurs politiques.

La gauche régresse en voix et la droite plus encore ! Car tel est le piège des résultats en pourcentage, quand l’abstention progresse autant. Si on les oublie un instant, pour ne regarder que le nombre de voix, on constatera que dans toutes les régions, à deux exceptions près, la gauche elle aussi régresse en voix par rapport au 2ème tour 2004 ! 1,5 million de voix en moins, très exactement, sur l’ensemble des régions hexagonales...

L’Alsace est la seule région où la gauche progresse - ironie de l’histoire - et c’est en Basse Normandie seulement qu’elle égale, à 1000 voix près, ses résultats d’il y a 6 ans. La très large victoire de la gauche « solidaire » de 2010 s’explique certes par la dynamique d’union de deuxième tour… mais surtout par une diminution des bulletins de vote encore plus importante à droite : 1,8 millions de voix en moins de ce coté là, alors qu’en 2004, déjà, le niveau était bas... Telle est la vérité de cette élection. Le vote n’est plus pour la moitié des Français – et pour l’instant – un moyen d’expression nécessaire.

Vérité qu’il ne faudrait surtout pas oublier, comme on en a l’habitude. Les compétences des régions n’étaient pas plus connues en 2004 ou en 1998, et leurs présidents étaient même plutôt moins connus ! L’abstention n’est pas liée qu’aux élections régionales, elle ne tient pas à un manque de « compétence politique », ou à l’exclusion sociale – 50% d’exclus en France ?

40% des retraités, habitués au « vote devoir », et 50% des cadres et professions intellectuelles se sont abstenus au 1er tour : ce ne sont pas les toutes premières « victimes » de la crise. Si la Seine St Denis s’abstient à 60%, c’est aussi le cas à 50% dans Paris intra muros, comme dans beaucoup de grandes villes. Avec, à Paris, peu de variations entre beaux quartiers et quartiers populaires. L’abstentionniste n’est pas forcément un Français qui « souffre ». Et le votant n’est pas toujours « épargné » par la crise.

Pour l’essentiel, les Français l’ont traversée tout seuls. Avec l’aide de la protection sociale et beaucoup de recours au marché. Le filet de sécurité du chômage et la modération des prix, accentué par Internet et les promos permanentes, leur ont permis de s’en sortir, autant que possible. Et comme l’espoir d’un changement de système a fait long feu – les banques se portent à merveille, la bourse aussi - le politique s’est trouvée dans une situation de relative vacuité, bien occupée d’ailleurs par ses règlements de compte internes.

L’abstention permet à une partie des Français de se réaffirmer comme personnes privées autonomes, qui mènent leur vie tant bien que mal, avec leurs réseaux, en traversant les grêlons des crises successives. Mais qui mènent leur vie, alors que la politique ne peut plus, ou ne veut plus, mener grand-chose. Qui croit sérieusement à la « protection » des régions, claironnée par la gauche pendant ces élections, ou à celle, demain, de l’Etat Nation ? Qui pense vraiment que les « réformes » sarkozystes seront soudain effectives dans la vie de tous les jours, hormis peut être pour la compliquer un peu plus ?

Mardi 23 Mars 2010 Philippe Guibert - consultant

Source : http://www.marianne2.fr

1 Message

  • En 1969 j’ai fait partie de la majorité des Français qui ont voté non à la régionalisation,. Le Général de Gaulle avait, lui, tenu compte de vote du peuple, une fois pour toute ! Si les Allemands vivent en Länders et que cela leur convient c’est leur affaire qu’ils ne nous obligent pas à les imiter ! Dans cette Europe de plus en plus totalitaire le France dérange, Républicaine, Laïque, unitaire parlant une seule et même langue elle est trop atipique ce que le reste de l’Europe ne lui pardonnera jamais, c’est comme en 1789. En particulier l’Eglise de Rome ! Eh bien, Oui, la République ou la mort c’est toujours d’actualité. Il ya des choses que les peuples comprennent sans explication. MR.

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